INTRODUCTION. XLI
plaît OU ce qui paraît facile, on laisse ce qui déplaît et ce qui gène, et nous pourrions bien adresser à un grand nombre de chrétiens de nos jours , même parmi les meilleurs, le reproche que Tertuliien adressait aux indociles de son temps : Pourquoi diviser le Christ, et pourquoi diminuer sa doctrine, pour la faire mentir en retranchant de son intégrité? Touty est vérité; il est Lui-même tout entier Vérité. Quid dimidias Christum? T otus veritas fuit . Envérùé, je vous le dis : on ne retranchera pas un iota^ pas un point. Quiconque relâchera le plus petit des commandements et diminuera ainsi la doctrine, sera le dernier dans le royaume des deux; mais celui qui soutiendra la doctrine tout entière, par ses enseignements et par sa conduite, sera grand dans le royaume des deux *.
Eh bien! voici un livre qui ne diminue rien, qui n'amoindritrien, pas plus qu'il n'exagère. Il s'adresse à l'intelligence, et lui donne le sens certain des enseignements les plus importants de l'Évangile; mais il s'adresse encore plus au cœur et vise à la vertu pratique. Il tend manifestement à ramener les âmes et la société tout entière aux pieds de Jésus-Christ, à sa douce et divine École, et à faire rentrer Jésus- Christ partout dans les idées et dans les mœurs.
Le Père Grou l'a écrit au moment même où l'on
ï Mattu., V, 18.
XLir INTRODUCTION.
posait les principes de la grande révolution qui
agite le monde et qui l'agitera peut-être jusqu'à lu
fin.
Je crois le moment venu de le faire paraître à l'heure où nous ressentons si cruellement les conse'quences de la Rëvolution, et où nous faisons nous-mêmes descendre dans la pratique et dans les faits les principes posés il y a cent ans.
Le Père Grou avait prévu ces suites désastreuses, et plus d'une fois dans son ouvrage il semble qu'il vit le cours des événements et qu'U prophétisa, à travers les phases de la Révolution, les tristesses et les décadences de l'heure présente, l'affaiblissement de la foi et le déchaînement de l'immoralité, l'effacement des caractères et le despotisme des masses populaires, l'impiété croissante de l'enseignement public et l'apostasie déclarée des individus, des familles et des peuples.
G*est donc contre le torrent de l'impiété contemporaine, et pour ramener les âmes de l'ignorance à la vérité, de TindifFérence ou de la haine à la connaissance et à l'amour, qu'il a composé et que nous publions aujourd'hui VÉcole de Jésus- Christ,
Qu'il aille, ce livre du savant et pieux auteur! Qu'il parle! qu'il ramène les âmes qui s'égarent
INTRODUCTION. xLHi
et qui périssent sans maître, à l'étude abandonnée de l'Évangile, aux leçor.s du christianisme vrai et solide, à l'École de Jésus-Christ, le seul maître des nations! Qu'il fasse de nouveau entendre la voix du Sauveur du monde, et que Jésus redevienne l'unique Précepteur sur la terre ! Qu'il rentre, et qu'on le rétablisse à sa place, avec le livre de l'Évangile et le Crucifix, dans le cœur et sous les yeux de tous au sein de la famille, et qu'il y reste pour ne disparaitre plus, et pour que tous puissent apercevoir facilement et reconnaître à jamais le Docteur que Dieu nous a donné ' .
Et, quand on l'aura rétabli dans les cœurs par l'étude de l'Évangile, sous les yeux, dans les foyers, par le crucifix qui résume tous ses enseignements, on le fera facilement rentrer dans les écoles, dans nos hôpitaux, dans nos rues, sur nos places publiques, et plus profondément dans nos lois et dans les constitutions des peuples. Il réapparaîtra bientôt, il éclairera, il sauvera de nouveau le monde. Les révolutions modernes étant doctrinales ne finiront pas, comme celles de l'antiquité, par un homme ou par un accident, par une action d'éclat ou sur un champ de bataille; elles finiront par une doctrine, aux pieds d'un maître chrétien, à l'École de Jésus-Christ,
iLiv INTRODUCTION.
O Jésus! Maître des âmes, nous périssons; ayez pitié de nous!
Jesu, prœceptor, perimus! miserere nohis '.
Marie! siège de la sa^jesse, mère du Verbe, priez pour nous !
Sedes sapientise! Mater Verhi, or a pro nohis.
Enfin, je proteste avec l'auteur « de la droiture de mes intentions. Je n ai dessein de proposer que ce que Jésus-Christ a enseigné. J'adopte sans réserve tout ce que l'Eglise enseigne; je condamne absolument tout ce quelle condamne ; et sij malgré mes précautions^ il se rencontre dans cet écrit quelque chose de répréhensible, je le rétracte d'avance, et je l'effacerais volontiers de mon sang. »
F. DOYOTTE,
Reims, 17 octobre, Octave de S. François de Borgia, et fête de la B^ Marguerite-Marie, 1884,
* Lrc, VIII, 24; XVII, 13.