‹ L'Écho de la jeune FranceChapitre 66 sur 120 · LE SUICIDE · texte numérisé non relu

LE SUICIDE

Un cri part.... La foule muette Frissonne à ce cri défaillant ; Elle se presse , elle se jette Autour d'un cadavre sanglant.

— Encore une proie à l'abîme , Encore une pâle victime Transfuge de la vérité ; Encore un cœur las de ce monde ,

Qui crut dans la poussière immonde Enfouir son élernité !

Encore un crime inexpiable !

Oh ! qu'un pareil songe est trompeur î

Oh ! quelle angoisse formidable

Succède à celte folle erreur î

Combien d'âmes mornes et sombres

Qui cherchaient d'éternelles ombres ,

Et se réveillent en sursaut î

Combien pensaient dormir sans crainte,

Dont la prunelle à peine éteinte

Se rallume à l'éciair d'en haut !

Or, c'est vous seuls que j'en accuse ,

Rhéteurs effrontés de nos jours;

Car l'àme se corrode et s'use

Au fiel amer de vos discours.

C'est vous ] sophistes de notre âge ,

Vous tous que le siècle encourage ,

Et que repousse la raison ;

Vous tous qu'un même instinct enflamme ,

Vils fléaux du corps et de l'âme ,

Inoculateurs de poison !

Vous avez brisé l'espérance ,

L'espérance de l'avenir.

Debout devant la croix qu'on ne saurait bannir , En face de ce culte au puissant souvenir. Vous disiez comme Dieu devant la mer immense ; « C'est là, sur cet écueil où mon pouvoir commence ,

Que son dernier flot va finir. »

Et votre amer dédain grossissait quelques taches

De l'homme inhabile et mortel , Et vous frappiez sans honte, et vous portiez vos haches

Jusqu'à la base de l'autel.

Ce n'est pas tout : l'orgueil et l'instinct de vos haines

Se raidissaient contre la mort ; Vous avez effacé de vos chartes humaines

L'immortalité du remords.

Vous avez dit : « Tout meurt ; qu'importe la prière, « Qu'importe le futur à l'homme agonisant? « C'est faire bien du bruit pour un peu de poussière. « Ah ! vous pouvez en paix dormir sous cette pierre ;

« Celte pierre est sœur du néant. »

Eh bien ! Qu'a répondu cette jeunesse forte.

Quand vous démolissiez l'autel , Cette jeunesse ardente et que sa fougue emporte ?...

Elle a ri d'un rire cruel ; Elle a battu des mains devant vos représailles ; Puis, quand l'âge a glacé tous ses songes de [tn,

Tranquille au moment de l'adieu,

Elle a déchiré ses entrailles , En criant au néant : IMe voilà , sois mon Dieu !

Arrête , audacieuse , arrête !

— Crois-tu donc , ô siècle hardi ,

Qu'il suffit de voiler sa télé,

Et qu'en se frappant tout est dit ?

Crois- lu la vengeance muette

Et la justice satisfaite ,

Là-haut dans la suprême cour ?

Crois- lu , jeunesse morte au blâme,

Qu'on puisse jeter là son âme

Comme on jette un manteau d'un jour ?

2â6 l'A JEUNE FRANCE.

Crois-lu , quand le ceneau se brise , On qu'on s'est déchiré le sein, Ciois-tu que celle co;irle crise Allère un principe divin ?

Crois-lu qu'un foyer de pensée, Parce que la chair s'est irlacée , Succonihe à la même torpeur, El que de parcelle en parcelle Tous deux s'en aillent pêle-mêle Sous la bêche du fossoyeur ?

Non , non. Le fossoyeur ne frappe

Que la pourrilure du corps.

Le corps se dissout , l'àuie échappe ,

L'âme s'élaro:it au dehors ;

Elle part. — Hommes vains et frêles,

Tâchez d'enfermer ses deux ailes

Sous la pierre du jçrand sommeil ,

El puis efforcez-vous d'enclore

Une des brises de l'aurore,

Une des tlammes du soleil !

Arrière donc , tourbe insensée , Qui vis el qui meurs au hasard !

Arrière , ô vous dont la pensée N'a de foi que dans un [>"iguard !

Tremblez ; car , dans voire ignorance, Vous ne savez pas quelle chance Vous juûriez à ce jeu faial.

Tremb.ez, car le lombeau plein d'ombre N'est que le vesiibule sombre D'un eblouissanl tribunal.

Là haut , quand une âme s'élance Hors de sa prison qui se fend , Deux esprits montent en présence : L'un accuse , l'autre défend ; L'un est jeune el beau , l'autre infâme : Tous deux se disputent celle âme Qui vieul d'échapper au linceul ; iMais quand la mon est volontaire , Quand l'âme a deserlé la terre, L'accusateur apparaît seul !

Edouard Turquett , Membre correspondant de Rennes.

APOTHÉOSE DE LOUIS XVI

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