‹ L'eau de jouvence: suite de CalibanChapitre 58 sur 92 · LÉOLIN · texte numérisé non relu

LÉOLIN

Ce que je fais partout : regarder et jouir. Partout je vais, partout j'entre, partout je comprends quelque chose. Voilà ma profession. Je poursuis la beauté d'une soif qui n'est jamais assouvie. La vérité aime plus de suite que je n'en ai ; elle me fuit peut-être. Je ne sais qu'aimer et chanter. Comme la caille à qui on crève les yeux, je ne fais plus la différence des jours et des nuits ; je chante sans cesse. J'ai entendu parler de ton eau de vie. Il paraît que c'est du feu. Je sais que tu la donnes gratis. J'en voudrais deux ou trois gouttes, car j'ai eu des visions que je voudrais revoir. Est-il vrai que tu es assez puissant pour faire qu'on revoie une personne qu'on a aimée ?

PROSPERO

Assieds-toi. L'alambic chauffe. Je crois que nous pourrons contenter ton désir.

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