‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 51 sur 120 · RÉCLAMATION · texte numérisé non relu

RÉCLAMATION

A Monsieur h Directeur de TEcho de la Jeune France.

» Votre numéro du 5 août contient une lettre dans laquelle madame la marquise de La Rochejaquelin rejette comme apocryphe la lettre d'Arthur de Bonchamps à Henri de La Rocheja*iuelin, qui a paru dans Une semaine a Paris, chapitre préliminaire du Miroir des SAlo.ns, ouvrage spirituel, gracieux de madame de Saint-Surin.

» Absente en ce moment de Paris, madame de Saint-Surin se repose sur moi du soin de justifier de la vérité de la lettre de Bonchamps; aussi bien, c'est moi qui la lui ai communiquée, et si une erreur a été commise, c'est à moi seul qu'elle doit être imputée.

M Le doute élevé par madame la marquise de La Rochejaquelin m'a fait examiner la pièce avec un grand soin; l'objection relative à la date serait tout-à-fait sans réponse possible; mais je n'ai pas tardé à reconnaître quela date de Savenay, le 14 juin 1793, était d'une autre main que le corps de la lettre. On ne doit donc pas s'y arrêter, et la lettre ne doit recevoir d'autre date que celle que lui donnent les événemens auxquels elle se réfère : ce qui la place dans la première quinzaine d'octobre 1793; et quant au lieu, elle a dû être écrite de Tiffauges ou de Clissou.

» La réclamation de l'illustre veuve est fondée sur le plus respectable des motifs. Elle affirme qu'il n'a existé aucuns différens entre messieurs Bonchamps et de La Rochejaquelin; mais ces différens n'auraient-ils pas été de simples dissentimens , dont on croit apercevoir des traces dans I'histoire de la guerre de la ve\dée, par M. de Bonchamps? r.uaiid

il dit : « Ces levains fermentaient depuis la prise de Saumur ; chaque chef, voulant agir

« séparément, contrariait le système des masses; La ^Rochejaquelin , Talmont et d'.iuti-

» champs, jeunes et impétueux, voulaient combattre sans relâche. D'Elbée, qui connaissait » le caractère des Vendéens , prescrivait des intervalles de repos consacrés aux travaux » champêtres (1). »

» Les autres objections de madame la marquise de La Rochejaquelin tombent devant les faits. L'armée républicaine, commandée par le général Keaupuy . était de 45,000 hommes, et, malgré la supériorité du nombre , ce général allait être battu par les Vendéens, quand la garnison de Mayence , composée de dix à douze mille hommes, survint à la fin de la journée, et décida du sort de la bataille. « La déroute se mettait parmis les bleus, dit madame » de La Rochejaquelin dans ses Mémoires, lorsqu'arriva la réserve des Mayençais. » Et Westermann était bien près de là; car quelques lignes!plus bas, madame la marquise ajoute: « On laissa une ariière-gardeà Beaupréau; elle fit peu de défense. Westermann s'empara, le » 18 de la ville; il la brûla , etc. (2). » En effet, Westermann arriva à dix heures du soir, le 17 octobre, sur le champ de bataille, avec un détachement de cavalerie (3).

» Les faits invoqués dans la lettre de Bonchamps coïncident donc avec les historiens et les pièces officielles du temps ; la question n'est plus que dans la vérification de l'écriture : et le meilleur moyen d'éclaircir cette discussion, c'est de mettre la pièce elle-même sous les yeux du public. Elle porte le caractère de la vérité : tracée sur un papier grossier, qui n'est pas même ébarbé, on voit qu'elle a été écrite dans la précipitation des camps. Le cachet, en cire rouge, offre encore des traces d'armoiries ; on y distingue le champ d'azur, traversé d'une bande de même, chargée d'étoiles.

» Je vous prie donc, monsieur le directeur, de vouloir bien être, pendant un mois, le dépositaire de la lettre de Bonchamps, et de la communiquer , sans déplacement , aux personnes qui seraient curieuses de l'examiner.

» Agréez , monsieur, l'assurance de ma haute considération. »

Page 1