SCENE VU
Les Précédents , FORTUNÉ.
FOUTUNÉ , arrivant par le fond, et parlant à la cantonnade. Jules, garde-moi ma place , il y a tant de monde... je vais chercher les danseurs Ah! le voilà Léon ! que diable fais-tu donc ici ? j1 y a une heure que je te cherche autour de toutes les tables.
LEON, a demi-v.oîx." Chut... c'est mon oncle.
FORTUNÉ , de même .
C'est juste... les grands parents !.. ah ! tu as des oncles ^ toi! .. tu es bien heureux: ça me manque bien souvent. -DUPARC, à Léon.
Quel est-ce petit bonhomme si éveillé?
LEON
Un de mes amis , que je vous présente : le jeune Fortuné Dalville. .le plus aimable de tous les clercs de Paris. . il travaille chez M. Dubreuil, le notaire de M"'^ de Roselle: {en souriant. ) ou, du moins], il est censé travailler.
FORTUNÉ
Ah ! M. l'avocat , vous m'attaquez!
LEON
Ta ne m'as pas chargé de te défendre.
FORTUNÉ
Heureusement! . . je n'ai pas envie de perdre mon procès... surtout ce soir.
LEON
J'entends : ton notaire est déjà arrivé avec sa fille , mademoiselle Mimi.
FORTUNÉ
Je suie venu avec eux. . lu ne 1 as pas encore vue! . . elle csl mise comme un ange!. . je lui donnais la main pour entrer dans le salon. . et quand je l'ai conduiie à uû fauteuil , elle m'a adressé un sourire. . ah I mon ami !
DUPARC , gaimenU
Il paraît que c'est un commencement de passion.
FORTUNÉ
Un commencement ! ... il y a trois mois que ça dure » monsieur: depuis que je suis entré chez le notaire.
Air : J'ai vu h pâmasse des dames.
Que ne peut h' désir de plaire !■ ..
Déjà, monsieur, tout couramment Je vous rédige un inventaire , Je fais même le testament ; J'ai presque termine' mon stage, He'Ias !• . . et moi qui sais si bien Faire un contrat de mariage , Je ne peux pas faire le mien.
DUPARC
Vous êtes donc sûr que, de son côté, mademoiselle Mimi...
FORTUNÉ
Elle ne m'en a jamais rien dit ; mais , c'est égal . , on a des preuves. . tous les matins, quand je monte à l'office, chercher le déjeûner des clercs , elle se trouve toujours là... pour me dire un mot obligeant; ou me donner une commission . . vous sentez que cesattenlions partent de là. . .
DUPARC
Cela saute aux yeux.
FORTUNÉ
Aussi , je l'aime. . . et ça me donne une ardeur pour le travail ... je me sens capable de tout.
LÉON
Même. . . de ne plus parier à l'écarté.
FORTUNÉ
Diable , je m'en garderai bien. . aujourd'hui surtout que mon nolaiie est là . . . tenue sévère.
DUPARC
Comment , monsieur , à voire âge , vous joueï ?
FORTUNÉ
Ah ! c'esl-à-dire autrefois. . . et avec un malheur. . . enfin , encore hier , monsieur , chez notre agent de change , j'ai perdu mes cent écus • • . ( bas à Léon ) dis donc ^ ce gros imbécille d'avoué qui a passé onze fois !
DUPARC
Cent écus !
FORTUNÉ
Oh ! mon Dieu ... ça m'arrive continuellement,
DUPARC
Mais vos parens doivent vous faire une pension P . .
FORTUNÉ
Deux cents francs par mois ! . . mais c'est fini ... je ne joue plus. D'abord , mon notaire me mettrait à la porte . . je perdrais mon état. .
LÉON
Et mademoiselle Mlmi .''
FORTUNÉ
Au lieu qu'en me conduisant bien ... je deviens premier clerc. . monsieur Dubreuil ne peut plus se passer de moi. . . il m'accorde sa fille, me cède son étude., et une fois notaire . . oh ! alors , en avant l'écarté , parce qu'un notaire peut jouer, ça c'est reçu.