‹ L'école classique française; les doctrines et les hommes, 1660-1715Chapitre 11 sur 64 · CLITANDRE · texte numérisé non relu

CLITANDRE

Je vois votre chagrin, et que par modestie-

Vous ne vous mettez point, monsieur, de la partie ;

Et [)our ne vous point mettre aussi dans le propos.

Que font-ils pour l'État, vos habiles héros?

Qu'est-ce que leurs écrits lui rendent de service,

Pour accuser la cour d'une horrible injustice,

Et se plaindre en tous lieux que sur leurs doctes noms

Elle manque à verser la faveur de ses dons?

Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire,

Et des livres qu'ils font la cour a bien affaire.

Il semble à trois gredins, dans leur petit cerveau,

Que, pour être imprimés, et reliés en veau.

Les voilà dans l'État d'importantes personnes ;

Qu'avec leur plume ils font les destins des couronnes ;

Qu'au moindre petit bruit de leurs productions

Ils doivent voir chez eux voler les pensions ;

Que sur eux l'univers a la vue attachée ;

Que partout de leur nom la gloire est épanchée.

Et qu'en science ils sont des prodiges fameux.

Pour savoir ce qu'ont dit les autres avant eux,

Pour avoir eu trente ans des yeux et des oreilles,

Pour avoir employé neuf ou dix mille veilles

A se bien barbouiller de grec et de latin,

Et se charger l'esprit d'un ténébreux butin,

De tous les vieux fatras qui traînent dans les livres :

Gens qui de leur savoir paraissent toujours ivres,

Riches, pour tout mérite, en babil importun.

Inhabiles à tout, vidés de sens commim,

Et pleins d'un ridicule et d'une impertinence

A décrier partout l'esprit et la science.

.{Les Femmes savantes, IV 3.)

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