‹ L'école de la médisance: comédie en cinq actesChapitre 43 sur 43 · Pièce d'argent valant 1 fr. 25 cent · texte numérisé non relu

Pièce d'argent valant 1 fr. 25 cent

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avec quelle joie je lui destinais la moitié de ma fortune : jugez donc de mon désappointement, en découvrant qu'il était dépourvu de franchise, de cœur et de reconnaissance.

SiR Peter. — Sir Oliver, votre déclaration me surprend d'autant moins , que je l'ai trouvé moi-même égoïste, traître et jésuite.

Lady Teazle. — Et, si monsieur n'avoue pas, je vous prie de le laisser me charger de sa défense.

SiR Peter. — Maintenant, je crois inutile d'en dire davantage : s'il se voit tel qu'il est, il considérera que sa moindre punition est d'être démasqué publiquement.

Charles, à 'part. — S'ils traitent ainsi la vertu, que vont-ils donc me dire, à X!Clq\% (Sir Peter ^ lady Teazle et Maria remontent,)

Sir Oliver. — Quant à ce dissipateur, son frère, voilà...

Charles, à 'part, — Bon, c'est mon tour : le diable soit des portraits de famille ! Je ne m'en relèverai pas.

Joseph. — Sir Oliver... mon oncle, voulezvous me faire l'honneur de m'entendre ?

Charles, à part, — Voyons, pourvu que Joseph fasse un de ses longs discours, je pourrai me recueillir un peu.

Sir Oliver, à Joseph, — Je crois que vous voulez entreprendre de vous justifier ?

Joseph. — J'en ai l'espoir.

Sir Oliver. — Allons donc ! en jetant votre coquinerie par-dessus bord, parce qu'elle ne vous a pas réussi, et en essayant de vous justifier, vous

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montrez que vous valez encore moins que je ne pensais. {A Charles.) Eh bien, monsieur! vous pourriez vous justifier aussi, je suppose ?

Charles. — Je n'ai pas cette prétention, sir Oliver.

SiR Oliver. — Ah I àh I... le petit Premium a été mis trop avant dans le secret, alors ?

Charles. — C'est vrai, monsieur; mais ce sont des secrets de famille, et on ne devrait plus en reparler, vous savez.

RowLEY. — Allons, sir Oliver, je sais que vous ne pouvez parler des folies de Charles en vous fâchant.

SiR Oliver. — Ma foi, non, ni retenir mon sérieux. Sir Peter, figurez-vous, le brigand a fait marché avec moi pour tous ses ancêtres ; il m*a vendu les juges et les généraux à la toise, et les vieilles filles, ses tantes, au prix de la porcelaine cassée.

Charles. — A coup sûr, sir Oliver, j'ai agi qn peu cavalièrement avec les toiles de famille, c'est la vérité. Mes ancêtres sont certainement fondés à se lever pour témoigner contre moi : il n'y a pas à le contester ; mais croyez à ma sincérité quand je vous dis... et, sur mon âme, je ne dis que ce qui est... que, si je n'ai pas l'air confondu devant l'exposé dé mes folies, c'est que je suis tout entier livré à la joie de vous voir, mon généreux bienfaiteur.

SiR Oliver. — Charles, je vous crois ; donnezmoi une seconde fois la main : le petit bonhomme à mauvaise mine, au-dessus de la causeuse, nous a réconciliés ensemble.

Charles. — Alors, monsieur, c'est accroître encore ma reconnaissance envers l'original.

Lady Tbazlb^ s' avançant^ avec Maria à côté d'elle, — Pourtant, je crois, sir Oliver, que voici quelqu'un avec qui Charles est encore plus impatient de se réconcilier.

Sffi Oliver, — Oh! je sais que son cœur est pris de ce côté; et, que la jeune demoiselle me pardonne, mais, si j'en juge bien... cette rougeur...

Sir Peter. — Voyons, mon enfant, ne craignez pas de parler.

Maria. — Monsieur, j'ai peu de choses à dire, sinon que je serai heureuse de le savoirheureux; pour moi... quelque droit que j'eusse à son affection, je m'en démets volontiers en faveur d'une personne qui y a de meilleurs titres.

Charles. — Comment, Maria !

Sir Peter. — Eh bien! quel est ce nouveau mystère?... Tant qu'il a fait l'effet d'un incorrigible coureur, vous ne vouliez épouser que lui; et maintenant qu'il est disposé à s'amender, voilà que vous n'en voulez plus !

Maria. — Son cœur et celui de lady Sneerwell savent pourquoi.

Charles. — Lady Sneerwell !

Joseph. — Mon frère, c'est avec bien du regret que je suis forcé d'intervenir ici; mais mon respect de la justice m'y contraint, et les griefs de lady Sneerwell doivent enfin se faire jour. (// ouvre la porte.)

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Entre LkDY Sneerwell.

Sir Peter. — Encore! une autre modiste française! Pardieu, il fautqa'il en ait plein sa maison, une dans chaque pièce !

Lady Sneerwell. — Ingrat Charles I Vous avez bien le droit d'être surpris et ému en face de la situation où m'ont placée votre indélicatesse et votre perfidie.

Charles. — Dites-moi, je vous prie, mon oncle, est-ce que c'est encore un plat de votre métier? car, sur ma vie, je ne comprends pas,

Joseph. — Je crois, monsieur, qu'il n'est plus .besoin que du témoignage d'une autre personne pour éclaircir tout à fait la chose.

Sir Peter. — Et cette personne, j'imagine, est M. Snake. Rowley, vous avez eu joliment raison de l'amener avec nous. Ayez l'obligeance de l'appeler.

Rowley. — Entrez, M. Snake.

Entre Snake.

Rowley. — Je pensais que nous pourrions avoir besoin de son témoignage. Seulement, et ceci est fâcheux, il se trouve qu'il vient confondre lady Sneerwell, au lieu de la soutenir.

Lady Sneerwell. — Le misérable ! Me trahir au dernier moment!... Parlez, drôle ! vou^étesvous, aussi, ligué contre moi?

Snake. — Je vous demande- dix mille fois pardon, madame : vous m'avez payé très-généreu-

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sèment pour mentir en cette occasion; mais, malheureusement, on m'a offert le double pour dire la vérité.

SiR Pet&r. — A fourbe, fourbe et demi ! Je vous félicite, madame, du succès de votre entreprise.

Lady Sneerweli., passant, — Honte et tourments d'enfer sur vous tous !

Lady- Teazle. — Arrêtez, lady Sneerwell :

avant de vous en aller, laissez-moi vous remercier de la peine qua vous avez prise avec monsieur d'écrire des lettres de moi à l'adresse de Charles, et d'y répondre vous-même ; laissezmoi aussi vous prier de présenter mes respects à l'institution médisante que vous présidez, et informer vos collègues que lady Teazle, licenciée, se permet de leur renvoyer le diplôme qui lui a été conféré, car elle renonce à exercer et à tuer désormais les gens dans leur honneur.

Lady Sneerwell. — Vous aussi, madame I...

Vous provoquez... vous insultez! Puisse votre mari vivre encore cinquante ans î {Elle sort.)

SiR Peter. — Dieux ! quelle furie !

Lady Teazle. — C'est une méchante créature, en vérité !

Sir Peter, lui prenant la main, — Comment !

pas pour son dernier souhait ?

Lady Teazle. — Oh ! non !

SiR Oliver, à Joseph, — Eh bien, monsieur, qu'avéz-vous à dire à présent ?

Joseph. — Monsieur, je suis si stupéfait de voir que lady Sneerwell ait été capable de cherchera corrompre ainsi M. Snake pour nous en imposer à

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tous, que je ne sais que dire. Cependant, de peur que, revenue à elle, elle ne s'empresse de machiner quelque vengeance contre mon frère, je n'ai rien* de mieux à faire que de la rejoindre tout de suite. Car l'homme qui essaye de... (// sort,)

SiR Peter. — Moral jusqu'au bout !

Sir Oliver. — Oui, et épousez-la, Joseph, si vous pouvez. Parbleu 1 vous irez fort bien ensemble.

Rowley. — Je crois que nous n'avons plus besoin de M. Snake, à présent.

Snake. — Avant de partir, je demande pardon, une fois pour toutes, aux personnes présentes, des désagréments quelconques dont je n'ai été que l'humble instrument.

SiB Peter. — Bien, bien, vous avez racheté tout cela par une bonne action à la on.

Snake. — Mais je dois supplier la compagnie de ne pas la révéler.

Sir Peter. — Eh! la peste soit de vous!...

Avez-vous honte d'avoir fait quelque chose de bien une fois dans votre vie ?

Snake. — Ah ! monsieur, considérez que c'est ma mauvaise réputation qui me fait vivre : si l'on apprenait jamais que j'ai trahi mon passé en commettant une bonne action, je perdrais tous les amis que j'ai au monde. .{Il sori,)

SiR Oliver. — Bien, bien; nous ne vous diffamerons pas en disant quoi que ce soit à votre louange, soyez tranquille.

Lady Teazle. — Voyez, sir Oliver, il n'est plus

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nécessaire de prêcher maintenant pour réconcilier votre neveu avec Maria.

SiR Oliver. — Oui, oui, cela marche comme il faut; et, parbleu, nous ferons les fiançailles demain matin.

Charles. — Merci, mon bon oncle !

Sir Peter. — Gomment, monsieur le vaurien !

est-ce que Ton ne demande pas d*abord le consentement de la demoiselle ?

Charles. — Oh! je l'ai demandé il y a longtemps... il y a une niinute... et ses yeux m'ont dit oui. ^

Maria. — Fi donc, Charles !... Je proteste, sir Peter, il n'y a* pas eu un mot.

Sir Oliver. — C'est bien, allons, le moins que Ton parle est le mieux... Puissiez-vous Tuii et l'autre vous aimer toujours autant que cela!

Sir Peter. — Et être aussi heureux que lady Toazle et moi nous nous proposons de l'être !

Charles. — Rowley, mon vieil ami, je suis sûr que vous vous réjouissez de ma joie; et je soupçonne que je vous dois b*eaucoup.

Sir Peter. — Oui, le brave Rowley a toujours dit que vous vous corrigeriez.

Charles. — Ma foi, pour ce qui est de cela, sir Peter, je ne promets rien, et c'est une preuve selon moi que j'ai l'intention de m'y mettre ; mais j'aurai là mon régent... mon charmant guide.

Ah! puis-je dorénavant quitter le sentier de la vertu, avec ces yeux-là pour m'éclairer?

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Quand même tu serais, ma chère, moins jolie, Je subirais encor — car je le veux — ta loi.

Repentant, et fuyant désormais la Folie, Je n'ai d*asile sûr que TAmour près de toi.

{Au publie,)

Il appartient à vous de calmer notre émoi.

Vous pouvez, de vos mains, nous redonner la vie. Et tuer pour toujours la médisante Envie.

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