SUR
l'Âfil £1 LE CABAIlTlllE DU LIVRE
Dans ce volume, étrange et admirable, que la nation juive a donné à l'humanité, et que tous les peuples ont appelé la Bible, la pensée religieuse est tellement dominante, qu'on est d'abord surpris d'y trouver quelques pages profanes. Le Cantique des cantiques prouve, comme on aurait bien pu le supposer à priori, que le vieil Israël fut jeune à son jour. Un second livre plus singulier, TEcclésiaste, montre que ce peuple, livré en apparence tout entier à la passion de la
justice, ce vengeur ardent de Thonneur de Jéhovah, fut sceptique à certaines heures.
J'ai essayé de faire connaître le Cantique des cantiques et de résoudre quelques-unes des difficultés qu'il présente. Je regarde comme indispensable au tableau que j'ai voulu faire de la conscience d'Israël, d'examiner de près FEccIésiaste. Le problème est en un sens plus facile. Car, si les obscurités de détail sont, dans l'EccIésiaste, au moins aussi nombreuses que dans Job et le Cantique, le caractère général et Tâge relatif du livre prêtent à moins de doutes. L'ouvrage compte certainement entre les plus modernes de la littérature hébraïque. Quant au caractère sceptique ou épicurien de la composition, on peut incidenter sur le sens précis de deux ou trois versets ; mais cela importe peu. Si l'auteur ne s'est pas tenu au scepticisme, il l'a traversé, il en a donné la plus complète, la plus vive, la plus franche théorie. Or on ne se con-
verlit guère du scepticisme ; on s'y endurcit, justement par les efforts qu'on fait pour en sortir. Même celui qui réussit en apparence à y échapper en garde une empreinte ineffaçable, comme un fond de fièvre mal assoupie et toujours prête à se réveiller.
Le petit livre qui nous occupe porte en tête un mot bizarre de quatre lettres, QHLT, qui, ' pris en lui-même, n'a pas d'explication satisfaisante. C'est le nom même du personnage qui, dans tout le livre, tient la parole. Le livre, en effet, n'est pas autre chose qu'un discours, une sorte de confession, mêlée de conseils, que l'auteur place dans la bouche d'un certain QHLT, qu'il suppose avoir été fils de David et roi de Jérusalem ^ On s'aperçoit bien vite que QHLT