Sir Henri Bouquet et Thomas Flâneur
se. i] l'école de la médisance. 33
{Lady Sneerwell et Maria remontent un peu.) A propos, j'espère qu'il est faux que yotre frère soit complètement ruiné?
Joseph Surface. — Je crains que sa situation ne soit en effet bien mauvaise, madame.
Mrs Gandodr. — Ahl c'est ce qu'on m'a dit...
Mais il faut l'engager à ne pas se laisser abattre : tout le monde à peu près est dans la même passe... Lord Spindle, Sir Thomas Splint, le capitaine Quinze et M. Nickit...^ Tous, m'a-t-on dit, sauteront cette semaine. De la sorte, si . Charles est ruiné, il verra la moitié de ses amis ruinés aussi, et c'est là, vous savez, une consolation.
Joseph Surface. — Sans doute, madame... une très-grande.
Entre le Domestique.
Le Domestique. — M. Crabtree et Sir Benjamin Backbite. {Il sort.)
Lady Sneerwell. — Vous le voyez, Maria, votre adorateur vous poursuit ; décidément, vous ne lui échapperez pas.
Entrent Crabtree et Sir Benjamin Backbite.
Crabtree. — Lady Sneerwell, je vous baise les mains... {Il s'avance vers Mrs Candour.) Mrs Candour, mon neveu. Sir Benjamin Backbite!... Je ne crois pas que vous le connaissiez.
1. Lord Fuseau, sir Thomas Esquille,, le capitaine Quinze et M. Entamé.
34 l'école de la médisance. [acte I
Par Dieu! madame, c'est un bel esprit et aussi un charmant poète ; n'est-ce pas, Lady Sneerwell?
SiR Benjamin. — Oh ! fl, mon oncle !
Grabtree. — Non, parbleu, c'est la vérité ! Je tiens pour lui, qu'il s'agisse d'un rébus ou d'une charade, contre le meilleur rimeur du royaume... Madame a-t-elle entendu parler de Tépigramme qu'il composa la semaine dernière sur l'embrasement des marabouts de Lady Frizzle *?... Allons, Benjamin, redites-la, ou bien la charade impromptu que vous fîtes hier soir à la réunion de Mrs Drowzie 2. Allons donc!... votre premier est le nom d'un poisson, votre second un grand commandant de marine, et...
Sir Benjamin. — Mon oncle, voyons... vous êtes d'une indiscrétion...
Grabtree. -^ Vraiment, madame, vous seriez surprise de sa facilité pour ces sortes de choses.
Lady Sneerwbel. — Je m'étonne, Sir Benjamin, que vous n'ayez jamais rien publié.
Sir Benjabon. — A vrai dire, madame, c'est bien vulgaire de se faire imprimer; et, comme mes petites productiojis sont pour la plupart des satires et des pamphlets sur des particuliers, je trouve qu'elles se répandent davantage par les copies que je confie aux amis des personnes en jeu. (Il s'avance vers Maria.) Cependant, j'ai quelques élégies amoureuses que je me propose de donner au public, si mademoiselle veut me faire la faveur de les agréer.