‹ L'eau de jouvence: suite de CalibanChapitre 65 sur 92 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

dois être fatiguée de ce long voyage d'outre-tombe.

(Il vewe d'abondantes larmes.) RepOSe-toi SUr Ce fauteuil ;

cette maison t'est connue, c'est la tienne ; accepte nos caresses comme autrefois. Oh ! pourquoi tes yeux sont-ils toujours ternes et vagues? C'est Léolin, c'est ton frère!... Elle n'entend pas ma voix ! désespoir !

Il verse des torrents de larmes.

Non, ce n'est pas possible; elle vit; ses yeux pleurent; c'est qu'elle rêve. Me tiendras-tu rigueur? Diras-tu encore que je t'ai trahie? Ah ! Dieu sait que, dans toutes mes joies, je t'ai désirée; je n'ai pas eu un moment de douceur sans que je t'aie appelée au partage.

Voici les objets que tu connus. Ils ont été sacrés pour nous; nul n'a été tiré de sa place ! Voici l'enfant que tu aimas, comme tu m'avais aimé il y a cinquante ans. Il est maintenant jeune et plein de courage; il veut vivre.

Celle-ci, tu ne l'as jamais vue. C'est d'elle que tu me dis un jour : « Cette petite vient pour me

90 L'EAU DE JOUYENGE.

remplacer. » Eh bien , figure-toi que c'est toimême. Oui, tu m'as été rendue. Regarde, la voici. Elle est douce, chaste, timide et réservée comme toi. Comme toi, elle a besoin d'être aimée; elle veut suffire à quelqu'un. Elle aura dans le cœur tes susceptibilités infinies, la flèche de tes chères subtilités. Déjà elle me parle comme tu faisais ; une herbe l'enchante. « papa! me dit-elle, écoute le bruit de ce ruisseau ; comme il est délicieux! Vois-tu ce charmant clocher, là-bas, à l'horizon? Regarde ce roseau, comme il est vert et heureux ! » Reste, reste une heure avec nous ! Accepte-la pour ta petite servante ; elle va te soigner, passer un linge mouillé sur ton front.

Vois sa candeur. Prends sa main, sa petite taille d'enfant. Comme elle t'aime ! comme elle t'embrasse !. Ah ! tu ne me pardonnes pas peut-être ; tu ne veux pas rouvrir les yeux. Mais elle!... qu'a-t--elle fait? C'est toi-même. Ombre blanche, ouvre les yeux, ne fût-ce qu'un quart d'heure, un quart d'heure pour que je pleure avec toi, pour

Page 1