LA MÉTHODE REVOLUTIONNAIRE
1er, fondre et forer les canons. Ils auraient un état de route comme les canonniers de Tarmée et toucheraient quotidiennement trois livres pendant leur séjour. La municipalité de Paris les logerait dans la caserne de la rue de Lourcine, et nommerait un inspecteurchargé deles accueillir et de leur donner tout le nécessaire. Après les cours qui se feraient en trois séries, — 19 février, 1®"* et H mars, — ils recevraient chacun un exemplaire d'instructions techniques accompagné de planches. Ils seraient employés selon l'intelligence qu'ils auraient montrée et les connaissances qu'ils auraient acquises.
Ces cours révolutionnaires se faisaient sous les yeux du Comité. Guyton deMorveau, Fourcroy, Dufourny, Berthollet, Carny, Pluvinet enseignaient la fabrication du salpêtre et de la poudre; Hassenfratz, Monge et Périer, la fabrication des canons. Les six premiers professaient, à tour de rôle, au laboratoire du Muséum; les trois autres, à l'Évêché, dans la salle des Électeurs.
Un mois suffit pour instruire les élèves, pour former, selon un mot du temps, huit cents Salmonées qui se répandirent dans les ateliers de la
République et initièrent leurs compatriotes aux procédés de la fabrication des poudres et des armes : la France, disait-on, allait devenir un arsenal; en trente jours, le génie de la liberté avait fait ce que le despotisme aurait fait à peine en trois ans; l'effet des leçons avait été aussi prompt que l'effet des matières traitées et des éléments manipulés t
L'expérience de ces ateliers nationaux ne fut pas perdue, et la Convention reconnut qu'ils avaient produit des résultats d'un avantage inappréciable (1), « La Révolution, s'écriait Barère, est à l'esprit humain ce que le soleil d'Afrique est à la végétation; l'influence de la liberté rend tous les fruits précoces et toutes les institutions faciles I »
Mais pourquoi en rester là? Pourquoi ne pas continuer l'œuvre commencée, ne pas faire d'autres merveilles d'instruction? Ne sufflsait-il pas de joindre au patriotisme une science qui ne serait pas pédantesque, d'ouvrir pour quelques instants des écoles où d'excellents professeurs réuniraient autour d'eux des jeunes gens doués
(1) Cf. le rapport de Boissier du 31 décembre 1794 {Mon. du 1" janvier 1795).
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d'heureuses dispositions? Le gouvernement révolutionnaire ne devait-il pas organiser un enseignement révolutionnaire, et puisque le branle était donné à toutes les intelligences, puisque le mouvement était imprimé Jà tous les travaux, l'enseignement ne pouvait-il, lui aussi, participer à la rapidité de la Révolution, être, comme elle, actif, vif, précipité, lui prendre son caractère impétueux? Que les districts envoient à Paris plusieurs de leurs citoyens, que ces citoyens, une fois instruits, reportent leur instruction toute fraîche dans leur ville, dans leur village et (( sur une grande surface ». Le gouvernement n'aura-t-il pas ainsi et en très peu de temps multiplié tous les genres de connaissances? Et, de la sorte, n'aura-t-il pas régénéré l'esprit public? Ces hommes, qui suivront des cours à Paris et les feront à leur tour en leur pays d'origine, s'élèveront dans la capitale à la hauteur de la Révolution, s'animeront d'une chaleur républicaine et d'une énergie patriotique qu'ils propageront dans leurs foyers, recevront une impulsion qu'ils communiqueront à tous les points du territoire. « L'essai de l'École dès armes, lit-on dans le Moniteur du 1*' mars 1794, promet des succès, »
et le journal encourageait le Comité à employer cette méthode révc lut ionnaire,<( un des produits les plus utiles et un des plus forts appuis de la liberté ».
C'est sous l'empire de ces idées que le Comité de salut public projeta d'instituer une Ecole destinée à répandre dans les campagnes de saines notions sur l'amélioration des terres et Télève des troupeaux : il fallait, disait Fourcroy, « répandre révolutionnairement les connaissances nécessaires au perfectionnement du premier des arts, de l'agriculture » et « assurer l'approvisionnement des armées de terre et de mer » .
Un an plus tard, lorsque le Comité fondait l'Ecole normale et prétendait révolutionner l'instruction comme il avait révolutionné l'armée, les articles du décret rappelaient singulièrement ceux de l'arrêté du 2 février 1794 sur la fabrication des armes, des poudres et du salpêtre. Trois citoyens, âgés de moins de vingt et un ans et choisis par l'administration de chaque district, devaient se rendre à Paris où ils suivraient durant quatre mois les cours de l'Ëcole normale et au bout de ce temps revenir dans leur dis-