DÉPARTEMENT DE LA SEINE-INFÉRIEURE
Le bureau con'espondant de Rouen met au rang des ouvrages utiles celui de M. Floquet, greflîer en chef à la Cour royale, intitidé : Histoire du privilège de Saint-Romain. (Voyez page -165.) 2 vol. in-S*"; prix : -15 fr. M. Mengin, avocat correspondant, a été chargé d'en rendre un compte que les limites du journal ne permettent pas d'insérer en entier , mais dont voici l'analyse aussi complète qu'on peut la faire :
L'ouvrage de M. Floquet se divise en quatre parties principales ; une dissertation sur l'origine du Privilège ; l'histoire du Privilège depuis sa naissance sous les ducs de Normandie jusqu'à son abolition en 1791 ; la description du cérémonial; enfin, la liste, aussi complète que passible de tous les prisonniers qui ont levé la lierte de 1210 à 1790, avec l'analyse de leurs confessions.
Une vieille tradition adoptée par le cliapitre de Rouen , attribuait l'origine du privilège de saint Romain à un miracle fait par ce grand saint en faveur de la viile de Rouen , qu'il aurait délivrée d'un dragon monstrueux a[)pelé la Gargouille. Suivant cette tradition , un roi de France de la première race , Dagobert P"" , aurait , en mémoire de ce miracle, loue récent alors, accordé au chapitre de Rouen le droit de délivrer annuellement un prisonnier.
Le premier soin de M. Floquet a été de rechercher si celte tradition avait quelque fondement : et il résulte de ses recherches la preuve irréfragable que celle tradition est entière-
lébrait.
C'était au jour de l'Ascension, et non an jour, de la fête de saint Romain , qu'avait lieu la délivrance du prisonnier. Or, quel mystère l'Eglise célèbre- t-elle au jour de l'Ascension? La victoire de Jésus-Clirist sur l'enfer, la délivrance des hommes de la captivité du démon. Mais pourquoi saint Romain jone-t-il un rôle dans la cérémonie? C'est que saint Romain avait achevé de détruire le paganisme en Neustrie, et avait délivré les Neustriens du joug de la captivité du démon.
Suivant M. Floquel, c'est vers le règne de Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie , que fut inslituée la cérémonie de la délivrance du prisonnier ; el ce fut sous Philippe-Auguste que ce qui n'était qu'une concession annuelle des ducs de Normandie, devint un droit perpétuel pour le chapitre de Rouen.
C'est en effet à partir du règne de Philippe-Auguste que l'histoire du privilège commence ; et rien n'est plus piquant et plus iniéressant que cette histoire telle qu'elle a été écrite par M. Floquet. Il n'est pas de livre , en effet , où le moyen âge revive avec plus de naturel et de vérilé.
Ce n'est pas qu'à partir du règne de Philippe-Auguste , le priviléire ait été exercé sans obstacle; au contraire, des luttes violentes, dans lesquelles le peuple prenait part pour le clergé, s'élevaient entre le chapitre el les autorités royales , civiles , militaires ou judiciaires de la province, sur l'étendue, sur l'existence même du privilège, et sur le point de savoir si le prisonnier pouvait être délivré. Le récit de ces querelles est plein de vie et de mouve-
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ment. La couleur locale y brille dans tout son éclat, et jamais les mœurs publiques et privées du moyen âge n'ont éié peinlesavec plus de naturel et de vérité. Ce que nous recommandons surtout aux amateurs de celle partie si curieuse de l'Histoire de Normandie, c'est riiislorirpiedes (|uerellesentrelecliapiLie et iebiillide Rouen, en I3()2, en I3CI, versIôOo, en 14*24 et 142.S. La lutte du chapitre entre le fameux Talbot , comte de Sliaewsbury. gouverneur de Rouen , pour Henri VI , en 1444, el surtout la description du séjour de Charles VHIà Rouen , en 1485, et le narré de la pirtque ce jeune roi prit à la cérémonie de la fierté : puis , dans des temps plus modernes, les débals du chapitre avec la Cour des aides et le bailliage en lOSO.
Dans le récit des ras fieriabJeSy comme d-^ns celui des luttes engagées par le chapitre pour son privilège, M. Floquel a conservé avec l)eaucoup d'art et de l»onheur toutes les expressions hardies, pittoresques et caractéristiques que lui fournissaient les registres, les chroniqjies, les procédures et surtout les confessions écrites sous la dictée des prisonniers.
Depuis (pielques années , nos romanciers se sont mis à exploiter le moyen-âge ; mais dans toutes les nouvelles qu'ils ont écrites , il n'y en a point de plus intéressantes et qui peignent mieux les mœurs du lemi»s que l'histoire de Gilles Bai2:nard. qui leva la fierté en 4326; celles des bourgeois d'Eu, qui levèrent la fierté en 1546; cel es des barons de f*ellevé, de Claude Goubert, de François de Beaufort, baron de Monlboissières , du chevalier de Malherbe, né de Jacqueline de Boisrioull, dame de Chasteaubriaud ; de Christine Gomer du Breuil, de Claude Pehu el du manpiis d'Alègre . assassiné; de Montmorency, du Hallot, d'Hector de Barville, deTliirac , conseiller au parlement de Bordeaux, etc. , etc.
Ce qui ajoute encore à l'intérêt hisloricpie du livre de M. Floquet, ce sont les lettres curieuses écrites au chapitre de Rouen par de hauts et puissans personnages, pour lui recommander leurs protégés , ou pour le détourner de faire tel ou tel ciioix qui leur déplaisait.
C'est ainsi qu*on trouve rapportées dans l'histoire de la fierté , des lettres de Louis XI , de Henry daupliin , depuis Henry II , de Diane de Poitiers , du pape Grégoire XIII , d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, du cardinal de Bourbon, des ducs de Guise et de Mayenne, du cardinal de Vendôme , de la reine Mare de Médicis, de Louis XIII, de Louis XIV , du Chapitre de Nevers, de la duchesse d'Orléans, du duc de la Vrillère, tt enfin du comte d'A' toisqui fut depuis le roi Charles X.
La troisième partie du livre, l'histoire et la description du cérémonial, n'est pas ce qu'il y a de moins curieux dans l'ouvrage. Là encore , comme dans l'histoire, nous nous retrouvons parmi nos aïeux. Mais cène sont plus des événemens tragiques, des lutlesde corp'»rations (]ui émeuvent toute une grande cité ; ce sont des aventures plaisantes racontées dans un style plein de finesse et de gaîté, car les nombreuses cérémonies auxquelles donnait lieu l'exercice du privilège de saint Romain, furent fréquemment accompagnées d'épisodes burles(pies dont M. Floquet a saisi avec art le côté comique, et qu'il a racontés avec beaucoup d'esprit.
Chez nos aïeux , on le sait, rien ne se faisait sans restins, le privilège de la fierté avait donc les siens. Il y en avait au chapitre, il y en avait au parlement, il y en avait à la confrérie de Saint-Romain , il y en avait à la vicomte de l'Eau , et Dieu sait que de choses plaisantes s'y sont passées.
Puis ce sont les harangues des chanoines en allant insinuer le privilège ; celles des avocats généraux dans les différentes assemblées des cours de justice; celles du premier président ea délivrant un prisonnier.
Vient ensuite la description de la fameuse procession du prisonnier, et le détail de toutes les cércmcmies auxquelles il était astreint après sa délivrance.
El enfin, la liste de tous les prisonniers qui ont été délivrés en vertu du privilège. Cette liste est une lueuve de l'uommage que celte vénérable corporation rentlail au principe de l'égalité des hommes devant Dieu; car à côlé de noms d'honmies issus de familles nobles, se trouvent, el en grand nombre, ceux de simples bourgeois, de paysans, et même d'hommes appartenaiU aux classes les plus inférieures de la société.
C'est encore un livre élégant que celui de M. Floquet; son luxe typographique, ses belles gravures dont Mlle Espérance Langlois l'a orné, font honneiu' à la ville de Rouen, qui , dans celle circonslance comme dans tant d'autres, a atteint la i)erfeclioa de Paris.
Nouvelle librnirie des ouvrages et puhliraiions uiiles et d'agrément. — M. Ch. Villart, notre zélé correspondant, vient d'ouvrir à Toulouse, rue du Collège- Royal , n" I0 6i5, une librairie centrale pour toutes les provinces méridionales. Les partisans des doctrines sociales peuveiU éire assurés d'y trouver réunies loules les bonnes productions de la presse; Messieuis de la Jeune France y trouveront également tout ce que nous publierons en fait de gravures , lithographies , livres , busles, etc.
Fêtes du mois d'août. — La Gazette de Normandie a C(;lcbré les denx fêtes, aux jours solennels de l'Assomption ei de saint Louis, par des paroles si touchantes et si pleines d'amour , que nous ferons plaisir à bien du monde en les rapportant ici.
L'ASSOxMPTION.
Au Hradschin, aujourd'hui ce n'est pas de la joie qui éclate, c'est du respect, c'est de l'ainour, c'est de l'admiration qui se montrent.
Oh! s'écrie le vieillard exilé, ma fille! ma fille ! que je te voie toujours à mes côtés pour m'apprendre à ne pas défaillir sous le poids du malheur.
Et les enfans disent de leur côté, oh ! ne nous abandonnez pas, c'est un ange du ciel qui a reconduit le jeune Tobie au pays des ses pères, c'est vous et notre mère qui devez nous ramener aux lieux où nous sommes nés
Quand nous sommes dans une profonde solitude, nous croyons parfois au milieu du silence qui nous entoure ouir des voix qui parlent de nous.... et nous tressaillons à ce bruissement de souvenir. Oh! il y a loin d'ici au palais de Bohème, eh bien! malgré la distance,... j'espère que notre Marie-Thérèse entendra les vœux que nous faisons pour elle.
Les orphelins pensent à Marie-Thérèse ^ et crient vers Dieu: Seigneur qui nous avez enlevé notre père et notre mère, rendez-nnus-la!
Les pauvres vieillards pensent à Marie-Thérèse, et crient vers Dieu : Seigneur, voyez le délaissement de nos vieux jours, rendez-nous-la !
Les ménages qui ont connu l'aisance, et que la fidélité a mis dans la misère » pensent à Marie-Thérère ^ et crient vers Dieu : Seigneur, elle était notre providence, rendeznous la !
De vaillans soldats pensent à Marie-Thérèse , et crient vers Dieu : Elle était une de nos héroïnes, rendez nous-la!
Des prêtres, confesseurs de la foi , courbés sous les ans et sanctifiés de douleur, pensent à Marie-Thérèse, et crient vers Dieu : Seigneur, elle était l'ange du sanctuaire, rendeznous-la !
Des hommes de cœur qui aiment avant tout la gloire de la patrie, /je//.çe/</ à Marie- Thérèse , et crient vers Dieu : Seigneur , à force d'infortunes elle est devenue une des grandeurs de la France , rendez-nous-la !
Des femmes qui vivent pour faire le bien, pour visiter les malades, secourir les pauvres et consoler 1er affligés, pensent à Marie-Thérèse, et crient vers Dieu : Seigneur, elle est notre modèle, rendez-nous-la!
Des prisonniers qui n'ont commis d'autre crime que de vouloir, dans un temps de trahison, garder la foi jurée, pensent à Marie-Thérèse , et crient vers Dieu : Seigneur, elle aussi a été captive, elle a sanctifié les fers, elle est l'ange des prisons, rendfz-nous-la!
Enfin, tout ce qui, aujourd'hui en France, aime la vertu, le courage, la force et la bonté , pense à Marie-Thérèse, et crie vers Dieu : Seigneur, vous l'aviez mise au milieu de nous pour nous faire aimer et admirer la femme forte de vos saintes écritures, rendeznous-la! rendez-nous- la I Vicomte Walsh.
LA SALXT-LOUIS.
Au Hardschin , c'est la fête de Louise de Bourbon , de Louise dont le crayon de Grévedon nous a donné la gracieuse image. Il est d'un heureux à-propos de citei les beaux vers dans lesquelles en voit M. de Beaucliesne célébrer une de-, fêles les plus chères à la Jeune France :
Un chant d'amour à toi, jeune fille de France, A toi, dont tout le crime est d'avoir vu le jour Sous ce dôme royal où reste l'espérance , Je te consacre un cliant d'amour.
Un chant d'amour à toi , jeune enfant dont l'étoile Se leva dans la joie, à l'horizon vermeil! A toi qui ne sais plus, tant l'avenir se voile. Où doit se coucher le soleil!
Encore les paroles d'un Croyant. Nous avons lieu d'espérer que M. de La ^lennais n'en est pas l'auteur. Il prépare sansdoule un ouvrage qui le justifiera couiplèiemenl ; pour nous, c'était avec un sentimenl de douleur que nous le considérions comme l'auteur d'un livre
qui tend à bouleverser toutes les idées d'ordre et tous les principes sociaux, qui se révolte contre Dieu, qui ne reconnaît pas d'autre pouvoir que la Souveraineté du peuple. Or voici l'opinion de M. de LaMennais sur l'autorité ^ et l'enverra qu'elle n'a aucun rapport avec celle d'un Croyant.
De l'autorité — Toute autorité vient de Dieu : ainsi donc ne pas se soumettre aux puissances léf^itimes, c'est se révolter contre Dieu môme. Quelque ^rand que soit celui qui vous commande, vous trouverez toujours qu'il obéit à un plus grand que lui; et dans ces innombrables degrés d'obéissance et de pouvoir, qui vont toujours en s'élevant jusqu'à celui qui est seul maître par excellence, se trouve le lien des sociétés, le principe de tout ordre, l'entier développement et la paix de toute intelligence. Rejetez l'autorité, et à l'instant même vous devenez l'esclave de vos passions et de celles des autres. Sans l'autorité nous ne pouvons tirer aucun profit du passé, nous n'avons aucun droit sur l'avenir, et le présent lui-même n'est que troul>le et confusion.
— Difictission de l'adresse. La discussion de l'adresse a été étouffée par le ministère et les centres. Dans l'agitai ion où les avait jetés le discours de M. le marquis de Dreux-Brézé à la Chambre (les Pairs, et celui de M. Janvier, ils ont rtdoute les nouveaux adversaires qui allaient surgir à la tribune, et en tète descjucls figurait M. Dugabé. Il avait été convenu dans lesein de la dioite que M. Janvier poserait les questions principales auxquelles devraient répondre le ministère et les partisans. Après M. Janvier s'étaient fait inscrire MI\I. Rémusat, Renouard et Amilhau, puis venait M. Dugabé. I\Iais le discours de 1\I. Janvier en imprimant à l'assemblée un mouvement imprévu, avait jeté le désordre dans les rangs ministériels. M. Tliiers qui devait lui répondre, restait altéré; des groupes se formèrent; les ministres sortirent, et résolurent de changer l'ordre du combat. En effet, les trois ministériels qui devaient parler après M. Janvier se turent, et dès-lors !\I. Dugabé ne pouvait pas monter à la tribune. Ce n'était pas cependant l'intenlion du ministère qui voulait engager successivement et sans interruption les membres de la droite dai sla discussion, pour accabler ensuite l'opposition de ses forces matérielles. En effet, la séance fut levée, et dans l'intervalle les trois ministériels qui étaient inscrits avant !M. Dugabé avaient fait rayer leurs noms; puis M. Amilhau s'en vint doucement auprès de M. Dugabé, lui insinuer que le ministère allait prendre la parole. C'était un petit piège dans lequel le député de la droite n'est pas tombé, car M. Berryer l'avait deviné; il en avertit donc M. Dugabé qui , ne lrouv.^nt plus d'adversaire dans la lice, s'empressa de faire aussi rayer son nom de la liste des orateurs , en se prouiettant de ne prendre la parole qu'après le ministre qui, se contentant de sa première défaite , ne voulut pas s'exposer à une seconde.
— Décentralisation. MM. les bommes-de-lettres et les libraires des provinces sont tons intéressés au succès de VEcho de la Jeune France , \^ parce qu'il usera de toute son influence pour empêcher la vente des mauvais ouvrages faits par les mercenaires ou les ennemis de l'ordre social ; 2" parce (|u'il emploiera tous ses moyens pour faire vendre et pour propager les ouvrages qui auront été jugtrs utiles par ses bureaux correspondans. Un local est ouvert à Paris par les soins du bureau central pour y recevoir en dépôt les ouvrages utiles des provinces : cbacun , au nombre de cent exemplaires au moins, qui seront vendus au profit de leurs auteurs. Les bureaux correspondans devront juger avec impartialité, sans esprit de parti, et dans leur àme et conscience, tous les ouvrages qui leur seront soumis ; autrement leurs jugemens ne pourraient être insérés dans VEcho de la Jeune France,
— E.rposiiion permannete. MM. les artistes de la Jeune France sont également prévenus que le Bureau central , jaloux de proléger les beaux-arts , ouvrira d'ici au \" janvier un salon pour y recevoir en exposition permanente leurs ouvrages admis par les bureaux correspondans , sans autre rétribution qu'un droit réglé avec eux sur le prix desdits ouvrages , dont la Société de la Jeune France facilitera la vente. |
— Le Bureau de Toulouse est invité à examiner l'ouvrage de M. Lézat , et à en rendre compte , s'il le juge utile. Le Bureau central, se trouvant dans l'impossibililé d'examiner toutes les productions de la presse en France , et voulant d'ailleurs laisser à chaque province le soin d'admettre ou de rejeter les ouvrages bons ou mauvais qui sont imprimés chez elle, a résolu de ne s'occuper quede ceux publiés dans le déparlement de la Seine.