UN AUTRE JOUEUR
Et moi, je jouerais.
Mad. DE ST.-CLAïa.
Messieurs, je ne veux pas qu'on me conseille. . . (à son adversaire.') Je demande cartes . . . cinq.
LEON
Comment , madame , vous écartez deux rois ?
Mad. DE ST .-CLAIR.
Oui, monsieur , c'est mon système. . . Il peut rentrer des atout.
LEON ET l'autre JOUEUR.
Et s'il n'en rentre pas ?
Mad. DE ST.-CLAIR.
Ah ! d'abord , messieurs , si l'on m'étourdit. . . Qu'on me laisse jouer à mon idée. . . Je ne vous force pas de parier pour moi.
LEON , « part.
Elle ne sait pas un mot du jeu . . 0* madame de Si-Clair.')
Je jouerais là , madame , et vous avez gagné ; vous faites tomber le valet , et vos deux trèfles sont rois.
Mad. DE ST.-CLAIR.
Du tout. . . je fais d'abord mes irèfles. . . là ! j'ai perdu... voyez-vous ce que c'est que de conseiller. LEON , h part.
Morbleu, un Jeu superbe. . . la partie dans la main . . . (Jiaut). Je fais quarante francs de ce côté.
Mad, DE ST.-CLAIR.
Comment .' quarante francs !
LEON
Pour vous venger, madame. . . c'est uniquement pour cela . . . {s'emparant memen' de la chaise que madame de St.- Clair vient de quitter.) Messieurs . voulez -vous bien permettre ?
DUPARC , mettant de Vautre côté deux pièces d'or.
II me fait jouer un jeu d'enfer.
Mad. DE ST.-CLAIR. v
Décidément, ce côlé-là est proscrit... (^Elle passe du r/jté de Fortuné et de miulemoiselle Muni qui se sont levés.) Eh 1 bien , qui est-ce qui a gagné chez vous ? m'". MIMI , hésitant.
C'est moi , madame.
Mad, DE ST.-CLAIR , il Fortuné qui vient de repoHer le guéridon.
Il paraît, M. Fortuné, que vous avez fait une jolie partie.^
FORTUNÉ
Oui , madame , j'ai gagné. . . Et beaucoup.
Mad. DE ST,-CLAIR.
Comment ! . . ces enfans-là sont-ils heureux ! . . . depuis une heure ils jouent ensemble , et ils ont gagné tous les deux; tandis que de ce côté-ci tout le monde perd. . . Mes petits amis , je ferai désormais voire partie. DUROZEAU , bas ci Duparc.
"Voici votre ai'gent. . . et je vous préviens que cela s échauffe. . . Ils ne jouent que vingt francs ; mais les pièces d'or vont pour des billets de cinq cents francs.. . Vous n'en n'êtes plus , n'est-ce pas ?
DUPARC. '
Si vraiment . . . ( à part. ) Ah ! le malheureux î . . ( glis-
sant un billet de banque à 'Durozeau. ) T«înez , mettez pour moi. . . Çàpart) Si on peut jouer ainsi. . . C'est scandaleux! ( // se Jette sur un fauteuil placé à côté de celui de madame de St -Clair
Mad. DE ST. -CLAIR.
Ah ! vous voilà, Monsieur: j'en suis enchantée, car il est impossible d'obtenir un mot de ces messieurs.
DUPARC
Ne m'en parlez pas , madame, j'en suis en colère.
Mad. DE ST.-CLAIR,
C'est qu'on ne danse plus ... il n'y a plus de gaîlé.
DUPARC , regardant le jeu.
C'est affreux . • . ( aux joueurs, ) Marquez donc ... Ils allaient oublier la retourne. • • (ù part.) Diable , cinq cents francs ! ( à madame de St.-Clai'r. ) et ce qu'il y a de pire , madame , c'est que nos mœurs en sent tout-à-fait changées... On ne s'occupe plus des dames . . . On n'est plus à la conversation . . .
DUROZEAU , bas à Duparc.
Je crois que vous allez perdre.
DUPARC , se levant précipitamment.
Qu'est-ce que vous dites donc là ?
// s 'approche de la table et regarde.
Mad. DE ST.-CLAlR , croyant toujours que Duparc est à cote d'elle.
Car nous ne sommes pas si exigeantes. . . pourvu qu'on reste auprès des dames ; voilà tout ce que nous. . . {s'appercevant que Duparc n'est plus ci la conoersation. ) Eh ! bien... où est-il donc ?. . . il paraît quil s'agit d'un coup Irès-important,
MORCEAU d'ensemble.
Quatuor de la jeune femme colère.
Mad. DE ST.-CLAlR.
Qui le croirait ? l'aventure est étrange , Eh! mais vraiment il joue aussi de Ter.
IKON.
Il faudra bien que la fortune change.
Demandant des cartes. Aux autres joueur-:. Encor, encor. . . U faut que je dcmanclc enccr.
l'autre joueur.
Voilai voilà!
DUPARC, Marquez le roi,
LÉON
Ces messieurs l'ont sans cesse,
uUPARC et son cale- Ah ! les voilà dans la détresse !
LÉON
Oui , je le voi C'est fait de moi.
TOUS
Ah ! rien n'égale notre perte.