ACTE CINQUIÈME. k
ardente et légère de ce prodigieux Abélard, l'Église a eu sa philosophie. Votre Sainteté me laisse tout dire : cette philosophie, je l'avoue, me paraît sans valeur. L'Église ne pouvait favoriser le développement que d'une métaphysique abstraite et creuse. Si quelque progrès a été fait depuis les anciens, c'est par les savants musulmans, non que l'islamisme les ait aidés le moins du monde ; l'islamisme les a persécutés comme le christianisme nous persécute ; mais, malgré l'islam, ils ont possédé par moments l'esprit de la Grèce ; en particulier, dans l'ordre de faits que j'étudie, ils ont beaucoup ajouté au domaine de l'esprit humain.
LE PAPE
Alors, vous tenez l'Église pour une ennemie dans l'œuvre de retour à l'antiquité que vous venez d'exposer?
PROSPERO
Non pas absolument. La contradiction est l'essence des choses humaines. Les institutions ont
l'air d'être faîtes de bronze ; mais les institutions sont servies par des hommes, et les hommes sont des roseaux. Il faut distinguer dans l'Église le chef et les membres. Les membres résisteront toujours à une transformation qui entraînerait tin changement complet dans leurs habitudes. Mais le chef!... le chef se sépare quelquefois avec une étrange facilité du corps qu'il est censé animer. On a vu l'islam présidé par des khalifes incrédules et amateurs passionnés de la raison grecque. J'imagine de même une série de papes , formés sur votre modèle, très Saint-Père , qui prendraient la tête de la renaissance intellectuelle de l'humanité.
LE PAPE
Ainsi, tu rêves le christianisme détruit par la papauté ?
PROSPERO
Oui. Le pape, devenu tout-puissant, peut, couvert par le respect qu'il inspire, supprimer presque