‹ L'eau de jouvence: suite de CalibanChapitre 13 sur 92 · ACTE PREMIER. M · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. M

HILARIUS

Dis-moi donc au juste ce que tu as fait à cet égard, ce que tu as vu ?

PROSPERO

L'alambic des Arabes est connu depuis longtemps. Tu sais comment, au moyen de cet instrument, ils réussissent à séparer des choses leur principe essentiel. On extrait l'odeur de la plante odoriférante : on la concentre. Je veux de même extraire l'esprit du vin, en faire une substance à part, une eau ardente. Trois fois, en effet, il m'est arrivé que des gouttes de cette eau, étant tombées sur le feu, ont émis une flamme vive, pétillante, une flamme semblable à un esprit.

HILARIUS

Peut- être l'esprit d'Ariel ?

PROSPERO

Non, il n'y avait pas de feu dans Ariel. Il y avait de l'air, de la lumière, de l'éclair. Cette fois, c'est

la flamme même de la vie *que je crois manier. Ce que j'ai vu éclater, c'est le feu élémentaire, le feu qui, déposé en la matière, fait la naissance, qui, retiré d'elle, fait la mort. Songe donc ! l'essence de la vie renfermée dans un récipient de verre, pouvant tenir dans le creux de la main ! Mise sur les lèvres, mon eau développe une chaleur étrange; une goutte qu'on en prend cause l'ivresse; elle tue dix fois si l'on en prend une quantité équivalente à ce qu'il faut de vin pour désaltérer.

HILARIUS

Une telle eau ne peut venir, en effet, que des forges les plus profondes où la nature crée la vie.

PROSPERO

Voilà pourquoi je l'appelle eau de vie. Et ce n'est pas tout encore ; car au delà est l'éther. Cet éther, je l'ai touché, oui, touché un moment; car à peine l'as-tu rendu palpable qu'il s'envole. C'est par lui que j'espère rendre la mort douce et volontaire. Mais que dis-je ! ce que j'ai fait n'est rien auprès

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