NOUVELLES DE LA SOCIÉTÉ
APOTHEOSE DE LOUIS XVI
Lettre du bureau central aux ambassadeurs et ministres plénipotentiaires des rois de l'Europe, à l'occasion de V apothéose de Louis XV l. — Réponse des ambassadeurs. — L'apothéose de Louis XVI à la chambre des députés. — Lettre remarquable de M. Hennequin. — Liste supplémentaire.
Quiconque a connaissance de la gravure représentant cette grande apothéose , s'empresse de s'en procurer une épreuve qu'il place dans le plus bel endroit de sa maison , pour la faire voir comme une protestation vivante contre l'assassinat du Roi martyr : les demandes n'arrivent pas seulement de l'intérieur de la France, elles vieimentdéjà de l'étranger, où cependant l'annonce de l'apparition de cette gravure n'a pu parvenir encore , puisqu'elle n'a pas été faite ouvertement dans les journaux.
5o>i LA JEUNE FRANCE.
Ainsi , le but que se proposait la société de la Jeune France , en faisant reproduire par le burin français le groupe de M. Bosio, est atteint : elle a élevé une apothéose à Louis XVI; elle a baplisé de ce nom l'œuvre de notre statuaire; elle a attaché son nom à la plus grande transfiguration de l'art motlerne, devenu l'interprète des sentiniens de la France. Celle œuvre seule assure à la Jeune France les sympathies et la re- (!onnaissance du monde monarchique, que fortifieront déplus en plus et l'apothéose de la reine martyre, et les deux monumens qu'elle élève à Jésus-Christ par la gravure des deux tableaux qui seront les plus recherchés du monde catholique, quand ils seront connus du pjiblic : toutefois, la société de la Jeune France ne peut accepter, pour elle seule, tous les éloges qui lui ont été adressées à l'occasion de l'apothéose de Louis XVI; si elle a eu la première pensée de l'œuvre, elle ne peut oublier que ^,vOO souscripteurs sont venus, sur son appel, l'aider à mettre à fin cette magnifique entreprise : à eux donc aussi la reconnaissance du monde monarchique.
— A Chacun des ambassadeurs et ministres plénipotenliaires des Rois de l'Europe , M. Jules Forfelier, au nom de la société de la Jeune France, a adressé la lettre suivante :
]\îonseignenr,
(c En faisant reproduire, par le burin de l'un des premiers artistes français, le chef- « d'œuvre de statuaire de M. le baron Bosio, représentant l'apothéose de Louis XVI, )) la société de la Jeune France n'a pas eu seulement en vue une pensée d'art, mais )) une pensée de haute morale politique. Elle a jugé que, de môme qu'en Louis XVI, » ce n'élait point un roi qui avait été frappé, mais la royauté tout entière , de même » l'artothéose de Louis XVI exprimait celte éclatante réhabilitation morale que la raison » sociale a donnée au principe de la royauté.
)) C'est en partant de celle idée , que la société de la Jeune France a déclaré la » souscription de ra[)Othéose de Louis XVI européenne. En effet, ce n'est point à un » peufile uniquement, c'est à tous les peuples qu'appartient cette magnifique protestation » de l'art devenu l'interprète de la pensée réparatrice du dix neuvième siècle, s'élevant )) contre la pensée subversive (pii signala les dernières années du dix-liuilième.
)) Aujourd'hui que son œuvre est accomplie , la société de la Jeune Frauce, toujours » guidée par le même sentiment (pii la lui a fait entreprendre , a cru qu'elle devait » réserver les premiers exemplaires de l'apothéose de la royauté , pour en faire hommage » à tous les rois. Elle a espéré, Monseigneur, que votre excellence, approuvant cette » idée , voudrait bien faire parvenir , sous les yeux du souverain qu'elle représente , )) un des exemplaires ci-joints , et ajouter, à cette première faveur, celle d'accepter » personnellement un second exemplaire dont la société de la Jeune France me charge de )) lui faire honmiage.
» Je suis, avec un profond respect, Monseigneur, de votre excellence, le très-humble » et irès-obeissant serviteur.
Jules Forfelier. »
Deux amhassadenrs ont déjà répondu à la leUre qui précède,
a Les ambassadeurs ont reçu , avec la lettre que M. Jules Forfelier leur a fait l'honneur )) de leur écrire, les deux exemplaires de la gravure représentant l'apothéose de Louis XVI » qui s'y trouvaient joints , et destinés, d'après les intentions de la société, l'un pour » leur souverain , et l'autre pour eux-mêmes. «
)) Les ambassadeurs acceptent avec beaucoup de reconnaissance l'exemplaire de ladite » gravure que la Société de la Jeune France a bien voulu leur olîrir , et ils prient Monsieur ;) Forfelier de vouloir se rendre aui)rès d'elle, l'interprète de leurs sentimens à cet » égard.
»" Quant à l'exemplaire à destination des souverains qu'ds représentent , les ambassadeurs » ne pouvant , en coufoi mite de leurs instructions concernant toutes offres semblables , les » faire déposer aux pieds de leurs majestés avant d'y avoir été préalablement autorises, ils )) s'empresseront de laireà cet effet les démarches nécessaires, et ils ne doutent pas que » leurs Majesiésne daignent en agréer l'hommage.
)) Les ambassatleurs prient M. Forfelier de recevoir l'assurance de leur considération » distinguée. »
D'un autre coté M. Forfelier, au nom de la Sociélé de la Jeune France, a fait hommage de quehjues exemplaires de la gravure à plusieurs députés de toutes les opinions ; à cette occasion, M. lieiuiequiu nous a adressé la lettre qui suit (I) :
(l) Au moment où les épreuves de la gra\ urc ont été distril)uée dans le sein de la Chambre, il s'est partout formé des groupes pour Texaminer; la séance a été interrompue, et l'on a vu M. Thicrs réfléchir pendant près d'un quart d'heure sur le sujet que cette gravure lui représentait.
LX JEUNE FRANCE. 5î5i5
Messieurs
» J'ai reçu avec une vive reconnaissance et contemplé lonf^-temps avec une profonde » émotion la gravure qui vient de reproduire cl de populariser le chef-d'œuvre de » Bosio.
» Louis XVI ne fut pas seulement , comme on se plait si souvent à le répéter, le meil- » leur , le plus vertueux des hommes; ce fut un prince éclairé, courageux, et (jui sans doute » eût su maintenir les droits de sa couronne el préserver son pays d'un demi-siècle de » malheurs s'il eût élé donné à la puissance humaine de dominer une tempête dont les » orages se préparaient depuis si long- temps.
» Que de souvenirs recommandent sa mémoire à la reconnaissance et à la vénération de
» la France ! sous son règne , les hôpitaux , les prisons deviennent plus salubres , la cilé se
)) débarasse de gothiques monumens, et commencent les merveilles qui s'accomplissent
» de nos jour.^ : les non catholiques recouvrent un élat civil , l'existence des juifs est amé-
)) liorée, la question préparatoire, cet abime de déraison et de barbarie, s'efface de nos
» lois criminelles ; de magnifiques canaux opèrent la jonction de deux mers ; de nouveaux
» ports sont ouverts dans la IManche et la Méditerranée. N'est-ce pas Louis XVI qui Irara
» de sa main les instructions de Lapeyrouse ?
» Sous le rapport de l'instruction el des lumières, Louis AVI peut soutenir le parallèle
» avec ses plus illustres prédécesseurs. Pieux comme Louis IX; bon , bienfaisant comme
» Louis XII ; ami du peuple comme iienri IV, auquel il aimait tant à se voir assimiler ;
)) Louis XVI, comme tous les hommes généreux, a commencé par la confiance; il a cru
» à la vertu parceque la vertu était dans son ame; el du reste juste appréciateur de son
» siècle , il sut en comprendre les besoins , et se mit noblement à la tète de la reforme.
» L'histoire dira si Louis XVI ne déploya pas autant de sagesse que de fermeté dans cette » séance du 20 juin -1789, dans cette déclaration célèbre qtii pouvait devenir le salut de » la pairie (i), si les hommes qui dirigeaient alors le mouvement ne s'étaient inspirés que » de l'amour du bien public.
w On a souvent considéré comme une faiblesse ce ({ui ne fut qu'héroïsme et sa.2:esse tout )> à la fois : des actes de violence n'auraient pas sauve l'Etat, et l'imaiîe du roi s'offrirait M moins radieuse et moins pure à l'admiration de la postérité. Louis XVI a du moins rem- » porté celte victoire, qu'il a laissé sans excuse el sans prétexte les attentats dont il est )) tombé victime; il a su contraindre, à force de grandeur d'ame, ceux-là même qui s'é- )) talent faits ses ennemis, à rendre en frémissant" hommage à sa vertu et les a, pour ainsi » dire , accablés sous le poids de leur iniquité.
» Il semble que dans la scène si magnifiquement retracée par notre grand statuaire, la » royamé, tous les senlimens sociaux", la civilisation même, sont immolés dans la per- » sonne du roi : M. Bosio s'est élevé à toute la hauteur de son sujet, et son bel ouvrage » consacre une double immortalité.
» Recevez , Messieurs , l'assurance de ma haute estime et de mon inaltérable atta- » chement. »
Paris 5 le 22 janvier ^83o.
Hennequi.v.
Partout où la gravure arrive , elle excite également l'admiration générale et nous nous félicitons d'avoir si bien rempli l'attente des personnes qui ont suivi la foi des promesses que nous remplirons toujours en hommes d'honneur.
M. le comte Raymond d'Auray , correspondant de la société à Caen , nous écrit : « Je reçois à l'instant la gravure de l'apothéose de Louis XVI, j'ai élé frappé d'admira- » tion à la vue de ce chef-d'œuvre , etc., etc. »
M. Ch. de Chergé, correspondant à Poitiers, nous écrit :
« Votre apothéose est vraiment remarquable et tant que vous tiendrez vos promesses » ainsi que vous l'avez fait en celle occasion, vos souscripteurs devront êsre satisfaits ou » ils seraient injustes , etc., etc.))
A Paris, ce ne sont que des murmures d'approbation, au surplus, pour témoigner du succès de l'œuvre , c'est la première fois qu'on a commandé une deuxième planche d'uue gravure sur acier.
(I) Paroles de Mirabeau.
3û6 LA JEUNE FRANCE.
— Sur la proposition de plusieurs députés il sera ouvert un cercle de la Jeune France où ne seront admises que les personnes agréées et présentées par 1V1\L les commissaires.
— Inimédlalemenl après la formalion des grands bureaux correspondans de la Société de la Jeune France, M. Jules Forfelier a le projet, si rieii ne s'y oppose, de faire, dans l'intérêt de lasociélé, un voyage à l'étranger par Tlialie, l'Allemagne, l'Autriclie, la Russie et la Prusse, pour y établir des succinsales où seront vendus tous les objets d'art et de librairie fdiis pour le compte de la société ou admis par elle.
— Le tableau représentant Jésus-Christ Sauveur , annoncé pour être gravé par la .Société (le la Jeune France est exposé dans ses bureaux où tous les amateurs viennent l'admirer.