SCENE JE
CHRISTOPHE, LA DUCHESSE, JANVIER, dans le cabinet.
CHRISTOPHE, à part.
A nous deux, madame ; les petites duchesses s’humanisent comme les autres... et comme une dudlOSSO est toujours jolie... la DCCHESIB, entrant par la gauche. '
Où est-il donc, co jeuno irrésistible?...
cnnisTOPHE , «ni» la regarder.
(A part ) Kilo parle do moi... (liant,) Hum ! hum ! (Saluant.) Madame la duchesse, je... (Levant les yeux.) Ah! grand Dieu !
Ah! c’est vous, monsieur?
CHRISTOPHE, à part.
Cinquante-cinq ans!...
janvier , à demi cache.
F.t des cheveux à la neige !...
ClIRISTOPnC.
Je no pensais plus qu’il y a des femme do cet ûge-lb !... la duchesse.
Approchez, monsieur... mais approche! donc! Est-ce quo jo vous fais peur?
CHRISTOPHE, à part.
Mais oui, mais oui !
LA DCCnE'SK.
C'est donc vous qui séduirez tout le monde ici ?
CHRISTOPHE
Madame, jo vous jure...
Ccst vous qui compromettez madame Barbezieux, et qui obtenez de ma nièce un brevet qu’elle avait promis à un autre ? mais je suis Ih, moi, nuftisieur ; et pour que vos beaux projets s’accomplissent, il faudrait mo séduire aussi...
janvier, d part.
Une femme d’âge... pincé !
CHRISTOPHE, à part.
Hélas! voilà tout mon échafaudage qui croule ! l’échelle est renversée !
Ah ! co n’était pas assez do co qu'avait fait pour vous la /emmo do ce pauvre Barbezieux ; après celle lb, vous vous ôtes dit : l.i femnto du ministre l rien quo ça; et après la femme du ministre, une autre... Mais cette autre c'est moi, monsieur ; et jo fuit curieuse do savoir comment vous allpz vous y prendro... Voyons, mais séduisez, mais seduisez-moi donc !
janvier, à part .
Aptati !
LA DUCHESSE
Vous êtes ambitieux ?
CHRISTOPHE
Dites amoureux, madame...
LA DUCHESSE
Allons donc! amoureux do toutes les femmes... jo connais ça, vous dis-je t
cnnisTOPnfi.
Celle quo j'aime, madame, est du mémo village que moi..
LA DUCHESSE
Et c’est par amour pour elle, quo vous en avez conté à Juliette ?
Oui, madame...
r.l à Mathilde ?
CHRISTOPHE
LA DUCHESSE
CHRISTOPHE
Oui, madame...
la duchesse, l'interrompant.
A d'autres ! tous voûte* m'intéresser, m'atlendrir ; mais vous l’y réussirez pas; je connais ça...
janvirr, à part.
Mais elle connaît donc tout, celle vieille-là !...
cnmom.
Jo vous jure pourtant quo co n'était que des protectrices quo J0 cherchais en Tenant ici ; mais, Nias ! j’ai une infirmité, madame...
LA DLCIIESSB.
Vous êtes bossu? ça ne parait pas...
Christophe.
Mon malheur estde ne pouvoir regarder une jolie femme, sans baitre aussitôt la campagne ; et quand jesuppliais madame Barber-ienx de s’intéresser à moi, j’ai pris, par bavard, sa main dans la mienne... et olleaune si jolie main, madame Ilirbczioux... une main... tiens, comme la vôtre! car vous aussi, vous avez dejolics moins...
Parbleu !
JANVIER
Oh K
CHRisToniii, s'animant.
Et voyez-vous, madame, une jolie ma il qui so trouve dans la mienne, une jolie main que jo regarde, quo jo presse, ça suffit pour me bouleverser... ma tète se monte, ma raison Véga re, et...
la duchesse, retirant sa main.
FJî bien ! cli bien, monsieur. . mais... mais regardez donc mes cheveux !...
ClIRtSTOPIIE.
Oh î... (Il s'éloigne.)
janvier, lui faisant des signes.
Mais regarde donc ses cheveux, malheureux !
CHRISTOPHE
Pardon, pardon, madame la duchesse!
LA duchesse, s’assoyant à gauche.
Et Juliette, monsieur, comment sc fait-il?
CHRISTOPHE
Oh ! pour madame d'Hérouville, c’est différent... Son nom, son rang, tout m’imposait le respect... (soupirant) et c‘«*t co qui m'a perdu...
Ah ! c’est par respect quo vous lui avez manqué... do respect?...
CHRISTOPHE
Juste!... Je me tenais devant elle les yeux baissés, comme devant vous, madame; c’est co qui fait quo j’ai vu son pied : un amour de pied... Tiens! comme le vôtre, juste comme le vôtre... Ah! mais c’est un adorable pied quo vous avez là !
. LA DUCUBSS8.
C’est bon...
Christophe, se mettant à genoux pour examiner les pittfi de la Duchesse,
Ah ! lo joli petit pied... vous en avez môme doux cotnmo {a ! mais c’est quo jamais je n’en ai rencontre do si charmants, de ti petits, de si...
LA DUCUESSE.
Ils sont très-petits, ou le sait...
CHRISTOPHE
El minces donc, et cambrés donc... et mignons donc ! la dcchesse, se levant.
Mais! mais voulez-vous bien vous relever!... Et regardez donc rocs chovcux, monsieur !
janvier.
Mais regarde donc scs cheveux, malheureux!
Christophe, se relevant, avec chaleur.
F.h! qu'osl ce que ça prouve, h la fin? dos cheveux blancs avant l'âge, c'est une montre qui avance, voilà tout I LA DUCHESSE.
Ah ! mon Dieu, mais vous ôtes fou, monsieur!
AIR de Fanchon.
Vous vante* U finesse
El la délicataaae Do mon pied, de ma main,
Fort bien I
Je pourrais même admettra Que mes yen* sont encor brillants Autant qu'il* peuvent l'être - Avec des cheveux blancs.
CHRISTOPHE
Les cheveux blancs!... Eh bien, c’est très -gentil, les cheveux blancs; et, d’ailleurs, des cheveux blancs ne font pas toujours qu’on soit vieille.
Même air.
Une blanche perruque Jadis couvrait U nuque Des marquis' de l'ancien tempe.
Mais quand leur frais visage
Am y*' us n'accusaient pas vingt ans;
EU'* s'avaient quo cet Age Malgré leur* cheveux blancs I
LA DUCHESSE. é
C’est possible... mais...
CHRISTOPHE
Mais... mais... mais... jo connais bien des jeunes femmes qui seraient jalouses do votre taille, do votre main, do votre pied; car tout cela est charmant; tout cela n'a pas l’âge que prétendent vos cheveux ! vos cheveux qui déraisonnent. — Non , madame, non, vos cheveux no savent pas ce qu'ils disent, et je leur prouverai , quand ils voudront, qu’ils n’ont pas le sens commun !... (Il s’approche (Telle.) Ah ! mais !
LA DUCHESSE
Miséricorde! Mais... (Elle prend une boucle de ses cheveux qu’elle lui montre.) Monsieur!
CHRISTOPBB.
Aïof
J an vi br , te voilant la face.
Pa, da, la, la, da, da !
Christophe, à part.
Ah ! décidément le maître d’écolo avait raison... c’est uno inlli mité!
la duchesse, à part.
Et moi qui lui disais de me séduirel... Mais...
CHRISTOPHE
Vous le voyez, madame, c’esttoujoursprès de me reprendre, je suis un fou... Mais si vous saviez comme jo suis malheureux, si vous saviez à quel point j'aime... j’adore Madeleine, oh ! vous mo’pardonneriez... vous me pardonneriez, madame...
la duchesse.
Madeleine!... Comment, c’esima pupille...
CHRISTOPHE
Hélas 1 madame, pourquoi vous appartient-elle d’aussi près, pourquoi n’est-elle pas restée la pauvro paysanne d’autrefois? |e ne serais pas devenu ambitieux, car tout mon bonheur, toutes mes espérances, c’est en elle seule que je les avo-s placés... Kilo est ma seule farni'ile, à moi, qui n’avais ni parents, ni amis, h moi qui n’avais pas do mère !
la nurnEssE, émue.
Pauvre petit î
CHRISTOPHE
ÀIR dt PerrinetU.
J'élai* heureux, lorsqu'un jour L’éclat 4e votre riche***.
Voire titre de duchesse Ont renversé notre amour.
Moi, pour combler la distance,
J'avais juré de grandir]
Vain serment! folle» espérances Viennent de «'anéantir.
Av te douleur.
Ne m'attends pins, Madeleine t Adieu ! ja te rends la foi.
Mais de douleur, sois-en cerUine,
Bieotit ja mourrai loin de toi.
LA duchesse, très-émue.
Non, non, mon enfant, vous no mouirczpas... je vous protégerai, moi... (Elle lui tend la main.)