ACTE DEUXIÈME
sûr le moins du monde. Personne n'est venu le raconter.
LE PAPE, hochant la tête.
Si c'était vrai, pourtant !
BRUNISSENDE.
Non; c'est impossible. Je ne crois pas à l'immortalité des âmes ; il y en a trop. Où voulez- vous caser ces milliards d'êtres, dont chacun a son système de bonheur? Si le mort n'a plus sa personnalité, si le même bonheur est imposé à tous, consistant par exemple à chanter des psaumes en commun, assis sur des bancs, ma foi ! je ne tiens pas à cette immortalité-là. Je ne serais plus moimême; bonsoir. Je serais sans défauts!... Ah! par exemple ! c'est à mes défauts que je tiens.
LE PAPE, à part.
Charmante enfant ! elle ne doute de rien ! (Tout haut.) Mais l'Église murmure. Elle murmure contre moi, m'accuse de' népotisme. Elle murmure contre vous aussi.
BRUNISSENDB.
Laissez-la faire. Il est impossible que, l'Église et moi, nous soyons très bien ensemble. Elle est l'épouse de Jésus-Christ; je suis la maltresse du vicaire de Jésus-Christ. Comment voulez-vous que cela s'arrange? Dans notre famille, nous avons pour principe de reculer jusqu'au dernier moment les formalités nécessaires au salut . Si on se convertit trop tôt et puis qu'on guérisse, on peut, par sa sottise, se priver de bien des plaisirs.
LE PAPE
Je vous assure que, si je désire rester jeune, c'est pour vous aimer. Mais figurez-vous que, parmi les erreurs qui viennent de se produire, il y en a une qui pourrait tourner à notre profit.
BRUNISSENDE.
Qu'elle soit la bienvenue ! Ne brûlez qu'en effigie le pauvre homme qui l'a mise en avant. De quoi s'agit-il ?
«»•■ ■^•Jr-