ACTE PREMIER
siastiques les vices, les déportements des gens du monde !
FLORESTANO.
Voyons. Peut-on prétendre que la cour d'Avignon soit pure comme un paradis ?
LA BARONNE
Le pape ne peut pas avoir la prétention que sa maison soit plus pure que l'arche de Noé, où il se trouva des damnés, ni que la maison des patriarches, où il y eut des réprouvés aussi. Le chef est saint; ce pavillon suffit à couvrir le reste de la marchandise.
FLORESTANO.
Oh! vraiment. Et Waltherus! avez-vous donc des doutes sur son père? Il y a dix-huit ans qu'il vint en ce bas monde, membre-né de la confrérie des écussons barrés. Ne vous souvient-il pas combien à cette époque Sa Sainteté actuelle était un jeune et beau prélat?
LA BARONNE
Cessez, je vous prie, de remuer ces choses inconvenantes. Ce Waltherus !... encore un ami digne de vous !
FLORESTANO.
Je l'avoue, un charmant compagnon, qui fait mes délices chaque fois que vous me dépêchez à la cour pontificale. Ma foi, vivent les bâtards! Ils ont une chance ! . . . Waltherus sera cardinal à vingt ans.
LA BARONNE
C'est très mal, ce que vous dites. Pouvez-vous ériger en faveur du ciel un malheur, un crime?
FLORESTANO.
Ah ! cela, par exemple, ce n'est pas sa faute.
LA BARONNE
Que dites-vous, mauvais drôle?
ACTEPREMIER.
FLORESTANO.
Je dis que ce n'est pas sa faute s'il est bâtard.
LA BARONNE
Mais certainement si.
FLORESTANO.
Bah!
LA BARONNE
Eh! sans doute. Dès le ventre de sa mère, il a péché, il a agi par concupiscence. Il est hors la loi. Il est venu non seulement contre la règle du sacrement du mariage, mais par désir déréglé, par escalade, bris de clôture.
FLORESTANO.
Ah ! voyez un peu, le petit coquin. Il a été trop pressé. Au lieu d'aller à la commune, à la paroisse, consulter les registres, voir si son père et sa mère étaient en règle avec le greffier, il s'est
rué comme un étourdi dans la venelle de la vie. Oh ! l'impudique ! Est-ce assez révoltant !
Entre le baron Serradio.