‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 118 sur 120 · LA MER, POÉSIES PAR M. AUTRAN · texte numérisé non relu

LA MER, POÉSIES PAR M. AUTRAN

L'auteur de ces poésies appartient à l'école de Lamartine.

Quoique ces vers ne portent l'empreinte d'aucune originalité bien marquée, ils laissent entrevoir néanmoins de temps en temps une poésie qui n'est pas sans éclat. De toutes les muses éveillées par les chants de Lamartine, c'est en définitive celle dont les accords nous rappellent le plus les Méditations et les Harmonies. M. Autran a voulu surtout reproduire dans son volume les impressions de la Mer sur l'ame humaine, et la poésie dont sa grande voix est l'écho. Le premier volume se compose exclusivement de ces impressions. Nous y avons remarqué VInvocation pour les marins à noire Dame de la Garde, morceau d'un excellent goût , où la poésie s'est imprégnée d'im doux parfum de piété. Dans le second livre nous signalerons le Chant funèbre sur la mort de mademoiselle Julia de Lamartine. A part quelques taches légères, le chant est beau de grandeur et de mélancolie.

L'auteur , dans ce morceau et dans quelques autres, a été bien inspiré par le poète qu'il

a pris pour modèle. En général ce qui manque à la poésie de M. Autran, c'est Tindividualilé.

M. Henri Heixe.

La Vxevue des deux mondes contient, dans sa livraison du \o novembre, la deuxième partie d'uu article de M. Henri Heine sur VAllemagne depuis Luther. Nous attendons la troisième et dernière pai'lie de ce travail pour en entretenir nos lectenrs. Nous nous reservons d'attaquer et, nous l'espérons, de saper, par sa base, cet édifice de paradoxes et d'impiétés. Nous allons , en attendant , citer la conclusion de la deuxième partie.

Après avoir annoncé la fin prochaine de toute croyance positive, et en particulier du Déisme qui en est la dernière expression, il ajoute : « Notre cœur est plein d'un frémissement de compassion...; car c'est le vieux Jehovali lui-même qui se prépare à la mort. Nous l'avons si bien connu depuis son berceau en Egypte, où il fut élevé parmi les veaux et les crocodiles divins, les oguons, les ibis et les chats sacrés... Nous l'avons vu dire adieu à ces compagnons de son enfance, aux obélisques et aux sphynx du Nil ; puis , en Palestine , devenir un petit dieu-roi , chez un pauvre peuple de pasteurs... Nous le vîmes plus tard en contact avec la civilisation Assyro-Babylonienne : il renonça alors à ses passions par trop humaines , s'abstint de vomir la colère et la vengeance,dn moins ne tonna- t-il plus pour la moindre vétille... Nous le vîmes émigrer à Rome, la cnpitale, où il abjura toute espèce de préjugés nationaux , et proclama l'égalité céleste dt tous les peuples; il fit avec ces belles phrases de l'opposiiion contre le vieux Jupiter, et intrigua tant , qu'il arriva au pouvoir; et, du haut du Capitule, gouverna la ville et le monde , in-î^é»/)! f( orhem... Nous l'avons vu s'épurer , se spiritualiser , encore davantage , devenir paternel , miséricordieux , bienfaiteur du genre humain , pliilantrope... rien n'a pu le sauver.

« N'enlendcz-vous pas résonner la clochette? A genoux!... On porte les sacremens à un dieu qui se meurt. »

Les réflexions se pressent devant ce burlesque tableau , moitié Voltairien , moitié Rabelaisien. Il est possible qu'il y ait quelque gaîté dans ces blasphèmes. Je ne sais ; mais ce que tout le monde sait en France , et ce que ^I. Henri Heine ne devrait pas ignorer, c'est que dans des matières aussi sérieuses le rire est du pins mauvais ton, et que le tour du persiflage , si fort à la mode dans le dernier siècle, est irrévocablement passé; celui de la discussion est venu : c'est dans ce champ clos que nous donnons rendez» vous à M. Henri Heine.

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