SCENE XIV
MATHILDE, puis CHRISTOPHE.
mathude , seule.
Oui, je vais prier pour mon mari , pour ma cousine Juliette,
L'ECIIELIE DE FEMMES.
«;ui no pri* guère , et qui pèche beaucoup. [K Ile s assied sons une charmille à gauche, et tire un lit re de fa poche; Christophe entre j>ar le /ond, en postillon.)
cRiiTorn t.
Am du Poiti/fen. (de Dérat)
Par mon audace et mon aplomb.
Oui, c’en rst fait, mcToilb poslillout Grand merci , la bourgeois*;
Voua avea bien chaogé de ton.
Petite sournoise.
Je proGl'rai de la leçon ;
• Et, déformait, joyeux luron.
Char un dira dîna le canton :
Qu'il est gentil ce postillon !
Mais vorex doue.
Qu'il est mignon Ce postillon !
Mais voyei donc.
Quel front matin,
Quel œil malin Quel air fripon I Mai*, voyex donc
Qu’il est gentil ce postillon!
A moi la blonde, b moi la brune;
Je suis le roi du praud chemin!
Par elle*, je ferai fortune.
En les menant à fond de train.
A la nuit sombre.
Dans un fossé Caché par l'ombre.
Je fuis lancé.
— Ah ! Dieu du èiel! votre cheval s'emporte!
Ab c'en est fait ! je me meurs, je suis morte I — Morte? voyons?... non.. .son cœur bat.
Mais il est dans un triste ëut.
Ce joli petit coeur ne saunait être ingrat !
Par mon audoco, etc.
(«Sans voir Mathilde,) El moi , qui nie croyais perdu ! mais il n’y entendait rien ; mais il était fou le vieux maître d’écolo!... Mon defaut est uno qualité... au contraire... une qualité,., première qualité ! Les femmes me perdre ! c’est a elles si bonnes, si tendres, si généreuses, que je veux devoir toute ma forluno h venir. C’est par les femmes seules que j'arriverai ! Thérèse a été mon premier échelon, et... [A percevant Mathilde.) Tiens, uno belle dame... et jolie... ma foi; sans duuie celle qui va partir pour l’aris? si j’essayais de... me recommander à elle et d'en faire mon deuxième échelon?... Pourquoi pas? qu'est -ce qu’elle lit donc UT un livre d’Heures 1 üh ! une dévote l Diable! ce scia diülcile t comment m’y prendre? faire le bon àpélri? oh t non, c’est vieux, c’est commun ; lu premier venu en ferait autant... J'aimo mieux... oui, c’est dit. (ïoimurif.) lium! huint
math i lu g.
Quelqu’un!
Christophe, comme s’il était seul.
Ah! sacré mille tonnerres do nom d’un nom!
Mathilde, ce lerauf.
Ahî l’horreur!... comment, c’wt vous, monsieur, qui jurez ainsi?
CHRISTOPHE
Moi? esl-ce que j’ai juré, la petite mère ?
MATHILDE
•11 le demande!
CHRISTOPHE
Apres tout, ça m'aurait échappé qu’il y aurait lichtro bicu dt quoi?
Encoro! mais il vous est donc arrrivé un malheur?
CHRISTOPHE
Pardi ! vTa mon fouet qui n’a plus de mèche.
MATHILDE
El c’est pour si peu do chose 1
CHRISTOPHE
Nom d’un chien si vous appelez ça peu de chose ! comment que vous voulez claquer dos chevaux avec ça? Quand il n’v a
plus do mèche, y a pas mèche... Ah! sacré nom d un nom, j’s» pas de chaaco.
MATHILDE
Mais c’est affreux, monsieur, de jurer ainsi !
CHRISTOPUB.
J’ai encore juré?
MATHILDE
Mais vous ne faites que cela !
CHRISTOPHE
Ah 1 ben 1 si vous m'entendiez quand j’ai un peu de vin dans la tôie, ça moule autrement que ça !... Tonnerre ! quan J jo suis gris et qu’on m’aguiche, je casserais tout.
MATHILDE
Comment, monsieur, vous vous grisez ?
Dame ! qui esl-ce qui ne se griso pas un peu?
MATHILDE
Ah ! monsieur, boire, jurer, ac quereller... mais c*est très-mal.
CHRISTOPUB.
A cause?
MATHILDE
On no vous l’a donc jamais dit?
CHRISTOPHE
An contraire; les postillons d’ici ont toujours dit de moi... Est il gentil, ce pclii-lA ! boit il bien ! jure-t-il bien 1 Cré nom, de nom, do nom, d’un nom ! est-il gentil !
MATHILDE
Oh î mais le curé du villago ?...
CHRISTOPHE
Le curé? ah ben ! l’curé y dit toujours la messe , h l'heure où nous allons sous les châtaigniers avec les petites filles du pays; on rit, on danse, on se prend la main, on so prend la taille... rrr I ! {Il veut la lui prendre , elle recule.)
MATHILDE
Eh bien, Monsieur ?
CHRISTOPHE
C’était pour vous expliquer... car enfin y a pas de mal h tout ça... puisque tout le monde le fait dans le pays 1
MATHILDE
Mais c’esi un petit damné !
S’il tous plaît?
MATHILDE
Je dis que vous irez en enfer , Monsieur.
cumsTOPns.
Si vous y veniez avec moi , ça ne serait pas de refus.
MATHILDE
Vous dites?
Christophe , tendrement.
Je dis que , si vous vouliez y venir avec moi, ça no serait pas de refus.
mathilde , après un tempe.
Pauvre enfant ! c’est lo mauvais exemple, ce sont les mauvais conseils qui lo perdent... Il m’intéresse !
Christophe , à pari.
Allons donc 1 ■ #
MATHILDE
Ecoutez-moi, mon ami.
CHRISTOPUB.
Parlez, Madame , pour vous être agréable, je serai dans lo cas... cré nom d’un nom !!
MATHILDE
Aie : L’art de faire un* maUrtue.
Mais premièrement.
Faites le «errernl De ne plat jurer.
CHRISTOPHE
Je T jure I
MATWUML Tous n’iret jamais Dans les cabarets ?
Mc le jurex-vous?
CHKISTOrat.
Je l* iurel 9
MATHILDE
■Pim de cognac,
Mua de tabac T
CHILIlTOriB.
le l' jurai
MATHILDE
Plu* «le gro* mot».
D'affreux propos t
CIMIT4MI.
Je l’ jure!
9UTHI1.DB.
Voua arrêt plus Joui,
Vooa fuiras le* coup* f
CUfUVtOME.
Ah ! e ré nom d'un nom l je I' jurai Mathilde.
Mais vous jures encore !
CHRISTOPHE
Dame, pour vous jurer que je no jurerai plus, faut bien que je juro !
MATniLDE.
Enfin , il faut aller un peu plus à la messe, et un peu moins sous les châtaigniers.
CHRISTOPHE
^ Oh ! ça , voyez-vous , jo peux pas vous on rt'pon Ire, parce que l'habitude... les amis... on selaisso entraîner... aViens-tu?G)inrnent, tu ne viens pas? Mais viens-y donc I » El on y va !
MATHILDE
Oui, je comprends ; il faudrait qu’on vous tirât d’ici... oh bien... je verrai...
CHRISTOPHE, à part.
Bon !
MATHILDE
Je parlerai b mon directeur, jo le prierai do vous chercher quelque honnête condition h Paris.
CHRiSToriiE, d part, dire joie.
A Paris I («Tune t'ois douce) oh ! oui, Madamot
MATHILDE
Et vous l’écoulerez ?
CHRISTOPHE
Comme un oracle.
MATHILDE
Vous serez docito, soumis?
CHRISTOPHE
Comme un mouton.
MATHILDE
Vous serez sobre , patient, continent?
CHRISTOPHE
Comme un petit saint!... Cté nom d’un nom !
MATHILDE
Ahl
Oh!
CHRISTOPHE , confus.
MATHILDE
Allons, il a rougi , c'est déjà quelque choso.