‹ L'eau de jouvence: suite de CalibanChapitre 45 sur 92 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

simples gens de la seule joie qu'ils ont, en le ur promettant un paradis qu'ils n'auront pas!... Allons donc! Pauvres vies déflorées!... Pourquoi voulez-vous empêcher ces malheureux de se plonger un moment dans l'idéal?... Ce sont peut-être les heures où ils valent quelque chose.

GOTESCALC.

Nos maîtres d'école, en Poméranie, disent tout le contraire. Ils prétendent que notre race est la première de toutes, parce qu'elle ne sait pas rire et qu'elle n'a pas besoin de s'amuser.

PROSPERO

Attendez un peu. Quand soufflera le vent des réclamations individuelles, on verra quel aimable peuple vous aurez là. Vous les tenez maintenant, en leur distribuant, en retour de leur vertu, des billets pour une loge plus ou moins bonne dans un paradis chimérique. Mais, quand on verra que ces billets n'ont pas plus de solidité que les actions

des mines d'argent de la lune, personne ne voudra en être payé, et il ne restera plus alors pour maintenir le peuple que sa bonne humeur et sa gaieté. L'État doit chercher à être juste ; il doit surtout chercher à être aimable. Dans l'hypothèse, qui devient de plus en plus probable, où l'univers n'est qu'une tautologie dans laquelle la somme de mouvement se retrouve exactement dans la balance finale, sans perte ni gain, tâchons que la plaisanterie ait été douce. Si tout ce qu'on dit de l'autre monde doit aboutir à une banqueroute, c'est vraiment dur d'avoir fait mener aux pauvres gens une vie de cheval pour rien du tout. Vu l'incertitude où nous sommes de la destinée humaine, ce qu'il y a encore de plus sage, c'est de s'arranger pour que, dans toutes les hypothèses, on se trouve n'avoir pas été trop absurde. De la sorte, nous ne serons pas des saints, mais, non plus, nous ne serons pas des dupes. De toute façon, nous n'aurons pas de surprise trop forte.

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