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D' Cheron, journal Le Soir

Des quatre bumeurs du corps humain. jor

aisé. Tous les enfants sont élevés par le méme précepteur; mais l'un s'attache de préférence au garde-chasse, au cocher et va aux champs avec les domestiques; en hiver, on le verra méme, le fléau à la main, battre le grain ou couper la paille menue; il aime tous les exercices du corps, tandis que son frère cadet ou aîné garde la maison et n'aime que ses livres. Son frère a beau Vappeler d'un de ces quolibets énergiques, comme on en trouve à cet âge; il n'en continue pas moins ses études; il veut devenir savant, avocat ou professeur, médecin peut-être; car, en effet, son grand-père a été médecin.

Une erreur populaire se plait à confondre les avantages qui résultent d'une bonne constitution et ceux que l'on veut attribuer aux prétendus bons tempéraments. Cette erreur est regrettable, car elle permet de considérer comme avantageux l'état maladif inhérent à quelques tempéraments fortement accusés,

Une bonne constitution est représentée par une égale pondération de la puissance de tous les systémes de l'organisme; le tempérament, au contraire, déduit cet équilibre en créant une prédominance ficheuse de l'un de ces systèmes. Il n'existe donc point de bons tempéraments, il n'existe que de bonnes constitutions; si parmi ceux-ci il en est dont l'influence soit moins fâcheuse, ce n'est pas à dire pour cela qu'il soit opportun de faire l'éloge des moins mauvais.

Voilà l'appréciation médicale.

En dehors de cette manière d'envisager la question, il en est une autre qui a le droit de se faire connaître; elle consolera eux auxquels on a pompeusement annoncé la bonne chance qui leur est échue en partage, possesseurs qu'ils sont, celui-ci d'un tempérament bilieux qui donne énergie et résistance aux maladies, voire méme mauvais caractère; celui-là d'un tempérament lymphatique, en vertu duquel il possède le calme qui fait les hommes vraiment forts, qui met À l'abri des coups de sang, et qui permet l'usage sans limites des excitants les plus nuisibles : alcool, tabac, etc.

Des gens sanguins. 503

Il a la mémoire heureuse, l'imagination vive et brillante; il a beaucoup d'esprit, des idées heureuses et promptes, des expressions aisées; il est fécond en bons mots et en traits d'esprit; il est charmant en société, Il aime l'étude, fait des progrès rapides dans son instruction; il juge bien; mais, malgré sa conception facile, il est peu propre aux méditations profondes et aux sciences abstraites, ayant peu de goüt pour tout ce qui exige un travail assidu : il excelle dans toutes les sciences agréables; il est enclin à la poésie, à la musique, à la peinture.

Il est franc et courageux; aussi étourdi que sensible, il s'emporte aisément et se calme de méme, ne connaît ni soucis ni ressentiment, voit tout en rose, méme le malheur et l'adversité; offensé, il pardonne ; affligé, il se console sans difficulté.

Il a une grande vivacité de sentiment, des impressions promptes, mais légères ; c'est une eau dont la surface s'agite au moindre souffle, mais se calme aussitót que le souffle a passé ou se dirige en sens inverse, selon le courant que l'air suit lui-même. Le désir naît instantanément ; mais, s'il ne trouve aussitôt de quoi se satisfaire, il se déplace sans peine et oublie l'objet qui l'a d'abord excité. Un homme à tempérament sanguin est facilement ému ; en ce moment, il puisera sans hésitation dans sa bourse ; mais n'attendez pas au lendemain les effets de ces bonnes dispositions : avec l'émotion a passé l'élan de générosité. Il a des défauts, de grands défauts méme, et les confesse avec franchise, se repent amèrement de ses fautes et prend les meilleurs résolutions; il se retourne, une occasion se présente, la tentation est plus forte que la volonté, et le voilà retombé dans ses anciennes

Bref, c'est un aimable homme, mais ce n'est pas un homme de mérite.

La bonté de cette constitution n'est pas un titre pour vivre longtemps : la sensibilité et la vivacité, qui sont propres à l'homme sanguin, lui font consumer rapidement la vie et abréger ses jours.

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Des gens bilieux. 505

digère facilement ; il a ordinairement un appétit vorace ; le tissu de sa peau est serré et peu perspirable, et les urines sont âcres et abondantes.

Mais, perdant apparemment beaucoup par la transpiration de la peau, il n'engraisse pas aisément.

ll reçoit les impressions avec autant de facilité, mais il les garde et les laisse pénétrer plus profondément. Sa volonté est forte et tenace; ses passions éclatent avec violence, et sa colère, pour étre prompte, n'en est pas moins énergique. Il a des affections et des antipathies nettement tranché I sent l'obstacle aïguillonner ses désirs ; il cède devant la douceur et la résignation, et sa fureur, qui semblait vouloir tout démolir, s'apaise par degrés et disparait bientót.

Le bilieux est hardi, entreprenant et violent. Il n'est pas rebuté par un long travail; il poursuit avec constance le but qu'il s'est une fois proposé, et l'atteint ou succombe. Il réve l'honneur et la gloire; il souffre d'une condition obscure, et il s'agite sans cesse pour en sortir; son âme, habituellement occupée de ses projets d'élévation, se sent propre à entreprendre les plus grandes affaires. Il est né pour commander plutôt que pour obéir; mais son pouvoir est tyrannique, susceptible et jaloux. Il est brave jus= qu'à la témérité, mais sa victoire est souvent sanglante et cruelle.

L'homme bilieux est, de tous les hommes, celui qui est le plus amoureux : l'amour est pour lui une affaire capitale : il aime passionnément et avec fureur ; il est fort et conserve longtemps sa vigueur ; il est jaloux, constant, ferme, inexorable, colérique et porté à la vengeance.

ll a beaucoup d'imagination, plus de génie que d'esprit; il est propre aux sciences abstraites ; mais ces qualités précieuses sont souvent altérées par la dureté de son caractère : il est entété, opiniátre et misanthrope.

Ce tempérament est celui d'un homme au sein de la société, déjà accontumé à réussir dans ses projets et dans le maniement des affaires, C'est peut-étre une époque réelle dans l'histoire du

Des mélancoliques. 507

temps que dans le tempérament sanguin, mais la volonté manque pour l'exécution. Le flegmatique aime le repos, le plaisir, pourvu qu'il ne doive pas se le procurer au prix de grands efforts. Il est incapable d'une grande passion, il a trop de réflexion pour faire une folie et ne va jamais au delà de la limite qu'il s'est tracée.

Les individus pituiteux vivent plus longtemps que les autres, parce qu'ils usent moins la vie. ë

Les femmes, et les hommes mous et voluptueux, sont en gé-* nérale flegmatiques.

C'est l'homme d'ordre, l'homme exact, l'homme soignant son ménage, surveillant son commerce les bras croisés, et vivant heureux dans le meilleur des mondes possibles. Mais de cette grande placidité il n'y a pas loin à la paresse, et l'indifférence émousse souvent les sentiments les plus naturels et les plus fidèles.

Le tempérament flegmatique est quelquefois originel ; il y a des climats où les hommes naissent pituiteux. Néanmoins le genre de vie et l'éducation ont une action décisive à cet égard sur la plupart d'entre eux. Les Flamands, les Hollandais, les Anglais, les Allemands, les Suisses, les peuples soumis à un gouvernement constant sont flegmatiques,

Page 171. — DES MÉLANCOLIQUES.

Le tempérament mélancolique ou atrabilaire est propre à la vieillesse. On peut le considérer comme le maximum du tempérament bilieux.

Les mélancoliques ont ordinairement les cheveux bruns ou noirs ; le corps gréle; les jambes et les cuisses maigres ; les bras et les doigts effilés ; la peau sèche, jaune, brune ou noirâtre, quelquefois garnie de poils trés noirs.

Le pouls est fréquent, sec, petit, inégal.

Le sang est, paraît-il, plus foncé, circule plus lentement ; on

Des st 509

et, comme il pense naturellement à son bien-être, il craint de trahir un secret, qui pourrait influer sur son bonheur et peutêtre le lui ôter ; de là son opiniâtreté et sa méfiance.

Le caractère du mélancolique est sombre, rêveur, difficile, inquiet, méfiant, chagrin. Il est très exigeant, et furieux lorsqu'on lui manque ; ennemi implacable et adversaire très redoutable, ik est cependant bon ami, mais amant jaloux et porté au désespoir,

Le sentiment étant très aiguisé chez lui, et par l'habitude de sentir et par celle de réfléchir, il aperçoit et juge avec facilité et justesse; de là ses machinations sourdes, obscures et ténébreuses. dans lesquelles il a coutume de se plonger et de réussir,

Les entreprises qui paraissent supérieures aux forces humaines, les conquêtes, les hérésies, les sectes, les révolutions des empires, les crimes les plus atroces, ont été souvent l'oeuvre des mélancoliques. Ce tempérament produit les grands hommes, les héros, les ambitieux, les grands philosophes, Démocrite, Aristote, Platon, Cicéron, les grands scélérats, les César, les Brutus, les. Charles XII, les Bonaparte, les Robespierre, les fanatiques Clément, Ravaillac, Louvel, Les gens mélancoliques sont des héros, ou des criminels fameux, des savants ou des fous, mais ils sont rarement bons.

Ce tempérament n'est donc point dans la nature; c'est un produit des modifications que l'homme reçoit durant sa vie pat l'éducation, par les lois, en un mot par la société. Chacun le sait, et chacun le dit : on change de tempérament à mesure que l'on s'éloigne de la naissance, et cela ne peut venir que des impressions profondes et multipliées que les objets qui environnent font sur nous,

Au tempérament mélancolique se rattache le /empérament nerveux, À notre époque, et surtout dans les classes élevées de la. société, le tempérament qui domine, et dont l'exagération con-

Des mélancoliques. sit

Prompts à se passionner et À s'attendrir, les nerveux versent facilement des larmes, alors même que le moindre effort de résistance pourrait maintenir chez un autre ce trop facile attendrissement.

Lorsqu'ils sont plus impressionnés que de coutume, ils ressentent, au niveau du creux de l'estomac, un sentiment d'angoisse comparable à celui qu'on éprouve dans le chagrin.

Cette sensation les pousse à la tristesse, au dégoût, à l'ennui, jusqu'au moment où une. distraction subite vient leur rendre le sbulagement et la gaieté.

Sensibles aux changements de l'atmosphère, ces personnes sont au moral de véritables protées.

Entrainées par leurs impressions, elles font acte de courage quand leur système nerveux est surexcité, et la puissance de leur volonté devient si grande que les plus rudes épreuves, les fatigues et les efforts sont supportés avec facilité.

Au service d'une bonne téte et d'un bon cceur, l'état nerveux a pu enfanter d'admirables choses. Dans les conditions contraires, rien n'est plus triste à voir et surtout à éprouver : la raison n'est pas là pour réprimer les impulsions maladives; les affections s'éteignent, l'égoisme règne sans partage; le malade souffre et n'inspire plus qu'un médiocre intérêt.

Parallélement à ces troubles moraux apparaissent sans cesse des souffrances physiques trés variées : lourdeurs de téte, bouffées de chaleur à la figure, étourdissements, vertiges, maux d'estomac, manque d'appétit, battements de cœur, sensibilité. exagérée de l'œil, bourdonnements, tic nerveux, etc.

D'une autre part, de véritables aberrations de la sensibilité, auxquelles on ne peut échapper, sont imposées par cet état,

La célèbre actrice Mlle Contat s'évanouissait à l'odeur du lièvre,

J-]. Rousseau rapporte que le son de la cornemuse produisait chez un Gascon nerveux une incontinence d'urine.

Paulini cite l'exemple d'un homme chez lequel la musique déterminait des vomissements.

De la physionomie suivant l'humeur. 513

donc le courage de nous soumettre aux lois de l'hygiène : apprécant le rôle immense de réaction du physique sur le moral, nous atténuerons les eflets désastreux d'un état maladif pénible à celui qui en est atteint, plus pénible encore à ceux qui l'entourent.

Les genres de tempéraments que nous venons d'établir sont les plus apparents et les plus évidents. Dans aucun homme, l'un de ces quatre tempéraments ne se présente jamais seul et exclusif de tous les autres; ils se mélent et s'enchainent au contraire, se fondent l'un dans l'autre en des proportions variées et multiples, par des nuances insensibles, et cela dans un méme individu, au point qu'on ne trouverait pas deux hommes à caractère parfaitement égal; de cette manière, ils contribuent à marquer les individualités humaines sous le rapport physique.

Page 172. — DE LA PHYSIONOMIE SUIVANT L'HUMEUR.

Rien n'indique mieux l'humeur dominante dans un sujet que la couleur de son teint.

Un homme sanguin a constamment le teint vif et animé, les yeux brillants, les joues vermeilles, les lévres rouges, les dents blanches, le coloris frais; c'est une image vivante de la santé, de la bonne constitution.

Au contraire, si les digestions se font mal, s'il s'est amassé de la saburre dans les premiéres voies, le visage aussitót se ternit, le blanc des yeux jaunit, le fond du teint pälit, On voit paraître, en foule, les phénomènes qui annoncent la bile jaune et qui indiquent que le sujet a besoin d'être purgé.

Quand, en avançant, les humeurs s'accumulent, s'invétèrent, pénètrent dans la masse du sang, que le sentiment intérieur, émoussé ou distrait, ne permet plus aux viscères d'expulser l'humeur surabondante, qui acquiert sans cesse de nouveaux degrés

Causes du tintement d'oreilles. 515

Page 185. — EMBARRAS D'OREILLES.

Le sommeil pris immédiatement aprés le repas du jour rend le corps lourd et pesant, les sens obtus. Un mouvement excessif épuise et fatigue les sens. L'ivresse abrutit et rend hébété, Toutes ces choses appesantissent, engourdissent le sentiment, et rendent par conséquent l'ouie moins libre, moins aisée; mais il y en a beaucoup d'autres qu'on pourrait accuser avec plus de raison de produire cet effet.

Cet aphorisme ne vaut pas grand'chose. Le suivant, sur le méme sujet, est plus exact et plus vrai.

Page 186. — CAUSES DU TINTEMENT D'OREILLES.

Le bruissement, le tintement d'oreilles, consiste dans un bruit imaginaire et plus ou moins importun, qu'on rapporte aux oreilles, et qui est le plus souvent accompagné de surdité légère ou forte.

Les causes prochaines de, cet état sont le mouvement du sang ou de l'air, et quelquefois l'illusion du sens d: l'ouie. Les causes occasionnelles sont très nombreuses : parmi celles-là, on peut ranger les causes rapportées dans le présent aphorisme. Le mouvement, l'exercice démesuré produit ce résultat, en augmentant et prolongeant sur les viscéres du bas-ventre la pression qu'y causent toujours ses muscles, mis en action; un coup, en produisant quelque secousse violente aux vaisseaux sanguins ou méme un épanchement; le vomissement, en comprimant avec force l'aorte descendante ; la faim, par la gène où l'estomac se trouve, en troublant la circulation du sang qui parcourt les viscères abdominaux ; le froid, en contractant les vaisseaux de la surface du corps et en repoussant ainsi le sang de la circonférence au centre.

Effets de l'abondance du sang. 517

Page 188. — MALADIES RÉSULTANT DES VENTS.

La rétention des vents peut causer des maux de plusieurs sortes, dont les plus ordinaires sont : les coliques, les spasmes dans le bas-ventre, les étourdissements , la tympanite ; les douleurs dans diverses parties membraneuses ou musculaires, qui simulent les efforts et même les points de côté; mais ces souffrances ne sont point de longue durée et disparaissent bientôt d'elles-mêmes.

Page 188. — EFFETS DE L'ABONDANCE DU SANG.

Les signes de la pléthore sanguine sont assez tal tracés.par l'École de Salerne.

Les voici plus clairement définis : engourdissement des extrémités et de tout le corps, báillements involontaires, qui annoncent la surcharge des poumons, crachement de sang, difficulté de respirer, tintement d'oreilles, dureté de l'ouie, douleur de téte, rougeur de la face, gonflement et pesanteur des yeux, vue faible, étourdissement, plénitude des veines, rougeur et sécheresse de la peau, fièvre inflammatoire, pouls plein, dur, fréquent; langue sèche, soif, constipation, suffocations, rêves effrayants.

Le plus grand nombre de ces signes annonce bien, à la vérité, que le sang se porte À la tête, mais non pas directement qu'il y a une trop grande quantité de sang dans um sujet. On remarque Souvent partie des mémes symptómes chez ceux qui sont le moins sanguins. Que l'aorte descendante, ou quelqu'une de ses branches principales éprouve une pression, une gène inaccoutumée, quelque légère qu'elle soit, elle suffira pour faire, comme on dit, monter le sang à la tête et pour produire les phénomènes dont il est question.

Effas de l'abondance de l'atrabile, 519

tation que les artères partagent avec les organes immédiatement embarrassés, et qui produit à son tour divers phénomènes, tels que la dureté et la fréquence du pouls, la rougeur des parties sympathiquement affectées, la chaleur insolite et brûlante, enfin les rêves de même nature. C'est ainsi que la plénitude humorale produit souvent les symptômes que l'École de Salerne vient d'attribuer à la plénitude sanguine. D'où il suit qu'il faut soigneusement se garder de donner un plein consentement à cet aphorisme.

Page 190. — EFFETS DE L'ABONDANCE DU PHLEGME.

Les anciens médecins distinguaient trois sortes de pituite ; la plus ténue, nommée lymphatique ou lympbe ; une seconde, un peu plus dense et jaunâtre, nommée séreuse ou sérosil/ ; et une autre, plus visqueuse, claire, transparente, semblable à du verre blanc fondu, que l'on appelle pituite vitrée.

Les deux premières dominent dans les cachexies hydropiques et scorbutiques, comme étant Ie produit de la décomposition du sang.

La dernière, et c'est d'elle qu'il s'agit principalement ici, parait. formée par l'altération des sucs digestifs et réside communément dans l'estomac et dans les intestins, comme la bile jaune et la bile noire. C'est de là qu'elle produit les symptômes que cite l'aphorisme. La salivation, la toux quinteuse ou férine, la cardialgie, la colique, le vomissement de cette humeur, sans les aliments, quoique récemment pris, sont l'escorte ordinaire de la pituite vitrée. Je ne crois pas que les rêves aqueux en proviennent, Cette assertion est à coup sûr hasardée et incertaine.

Page 191. — EFFETS DE L'ABONDANCE DE L'ATRABILE.

Des humeurs visqueuses qui peuvent surabonder dans le corps humain, il n'y en avait point de plus terrible et de plus funeste

Sémiotique des vents, 521

produire une ampoule sur un doigt de la main ou du pied, à l'aide de la flamme d’une bougie, qu'on laisse en contact pendant quelques secondes, jusqu'à ce que la vésicule se forme, ce qui a toujours lieu.

Si la vésicule contient de la sérosité, c'est un signe évident qu'il y a vie : c'est la brûlure ordinaire. Si la vésicule ne renferme que la vapeur, on peut affirmer que l'on a affaire à un cadavre et ordonner l'inhumation sans crainte de se tromper.

En voici la raison : le cadavre, qui n'est qu'une matière inerte, obéit aux lois physiques qui veulent que tout liquide, chauffé à un certain degré, passe à l'état de vapeur : l'épiderme se souléve, l'ampoule est produite, elle éclate avec un certain bruit et s'affaisse aussitôt, laissant échapper la vapeur.

Si, malgré les apparences, il y a un reste de vie, les tissus organiques ne seront plus soumis aux lois physiques, mais bien aux lois physiologiques, et alors l'ampoule sera pleine de sérosité, comme on le constate dans toutes les brûlures.

Ainsi donc, vésicule séche, mort; vésicule liquide, vie. Tout est là; il ny a pas d'erreur possible.

Si ce moyen qu'indique le docteur Marteno de Cordoux vient, dit-il, à être appliqué pour la constatation des décès, on ne sera plus obligé de conserver vingt-quatre heures les cadavres à domicile en temps d'épidémie, 'car on peut constater le décès immédiatement aprés la cessation de la vie.

Page 201. — SÉMIOTIQUE DES VENTS.

La douleur qui vient de la rétention des vents est cruelle, mais dure heureusement peu de temps, à moins que les vents ne nichent dans un endroit propre à leur faire une prison.

Des vents retenus causent quelquefois de la douleur dans une partie très différente et très éloignée de celle où ils sont en effet: c'est qu'alors, quelle que soit la partie souffrante, elle a un rap-

Signes de la conception d'un. garçon ou d’une fille. 523

boire modérément de l'eau rougie avec du vin, faire des exercices corporels qui donnent du jeu à tous les organes sans les fatiguer.

La femme doit prendre en même temps une nourriture peu succulente, du laitage, des fruits, etc.

Alors, quelques jours avant l'apparition des règles, se rapprocher avec la pensée de procréer un garçon.

Le secret pour donner la vie à une fille serait de faire le contraire.

Le docteur. Gervais, médecin de l'hospice à Sangues (Haute- Loire), raconte ! qu'en 1873 le docteur Nivet, de Clermont-Ferrand, lui exposa l'opinion qu'il s'était faite depuis plusieurs années sur la procréation volontaire des sexes et formula les deux principes suivants :

Lorsque la fécondation a lieu avant les règles, il naît une fille.

Lorsque la fécondation a lieu aprés les règles, il naît un garçon.

M. le professeur Nivet assure avoir vérifié un grand nombre de fois et reconnu l'exactitude de ces deux propositions, tontes les fois que les conditions et les personnes les réalisaient fidèlement,

Depuis lors, j'ai eu moi méme quelques occasions de conseiller leur application, et le résultat à été presque toujours conforme à cette théorie. Il y a eu des exceptions, rares d'ailleurs; mais il a bien pu se faire que les conditions nécessaires n'aient pas été bien observées.

J'ajouterai une troisième proposition dont j exemples :

vu quelques

1. Gervais, Procréation volontaire des filles et des garcons (Gazette médico-chirurgicale de Toulouse, 20 juillet 1870). — Voyez aussi Mayer, Des rapports conjugaux, considérés sous le triple point de vue de la population de la santé et de la morale publique. 6* édition. Paris, 1874. — David Richard, Histoire de la génération, che l'homme et che la femme. Paris, 1875, 1 vol. in-8 avec B pl.

Antidotes. . 525

de l'élément séminal de l'un et de l'autre, et la conception dans ces conditions ne peut donner un bon produit. La mauvaise constitution, le manque de vitalité de l'ovule et du spermatozoide doivent engendrer une constitution altérée ou maladive dans l'être qui en dérive.

La qualité des parents, leur constitution, leur nourriture, leurs travaux, leurs maladies, leurs excés en tout genre, etc., peuvent donner lieu à une insuffisance séminale dont le produit, résultant souvent d'une fécondation involontaire, furtive et pour ainsi dire échappée, sera un enfant appauvri dans son origine et dans tous ses éléments constituants. C'est peut-être là une des principales sources de la scrofule, de l'idiotie, etc., et de la dégénération et de la décadence de la race humaine dans sa constitution physique. Quand on construit un enfant, on devrait donc choisir de bons matériaux, comme quand on construit une maison.

Page 212. — ANTIDOTES.

Alexipharmaque est un. grand mot dont se servaient les anciens pour désigner les médicaments propres à corriger les mauvais effets des poisons pris intérieurement.

On a donné le nom d’antidote, ou contrepoison, à une substance qui est supposée avoir la propriété non seulement de guérir, mais encore de prévenir les effets d'un poison.

On comptait autrefois un grand nombre de substances, parmi les alexipharmaques; la #hériaque, l'ail, la rue, méme le raifort, si l'on veut, désignés dans cette sentence, étaient de ce nombre; mais jamais la noix ni la poire n'ont pu y être comptés pour rien.

Il parait, au reste, qu'il est question, dans le présent aphorisme, des contrepoisons et des antidotes ou des substances capables de guérir et de prévenir les empoisonnements. Or, comme il y a une infinité de substances. capables d'empoisonner, la

De la saignée. + 527

Serait-il question d'une saignée de précaution? Nous bannissons généralement tous les remèdes qui ne sont point indiqués par un état d'imminence de maladie ou de maladie réelle. Encore plus quand il s'agit de verser le sang, ce baume réparateur de toutes les humeurs, ce principe, ce soutien de notre existence.

Il n'y a pas et il ne peut y avoir de règle pour se faire saigner ; ce doit toujours être la nécessité qui détermine cette opération.

Les femmes supportent mieux la saignée que les hommes, généralement parlant; les adultes mieux que les vieillards; les vicillards mieux que les enfants.

Le pouls dur et plein, dans quelque cas que ce soit, indique la saignée. Il annonce l'hémorrhagie naturelle et critique. Jamais dans ce cas la saignée n'a fait de mal ; elle a trés souvent fait le plus grand bien. .

Nul doute qu'on ne se trouve bien de la phlébotomie, dans l'inflammation du cerveau, des yeux, des oreilles, de la gorge, des poumons, de l'estomac, des intestins, dans l'apoplexie sanguine, etc.; dans de telles circonstances, la saignée prolonge notre existence.

La saignée se pratique toujours heureusement dans la pléthore sanguine, parce que le prgmier de ses effets, son effet le plus notable et le plus salutaire, c'est de diminuer sur-le-champ la masse du sang et de débarrasser les gros vaisseaux.

Une saignée faite à propos, tout est là! il ne fallait plus rien ajouter, ou il fallait dire mieux et beaucoup plus.

Il faut saigner et répéter la saignée sans ménagement, toutes les fois qu'on a à combattre une inflammation aiguë. Les médecins instruits ne sont point timides dans ce cas.

Une saignée trop forte est nuisible ; une saignée trop faible ne fait aucun bien.

Combattre les phlegmasies par la saignée est un principe fort ancien; mais toutes les maladies sont-elles inflammatoires? Non certainement. Tout au contraire, sur dix, il n'y en a pas une qui le soit réellement. Que doit-on donc penser de cette médecine

Précautions à prendre aprés la saignée. — 529

Page 218. — Cas OU LA SAIGNÉE EST,PROSCRITE.

Toutes les contre-indications de la saignée, tracées dans le présent aphorisme, sont de la plus grande exactitude, à l'exception peut-être de celle du frigens Regío. Il est certain, au contraire, que les pays froids et la saison froide disposent singulièrement le corps à la pléthore sanguine et aux phlegmasies, et que ces deux états requiérent fortement l'emploi de la saignée et des saignées; nous ne serions pas néanmoins éloignés de croire que la phlébotomie ne convient guère dans les climats très froids, où la rigueur de la température devient une cause puissante d'affaiblissement , qui contre-indique la saignée,

Page 219, — PRÉCAUTIONS A PRENDRE APRÈS LA SAIGNÉE.

Le sommeil ne saurait devenir nuisible aprés la saignée; tout au contraire, il sera réparateur et bienfaisant.

On fera bien, après avoir été saigné, d'attendre une ou deux heures avant de prendre des aliments, et de ne pas user de laitage dans ce moment, à cause de l'émotion qu'a reçue le sujet saigné.

Pougens ! raconte que de son village il a vu souvent de grandes files de paysans, ples, blémes, qui venaient le lundi de Piques se faire tirer leur mauvais sang, qui les rendait, disaient-ils, malades; chacun allait immédiatement aprés, avec son saigneur, au cabaret, faire une ample libation en l'honneur de Bacchus, afin de se donner un sang nouveau et meilleur.

7. C'est une erreur fortement accréditée que le vin fait du sang, probablement à cause de sa couleur rouge. Partout les opinions vulgaires sont les mémes et ne sont fondées que sur l'apparence.

1. Pougens, L'art de ronserver la santé, Montpellier, 1825, p. 3or.

De la saignée à la salvatelle. 531

Tel était le résultat de certains préjugés qui ont été fort longtemps à la mode avant la découverte de la circulation du sang, et particulièrement durant le règne de l'astrologie judiciaire. On croyait alors que les astres influaient non seulement sur notre être en total, mais encore sur chaque partie de notre être. Le petit monde était la plus parfaite image du grand monde; leurs relations étaient presque immédiates. De plus, les saisons de l'année, les planètes se correspondaient, pour morigéner les différéntes parties de notre corps. Le côté droit, le foie et le cœur répondaient au printemps, à l'été, aussi bien qu'à Saturne, à Jupiter et au soleil, dont l'influence sur ces viscères était considérable. La rate au contraire et les extrémités, comme parties moins nobles, étaient en correspondance avec l'automne et l'hiver, avec la Lune et Mars, saisons et planètes d'aussi mince mérite qu'elles.

Dans tous les temps, il a fallu des stupidités en médecine, pour satisfaire à l'impatiente curiosité du public sur les phénomènes de la vie, les maladies, les remèdes, les guérisons et la mort. Combien de futiles raisonnements ont succédé aux futiles raisons des astrologues !

De toutes les saisons, celle du printemps est la saison oü la saignée convient, en général, le mieux, parce que le printemps favorise la production d'un sang nouveau, qu'il dispose à la vigueur et aux maladies inflammatoires,

Page 222. — DE LA SAIGNÉE A LA SALVATELLE.

La veine salvatelle est située sur le dos de la main, entre le petit doigt et le doigt annulaire; elle est une branche de la cubitale. Dans les siècles où l'on attribuait à la chiromancie le pouvoir de guérir les maladies, on croyait que la salvatelle répondait au foie, à la rate, aux reins et aux poumons, et la saignée de cette veine passait pour efficace contre les affections de ces

Variétés de la goutte, 533

la voix, l'enchifrénement du nez, la pesanteur des yeux et le larmoiement, les sifflements de la trachée-artère, la déglutition douloureuse. La toux qui s'éléve ensuite annonce que le rhume descend dans la poitrine. Cet état dure communément quatre jours dans les rhumes simples et bénins; aprés quoi il se fait une excrétion vraiment critique de matière épaisse, gluante, muqueuse et comme purulente, qui, sortant en abondance, débarrasse sensiblement les parties engorgées. Alors on dit que le rhume se pourrit. Il est mûr en effet et tire à sa fin.

Quand les rhumes se prolongent au delà de quatre, sept, neuf, onze et quatorze jours, on les traite d'opiniâtres. Ils exigent plus de soins et des soins mieux entendus que le rhume simple. Les remèdes que prescrit l'École de Salerne, dans cette circonstance, sont propres à modérer la vivacité du mal, à mürir la crudité de l'humeur et à procurer la crise !.

Les voyageurs qui ont parcouru les premiers les divers archipels de l'océan Pacifique assurent que les catarrhes n'existaient pas chez les peuples avant l'arrivée des Européens. Platon dit-la même chose des Grecs avant Solon,

Page 233. — VARIÉTÉS DE LA GOUTTE.

Hippocrate fait la remarque que, de son temps, les femmes n'étaient pas sujettes à la goutte, et Sénèque, que cette observation avait frappé, signale la fréquence de cette maladic chez les dames, accusant de cette différence les moeurs dissolues dc Rome.

Voici de jolis vers qui se trouvent au revers du titre d'un petit livre curieux, Le fébricitant philosophe, par G. Menappe :

1. Voyez Donné, Hygiene des gens du monde, 2° édition, Paris, 1878. Le Rhume, pe 305. ;

Contre les verrues. 535

le diplôme de médecin de quelque roi de Perse. A côté de lui, un personnage comique, Tabarin peut-être, et dans ce cas le charlatan serait Mondor, tient une calotte dans laquelle un jeune homme a puisé des médicaments, que dans un angle du théâtre en plein vent il distribue aux spectateurs, tandis qu'à l'angle opposé deux jeunes garçons, dont l'un marche sur les mains, exécutent des tours d'adresse. Au fond, une femme est assise auprès d'une table et parait préposée à la recette, N'oublions pas un singe sur un perchoir. Parmi la foule amassée devant le théâtre se voit, sur le premier plan, un médecin en costume du temps, monté sur sa mule ou peut-être sur son âne, vers lequel quelques spectateurs se retournent d'un air moqueur,

Ce dessin est fort curieux, tant à cause du sentiment satirique dont il est animé que de la peinture exacte des habitudes des vendeurs d'orviétan de cette époque.

Un médecin anglais avait pour client un lord archimillionnaire qui menait une existence trés large.

— Je souffre de la goutte, lui disait son riche client; que faire, docteur ?

— Vivez, répondit le médecin, avec un demi-schelling par jour, et gagnez-le.

Page 236. — CONTRE LES VERRUES.

Il y a des gens qui se montrent trés contrariés de ces excroissances qu'on nomme verrues ou plus vulgairement poireaux, à cc point qu'une jeune fille a failli périr d'un suicide inspiré par un motif aussi futile.

1l n'est pourtant pas difficile de s'en débarrasser, et voici un procédé fort simple, employé avec le plus complet succès par

Contre la fistule. Ar

Page 239. — CONTRE LES PUCES,

Singuliers, ces statisticiens! Voilà une statistique qui donne des démangeaisons dans le dos.

Un homme — devrais-je l'appeler homme? — s'est imposé la tâche de calculer le nombre de... puces qui vivent sur la peau de l'humanité dans les cinq parties du monde,

Figurez-vous qu'aprés plusieurs années de travail assidu notre statisticien est arrivé aux résultats suivants : on trouve sur la terre 843 quinquedécillions, 217 quatuordécillions, 808 tridécillions, 543 duodécillions, 289 undécillions, 864 décillions, 328 nonillions, 976 octillions, 322 septillions, 451 sextillions, 209 quintillions, 789 quadrillions, 794 trillions, 734 billions, 388 millions, 123 mille et 299 puces,

S'il prenait fantaisie à un homme de compter ces insectes, à raison de dix heures par jour, — spectacle qui aurait du piquant, — il faudrait 60 tridécillions, 453 duodécillions, 872 undécillions, 723 décillions, 707 nonillions, 539 octillions, 754 quintillions, 199 quadrillions, 734 trillions, 507 billions, 309 millions, 451 mille et 991 ans.

Brou! ça vous donne envie de vous gratter.

Autrefois, pour éviter la pigüre des puces, il suffisait de répéter deux fois de suite le mot och.

Page 239. — CONTRE LA FISTULE.

Voilà un de ces aphorismes dont la doctrine se ressent du temps où l'ignorance et la crédulité faisaient rechercher et admettre, sans le moindre fondement, des recettes et des remèdes spécifiques pour toute sorte de maladies.

Il n'existe pas et il ne peut point exister de véritables spécifi-

Contre le mal de dns: $85

doux et plus coulant, D'ailleurs, en calmant l'irritabilité des nerfs, il est nécessaire que la douleur cesse ou diminue.

On peut encore, dans le cas dont il s'agit, employer l'oxycrat. Ce rémède est fort bon dans le mal de tête qui vient de pareille cause.

Page 246. — CONTRE LE MAL DE DENTS.

Les dents se carient et se perdent, si l'on. n'a pas soin de les nettoyer et de les entretenir propres.

Pour prévenir la carie des dents et les douleurs qu'elles causent, il faut avoir soin de tenir la bouche propre et de bien nettoyer les dents, le matin et immédiatement aprés chaque repas.

Les moyens de conserver les dents et de les préserver de la carie sont : de se rincer la bouche tous les matins, à jeun et après les repas, avec un verre d'eau, tiède en hiver, et froide en été, dans laquelle on ajoute une cuillerée à café d'eau-de-vie ou d'eau de Cologne; de se nettoyer les dents avec une brosse douce, ou de racine de guimauve, ou de réglisse; de nettoyer aussi la langue avec tm grattoir 1.

Les cure-dents doivent étre faits de plume, de bois, d'or ou d'argent *.

On peut se servir de la poudre dentrifrice suivante, et non de celles qu'on trouve chez les marchands, qui sont dangereuses et corrosives :

% Corail rouge 64 gr.

16 gr.

1 gr.

Scores de.cizon, dae

1. Chapin Harris et Austen, 7raïté théorique et pratique de l'art du dentiste, comprenant l'anatomie, la physiologie, la pathologie, la thérapeutique, la chirurgie et la prothèse dentaires, trad. par E. Andrieu. Paris, 1874.

2. Voyez Donné, Hygiène des gens du monde, »* édition, Paris, 1879.

Contre l’indigestion, 541

Page 253. — CONTRE L'INDIGESTION.

L'antiquité la plus respectable recommandait le vomissement comme un moyen sûr et prompt de débarrasser l'estomac.

Autant, au xvue siècle, on aimait les purgatifs et les clystères, autant on répugnait à se faire vomir.

Guy Patin, doyen de la Faculté de Médecine de Paris 1, appelait le tartre stibié, fartre stygié, voulant dire par là qu'il envoyait ceux qui le prenaient aux rives du Styx. C'est Guy Patin qui dans son testament léguait à un de ses amis sa bibliothéque et sa haine contre l'antimoine. Des flots d'encre se consommaient alors pour et contre l'antimoine, au sein de la Faculté. S'il se publiait un livre intitulé : Le char triomphal de l'antimoine, à quelques jours de là paraissait Le Rabat-joie de l'antimoine.

Le tartre stibié sortit enfin triomphant de la lutte, ayant eu la bonne chance d’être prescrit à propos à Louis XIV encore enfant et de provoquer une crise salutaire.

On demandait à Mormon s'il fallait prendre médecine ou non?

— Oui, pour ce que c'est avaler, Non, pour ce qu'elle vide l'estomac.

La médecine moderne a très bien observé que ce genre d'évacuation est familier À la nature et qu'il est extrêmement avantageux dans bien des cas. Le vomissement est peut-être en effet le meilleur prophylactique des maladies de toute espèce. Combien

1. Guy Patin, Lettres. Nouvelle édition, par Réveillé Parise. Paris, 1846.

ÉCOLE. $t

Pour prévenir la dysurie. 543

versification, puisqu'il les a calqués sur un passage des œuvres de Massa, qui vivait vers l'an 1532.

Sans doute il est dans l'ordre de la santé, comme dans celui de la nature et des lois, que les deux sexes s'unissent. Les individus disparaissent, l'espèce dure; et ce violent désir qui porte un sexe vers l'autre est, chez les animaux, le vrai moyen dont l'auteur des choses se sert pour les éterniser. Mais, afin de parer aux guerres, aux plus affreux tumultes qu'un instinct aussi terrible que l'amour ne manquerait jamais de jeter parmi les hommes, les lois ont obligé le désir à se renfermer dans de justes limites, et le mariage a remédié puissamment à ses plus désastreux effets. L'amour, ainsi devenu légitime, peut se satisfaire, et, rempli, il contribue beaucoup à l'entretien de la santé. C'est de cet amour que le commencement du présent aphorisme conseille de faire usage !.

Le reste enscigne à de malheureux époux à se préserver des maux qui suivent ordinairement l'amour vulgivague du libertin. Le moyen est simple et facile ?.

Il n'est guére d'affections qui prédisposent à l'hypochondrie comme celles des organes génito-urinaires. Le plus léger écoulement uréthral plonge bien des jeunes gens dans une mélancolie qui cherche le moindre prétexte pour s'exaspérer.

Mais c'est surtout peut-étre du cóté des fonctions génésiques que nous trouvons prétexte aux plus folles terreurs, aux craintes les moins fondées. Un homme s'aperçoit-il de quelque faiblesse,

1. Voy. David Richard, Histoire de la génération chez l'homme et chez la femme. P. TAA — A. Mayer, Des rapports conjugaux, 6* édition, Pi

2. Voy. Bourgeois, Les passions ut leurs rapports avec la santé et les maladies, l'amour et le libertinage, 4* édition. Paris,

Contre l'ampoule du pied. 545

contre les dangers que peut en offrir l'application? Que le malade emploie ces moyens, s'il le désire, mais que ce soit à ses risques et périls, et qu'il en garde toute la responsabilité.

Il est bien plus indiqué d'employer alors un traitement moral que le traitement immoral dont nous parlions plus haut. Consolez votre malade, montrez-lui l'inanité de ses craintes, soutenez son courage, ajoutez à ces conseils, lorsqu'il y a lieu, un traitement matériel variable selon les cas, et, en méme temps que la dignité professionnelle, la santé de votre malade ne pourra qu'y

gagner.

Page 260. — CONTRE L'AMPOULE DU PIED.

Nous n'avons rien à ajouter sur l'ampoule du pied 1.

Mais comment ne pas saisir l'occasion pour parler du cor au pied, et surtout pour citer ces charmants vers dus à la plume élégante et à la verve facile d'un de nos contemporains, dont nous nous gardons de trahir l'anonyme :

Je suis le cor aux pieds, et c'est moi qui proteste Contre le cordonnier et son cuir oppresseur.

L'élégance m'impose un joug que je déteste;

Je veux que tu sois libre, 6 phalange, ma sœur.

En vain le pédicure en son dessein funeste, Le scalpel à la main, réduit mon épaisseur.

Il se croit triomphant! Erreur! le sol me reste; Jy renais plus puissant contre l'envahisseur.

Le gommeux voudrait bien, comprimant Ia nature, Faire admirer un pied plus grand que sa chaussure, Le bottier, son complice, est aussi son bourreau.

Qu'un aveugle instrument nous taille et nous nivéle, La persécution redouble notre zèle :

Oignons, durillons, cors, nous narguons Galopeau ?,

1, Voyez Galopeau, Manuel du pédicure ou l'art de soigner. les pieds, Paris, 1877.

a. D' Georges C., Gar des hôp., 9 févr. 1875.

Accouchement quand le bassin est mal conformé, $47

des villes sur la terminaison plus ou moins rapide et plus. ou moins heureuse de l'accouchement, il n'en est pas moins vrai que la présence du médecin auprès d'une femme en travail est toujours utile, nous dirions méme nécessaire.

On dit qu'une femme est mal conformée pour accoucher, quand les os qui composent le bassin sont, chez elle, ou mal faits, ou mal articulés entre eux, de facon qu'ils ne laissent, dans la cavité qu'ils forment, qu'un espace rétréci et trop étroit pour qu'un enfant de neuf mois puisse y passer et parvenir à la lumière. Cet espace, nécessaire à la sortie d'un enfant hors du sein maternel, est circonscrit par un rebord osseux, que l'on connaît en médecine sous le nom de di/roil. La partie supérieure s'appelle détroit supérieur, et la partie inférieure détroit inférieur, Pour être bien conforraé, il doit avoir environ onze centimètres de diamètre, Quand il en a moins, l'accouchement devient de plus en plus difficile par les voies ordinaires, proportionnellement aux degrés d'étroitesse, et il est aisé de voir que la difformité peut enfin aller jusqu'à le rendre totalement impossible !.

Quand la conformation n'est pas assez vicieuse pour rendre l'accouchement impossible à neuf mois de grossesse, on l'aide par des potions fortifiantes, des médecines adoucissantes et émollientes, propres à favoriser la dilatation des voies naturelles. La main d'un accoucheur intelligent et adroit peut le terminer avec avantage.

Mais, si la mauvaise conformation est telle. que le fœtus ne puisse absolument franchir les détroits par les forces naturelles, ni par aucun des secours précédents, il faut pour lui procurer le

1. Voyez Chailly Honoré, Traité pratique de l'art des accouchements, Ge édition: Parls, 1878. — Næœgelé et Grenser, Traité de l'art des accouchements, 2e édition, Pari Penard, Guide de l'accoucheur et de la sage-femme, 5« édition. Paris, 1878.

Pour prévenir les difformités chez les enfants. 549

bien moins effrayant, d'un succès bien plus assuré, Cependant, il reste encore des doutes à lever, avant d'établir sa prééminence sur tout autre moyen.

Page 261. — POUR PRÉVENJR LES DIFFORMITÉS DE LA TAILLE CHEZ LES ENFANTS,

Entre es maladies qui assiègent l'enfance de l'homme !, il y en 3 une d'autant plus perfide que l'on est moins en garde contre ses assauts, et d'autant plus à redouter qu'elle est moins guérissable, quand une fois elle s'est déclarée. C'est le rachitis, connu d'abord sous les noms de nouage, de gibbosité, de bosse, etc.

Il est d'observation constante que les jeunes filles y sont plus sujettes que les jeunes garçons, les enfants des villes plus que ceux des campagnes, et ceux des grands beaucoup plus que ceux des bourgeois ; de sorte que l'on peut dire du rachitis ce que Sydenham a dit de la goutte : que c'est un fléau de la grandeur et de la richesse.

Le rachitis consiste essentiellement dans une faiblesse des fibres osseuses, d'où il résulte une charpente incapable de supporter le poids des parties qu'elle doit soutenir et de remplir complétement les fonctions auxquelles la nature l'avait destinée.

Cette faiblesse des os reconnait plusieurs causes dont les unes résident au dedans de l'individu et les autres au dehors. D'autres cas sont purement accidentels. Tantót c'est un virus inné, qui fait les plus grands ravages, à mesure que les organes de l'enfant se développent et croissent; tantôt c'est un sang qui,

"pur dans son origine, devient mauvais par une mauvaise lactation. Celui-ci doit la maladie 4 la faiblesse de ses parents;

1. Voyez Bouchut, Traité pratique des maladies des nouveau-nés, des Enfants à la mamelle et de la seconde Enfance, 7* édition. Paris, 1878. — Holmes, Thérapeutique des maladies Chirurgicales des Enfants, trad. par O. Larcher. Paris, 1870.

Ha

Pratique médicale. 551

prouve tous les jours, de cette décision dépend en très grande partie la destinée de l'homme. Quelle ne devrait donc pas être l'anxiété des familles, dans ce moment solennel où il s'agit de prendre un parti décisif et ordinairement irrévocable? Malheureusement, au lieu de consulter la vocation et la position sociale, on se préoccupe presque exclusivement des chances de fortune. Nous voudrions que notre voix eût assez d'autorité pour faire comprendre aux familles, abusées par des apparences trompeuses, que de toutes les professions aucune ne conduit à la richesse aussi rarement que la profession médicale.

Et cependant, quoique le nombre des médecins se trouve déjà hors de toute proportion avec les besoins des populations, il s'accroit encore de jour en jour.

On peut aisément se figurer quels doivent étre les résultats de l'encombrement et d'une concurrence illimitée.

Je craindrais de faire injure à ceux de mes honorables confréres qui prendront la peine de me lire en cherchant à prouver l'utilité, la nécessité méme pour le médecin d'être lettré. Sa vie tout entière doit être une vie de labeur, de méditation et de travail intellectuel. Sans les lettres, comment connaîtrait-il les chefs-d'eeuvre de l'antiquité, et méme les travaux modernes des. nations voisines? L'étude n'est pas seulement pour lui un délassemeut délicat, mais elle forme son goût, fortifie son esprit et perfectionne son jugement. J! n'y a pas d'état qui exige plus d'études que le leur, écrit J.-J. Rousseau dans-un jour de justice ; par lous les pays, ce sont les hommes les plus véritablement utiles et savants. On peut citer, il est vrai, quelques médecins complètement illettrés, qui sont parvenus cependant à une assez haute célébrité dans l'art de guérir. Mais ces exemples, d'ailleurs si

devoirs professionnels du médecin, à la Société médicale du Ir arrondissement de Paris, dans la séance du 13 janvier 1853 {Union médicale, 1853). C'est un modèle de bon goût et de bon sens médical et nous sommes heureux de remercier l'auteur de V'obligeance avec laquelle il nous a permis d'en faire profiter nos lecteurs.

Pratique médicale. 553

d'ailleurs, que les cours et les livres n'enseignent pas l'art de guérir; ils apprennent la théorie, que développe et féconde ensuite la pratique. Combien nos premiers pas dans la profession sont hésitants et difficiles! On voit, il est vrai, des talents précoces et des hommes doués d'un tact particulier qui est presque un instinct de divination; mais, quelque privilégiés et intelligents qu'on suppose les médecins, la théorie ne remplace néanmoins jamais pour eux l'expérience, et l'on peut répéter avec Baglivi : Multa sunt ín praxi que nec dici nec scribi possunt,

Dans l'antiquité, la médecine était une sorte d'initiation pour laquelle l'élève apportait au maître une rétribution proportionnée au service rendu 1. Mais celle-ci n'acquittait pas entièrement la dette de la reconnaissance. On voit dans le Serment d'Hippocrate 2 que l'élève jurait en outre de ne point divulguer aux profanes les secrets de la science, et promettait de les communiquer gratuitement aux fils de ses maîtres. A cette époque, les grands médecins exercaient sur les jeunes praticiens un salutaire patronage. L'histoire nous apprend même que plusieurs, à l'exemple dc Ménécrate, qui se faisait ridiculement appeler Jupiter sauveur, ne visitaientles malades et ne paraissaient en public qu'accompagnés d'un grand nombre d'élèves.

Aujourd'hui, le patronage n'existe plus, et toute espèce de protection a disparu. Lorsque le jeune médecin se fixe à la campagne ou dans une petite ville, il peut encore, grâce aux relations de famille, se créer une clientéle. Mais, dans une grande

1. Platon, dans le Profagoras, s'exprime en ces termes : Dis-moi, Hippocrate, si tu voulais aller trouver ton homonyme, Hippocrate de Cos, de la famille des Asclépiades, et lui donner une somme d'argent pour ton compte; et si l'on te demandait à quel personnage tu portes de l'argent en le portant à Hippocrate, que répondrais-tu? — Que je lui porte en sa qualité de médecin. — Dans quel but? — Pour devenir médecin moi-même.

ge Hippocrate, Œuvres complètes, trad. E, Littré, Paris, 1839-

Pratique médicale. 555

que praticien célèbre des moyens peu délicats de capter la confiance des malades et d'en augmenter le nombre. Nous sommes porté à taxer d'exagération, sinon d'injustice, des accusations aussi graves. Tout medecin appelé en consultation qui consent à continuer des soins, en l'absence et au détriment d'un confrère qui l'avait honoré de sa confiance, commet un acte d'indélicatesse injustifiable. Nous sommes persuadé que si ces faits blàmables se sont présentés quelquefois, ils deviennent de plus en plus rares. Il suffit toutefois qu'un tel reproche ait été formulé pour nous mettre en garde contre toute espèce d'empiétement, Le médecin doit respecter les droits de ses confrères, et principalement ceux des plus jeunes, Il doit méme se servir de l'autorité que lui donnent la science et l'âge pour éclairer les malades sur leurs injustes préventions, en faisant ressortir le mérite de ses confrères.

Je ne parlerai pas de ces animosités implacables suscitées quelquefois par la rivalité de science, de réputation et d'intérét. Chacun se rappelle le mot cruel de Bouvart, qui ne déposa point sa haine, méme sur la tombe de Bordeu : Je n'aurais jamais cru, S'écria-t il, qu'il fût mort horizontalement. Jacques de Le Boë, professeur au Collège de France, ne pardonna point à son élève Vésale de l'avoir surpassé ; mais celui-ci, appréciant les hommes À leur juste valeur, dédaigna toujours de répondre à ses ennemis. Passons également sous silence les tristes effets des blessures d'amour-propre dont nous avons été témoins entre des savants également recommandables par le mérite, et reposons nos regards sur l'amitié qu'on a vu régner entre des rivaux de gloire et de renommée. Citons enfin un seul trait, mais l'un des plus honorables, de dévouement confraternel : Freind, nommé en 1722 député au Parlement, s'éleva avec tant de force contre le ministère, qu'il fut accusé de haute trahison et renfermé à la "Tour de Londres. Six mois aprés, le ministre, étant tombé dangereusement malade, appela le célébre Mead. Celui-ci refusa ses soins au ministre jusqu'à ce qu'il eût mis en liberté Freind, son. ami, ce qui fut accordé sur-le-champ. Le soir méme, Mead remit

Pratique médicale. 557 présente en tous lieux les mêmes caractères essentiels et à peu prés les mêmes infirmités. Tout praticien doit donc étudier avec un soin particulier la localité qu'il habite, afin de bien connaitre le génie des maladies régnantes et la méthode curative dont l'expérience a prouvé l'efficacité.

Parmi les délassements permis au médecin, nous citerions volontiers la musique, ce! art vénérable et cher aux dieux, selon Plutarque, si elle ne lui dérobait pas un temps précieux et si le renom méme de grand artiste ne pouvait nuire à sa réputation comme savant et comme praticien. Cependant plusieurs grands médecins dans l'antiquité, Hérophile en particulier, furent des musiciens habiles. Boerhaave avait un goût passionné pour la flûte; Fournier Pescay et notre célèbre Laennec excellèrent aussi dans cet art: Orfila avait une belle voix, qui a fait longtemps l'admiration des dilettanti parisiens. Enfin, les anciens avaient réuni dans Apollon l'art de la musique et celui de la médecine, attendu, dit Bacon, que le génie de ces deux arts est presque semblable, et que l'office du médecin consiste proprement à monter et à toucher la lyre du corps humain, de manière qu'elle ne rende que des sons doux et harmonieux.

On ne rencontre pas dans la famille médicale un moins grand nombre de poètes que de musiciens. Il ne faut point s'en étonner, en songeant que, si notre science exige les qualités solides du raisonnement, l'imagination devient la source des découvertes, et l'inspiration seule fait les grands praticiens, comme elle forme les musiciens et les poètes.

Dans l'antiquité, Nicandre de Colophon, de la secte des empiriques, décrivit en vers les animaux venimeux, ainsi que les plantes toxiques, les accidents qu'ils occasionnent et les remèdes auxquels on doit recourir.

L'empereur Sévére aimait à lire les poésies de son médecin Serenus Sammonicus, qui plus tard fut mis À mort par ordre de Caracalla.

Le bénédictin Œgidius, médecin de Philippe-Auguste, écrivit

Pratique médicale. 559

et César !, chez les anciens. « César et Brutus ont aussi fait des vers, dit Tacite, et les ont placés dans les bibliothèques publiques. Poétes aussi faibles que Cicéron, mais plus heureux, parce que moins de personnes ont su qu'ils le furent. » La publication de mauvais vers pourrait devenir fatale à la réputation d'un homme d'Etat et d'un savant. Le jour où Gcethe et Schiller furent proclamés les deux premiers poètes de l'Allemagne, ils cessérent d'étre médecins. Nous devons imiter la réserve de Marc Antoine Petit, qui combattit son goût presque irrésistible pour la poésie et ne laissa imprimer que des pièces fugitives, préférant devenir l'un des chirurgiens les plus accomplis de son époque; et celle de Pariset, qui eut le bon sens de ne pas publier la tragédie de sa jeunesse, se contentant de la lire à quelques amis, et la déclamant d'une manière admirable. Nous conseillons donc aux médecins de ne jamais oublier les préceptes de Boileau et de Molière, au sujet des vers que l'on a la tentation de livrer à la publicité, et même de ne cultiver la poésie qu'à titre de distraction et pour satisfaire le besoin impérieux du cœur.

« Autrefois, dit Celse, la médecine fut considérée comme une branche de la philosophie. et ceux qui les premiers s'adonnèrent à l'étude de la nature s'occuperent aussi du traitement des ma- Jadies, Plusieurs phi osophes célèbres étaient trés instruits en médecine, et principalement Pythagore, Empédocle et Démocrite. Disciple de ces derniers, Hippocrate sépara la médecine de la philosophie, « Oui, assurément. médecine et philosophie sont deux sciences essentiellement distinctes. Mais comment le médecin ne serait-il pas philosophe? Il voit à chaque instant se dérouler devant lui les grands mystères qui portent son esprit à la recherche des causes, la génération des êtres, la vie, l'organisation, le sommeil, la maladie, et enfin la mort, ce redoutable probléme de la destinée humaine. Sans esprit d'observation, sans philosophie, les œuvres du médecin ne seraient que des maté-

1, Auguste, auteur lui-même d'une tragédie d'Ajax, défendit de publier la tragédie d'Œdipe de son oncle J. César

Pratique médicale. 561

Cicéron, réfute cette accusation, en rendant pleine justice 4 la loyauté et à la droiture du coeur de Glycon.

Bilguer, chirurgien général des armées prussiennes, ayant développé et mis en pratique une doctrine pleine de réserve sur l'amputation immédiate après les fractures occasionnées par les coups de feu, ne fut-il point accusé, lui, honnéte et loyal chirurgien, d'avoir sacrifié les malheureux soldats aux calculs d'une criminelle avarice?

Quand on connaît l'épouvantable dépravation qui régnait dans l'ancienne Égypte, on ne saurait s'étonner des méfaits reprochés aux lithotomistes d'Alexandrie, Quelques-uns d'entre eux, à T'instigation de l'usurpateur Triphon, répandirent, dit on, le bruit que le jeune Antiochus était atteint de la pierre, et, sous le prétexte de l'en délivrer, ils le firent périr dans l'opération.

Plaçons en regard de ce crime la belle conduite d'un médecin arabe trop peu connu, quoique l'un des hommes les plus savants du re siècle.

Un calife offrit à Honain une somme d'argent considérable, à la condition qu'il indiquerait un poison capable de tuer sans laisser aucune trace, Le médecin répondit qu'il connais: sait des médicaments et non des poisons. Plongé dans un cachot pendant plusieurs mois, Honain s'y livra opiniátrement à l'étude, Les mémes offres lui ayant été renouvelées, avec menace de mort en cas de refus : « La religion, répondit le savant, m'ordonne de ne pas faire le mal ; la médecine est exclusivement destinée à soulager l'humanité. — Vos lois sont sublimes, » s'écria le calife, étonné de tant de vertu, et il fit rendre au médecin des honneurs dignes de son courage.

En faisant le panégyrique des hommes versés dans l'art de guérir, on vante presque toujours le désintéressement; cette vertu, en effet, est une de celles qu'ils pratiquent le mieux. Lauri plus quam auri était la devise particulière de Guillaume Duval, mort en 1646, doyen des professeurs du Collège de France,

Van Helmont, après avoir fait l'abandon de sa fortune à sa

Pratique médicale. 563

lui donnant 30,000 fr. ? La rémunération trop faible de ses services le met dans l'impuissance d'achever la guérison du pauvre. Ainsi, afin de pouvoir se montrer désintéressé et charitable, il faut que le médecin soit riche, et lui refuser des honoraires proportionnés aux services rendus, c'est lui ôter les moyens de suivre la plus douce inclination du cœur : Ja charité.

11 n'est pas assurément de vertu plus nécessaire aux médecins que la pureté des mœurs. Du temps de l'empire romain, on leur reprocha d'avoir introduit l'adultére jusque dans les familles impériales. Une telle accusation ferait supposer que les calomniateurs de notre art ne connaissaient point l'histoire de cette époque, où le vice s'éi infiltré dans les veines de ces fiers conquérants et vengeait l'univers vaincu :

Luxuria incubuit, victumque ulciscitur orbem.

Mais, tout en repoussant comme injustes les reproches adressés au médecin, nous lui recommandons de se pénétrer des préceptes d'Hippocrate, de se montrer respectueux envers les femmes, plein de réserve et de décence dans l'intérieur des familles, de ménager enfin, dans toutes ses questions et dans l'exploration des organes souffrants, la pudeur des personnes du sexe. Sans une sévérité scrupuleuse, combien l'homme qui entre à toute heure dans le sanctuaire des familles, dont la santé et parfois l'honneur lui sont confiés, ne pourrait-il pas devenir dangereux! Initié à toutes les faiblesses, à toutes les défaillances de la nature, et confident sans le vouloir des plus terribles secrets, le cœur du médecin doit être scellé et impénétrable comme la tombe.

Je parle du secret; j'en sais qui, en toute occasion, l'ont placé au rang des plus impérieux devoirs, qui se sont révoltés lorsque, dans un moment de passion politique, le gouvernement voulut leur imposer l'obligation de dénoncer le blessé dont ils avaient pansé la plaie encore saignante et de trahir l'hóte qui venait avec confiance se réfugier sous la protection de leur cœur généreux.

Pratique médicale. 565.

1l est peu de carrières dans la vie qui n'exigent une certaine habileté. Nous connaissons quelques hommes d'un savoir profond et d'un mérite incontestable, qui languissent à peu près ignorés et finissent presque par douter d'eux-mêmes, tandis que des médecins d'un mérite trés problématique réussissent quelquefois et usurpent effrontément la confiance publique, Il est pénible de l'avouer, un certain fond de charlatanisme a contribué parfois au succès. D'ailleurs, pourquoi ne pas le dire? les gens du monde sont impropres à discerner le mérite réel du médecin, et c'est dans les classes élevées qu'on trouve les plus faux jugements. ,

Dans le monde, où l'esprit superficiel et le savoir faire passent avant le mérite et le talent, on ne croit habile que le médecin en vogue, celui qui affiche le faste et fait parler de lui, soit en bien, soit en mal : c'est dans tous les temps qu'on voit, dit Bacon, du. moins quant à l'opinion vulgaire et à la renommée, les charlatans, les vieilles femmes et les imposteurs, rivaliser en quelque manière avec les médecins et lutter avec eux pour la célébrité des. cures, Mais qu'en arrive-t-il? Que les médecins se disent à euxmêmes comme Salomon : Si le succès de l'insensé et le mien. sont absolument les mémes, à quoi m'aura servi de m'étre appliqué davantage à la sagesse?

"Toutefois, on doit faire une distinction importante entre le médecin proprement dit et le chirurgien.

Le premier réussit quelquefois avec peu de science, mais avec beaucoup de savoir faire; le chirurgien inhabile ne réussit jamais; les qualités de celui-ci sont promptement jugées et appréciées, méme par les personnes étrangères à l'art de guérir. Ainsi le coup d'œil, la dextérité, le sang-froid imperturbable révélent le chirurgien de mérite; le grand Haller n'osa jamais pratiquer une opération sur le vivant; Richerand le fit toujours avec maladresse.

Des qualités moins extérieures, si je puis ainsi dire, et plus difficiles à apprécier, sont le partage du médecin. Doit-on attribuer

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courts qui le séparent de la tombe, Non seulement le médecin peut en agir ainsi sans manquer à ses devoirs professionnels, mais encore il le doit lorsque sa vigueur s'éteint, quand ses facultés actives l'abandonnent, quand la vieillesse s'appesantit sur lui et enlève un à un les dons brillants que la nature lui avait prodigués. Mais, de méme que la patrie, dans un péril supréme, peut demander au vieux guerrier sa derniére goutte de sang, de méme aussi la société, décimée par quelque fléau, a toujours le droit de faire appel au courage et à l'expérience du praticien au fond de sa retraite, et jamais la voix du malheur ne les réclame en vain.

Lorsque le médecin conserve, en dépit des ans, la plénitude de ses facultés, il lui est loisible, sans doute, de continuer l'exercice de sa profession.

Ajoutons avec douleur que la nécessité lui en impose souvent la dure obligation. L'homme qui a consacré toute son existence au soulagement de ses semblables n'a pas toujours rencontré dans leur cœur assez de reconnaissance pour que sa vieillesse se trouve à l'abri des premiers besoins de la vie.

On voit des praticiens tels que Double, Fouquier, Hufeland, donner des consultations et visiter des malades quelques jours avant leur mort, Bordeu et Récamier peu d'heures méme auparavant. Bouvart, dont la gloire comme praticien aurait été si pure s'il avait connu la douceur et l'indulgence, préférait renoncer à la vie qu'à sa profession; lorsqu'il s'aperçut que ses facultés baissaient, l'existence lui devint à charge; dans sa dernire maladie, il consentit à voir Mac-Mahon, mais il refusa toutes espèces de remèdes, en ajoutant : « Aussi longtemps que j'ai pu être utile, la vie a eu quelque attrait pour moi, mon jugement est déjà prononcé ; j'ai oublié le passé; le présent n'est plus pour moi qu'un point imperceptible ; le futur est ce qui m'occupe. » Il rendit le dernier soupir le 19 janvier 1787.

Combien de glorieux exemples nous offre la carrière de certains médecins!

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want l'abbé de Rancé, ceux qui meurent, bien ou mal, meurent souvent plus pour ceux qu'ils laissent dans le monde que pour eux-mêmes, cependant l'homme qui, à l'exemple du médecin, a vu la fragilité de toutes les choses humaines, de la grandeur, de la richesse, de la santé, du bonheur méme, cet homme n'arrive jamais sans des pensées graves et sérieuses devant cette seule réalité de la vie : la mort, ce rien de tout, ou plutôt cette initiation à la seule vraie science, la destinée de l'Àme. Le médecin n'a-til pas besoin de se recueillir devant cette épreuve suprême, à moins qu'on ne pense de lui que toute sa vie, comme «elle du véritable philosophe, a dû être une méditation de la mort?

J'arrive aux devoirs des médecins envers les malades, dont la vie et la santé sont un dépôt sacré sur lequel on ne saurait veiller avec trop de sollicitude. Combien cette responsabilité est pesante pour l'omnie de bien! N'a-tl rien négligé pour prévenir le mal, pour le combattre, pour en arrêter les progrès? Le malheur survenu ne peut-il être attribué à son ignorance, ou seulement méme à son imprévoyance? Deux ennemis implacables lui font une guerre à outrance, l'opinion et sa conscience; «ette dernière méme n'est pas la plus facile à apaiser. Aussi, toujours vigilant dans son apparente insouciance, toujours inquiet, malgré la sérénité de son front, le médecin ne goüte jamais de repos. S éloigne-t-il pendant quelques jours du théâtre habituel de sa pratique, il craint, pendant cette absence, les malheurs imprévus qui peuvent frapper ses clients; il redoute méme de s'en voir imputer une partie, car on sait que la connaissance du tempérament des malades peut inspirer au médecin habituel des moyens d'obtenir une guérison inespérée.

Combien le caractère, et nous pouvons dire les préjugés et les amis et leur demanda s'il leur paraissait avoir bien joué le

drame de la vie, en ajoutant: Si tout est bien, donnez vos -applaudissements à ce jeu, et tous ensemble battez des mains

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tains malades une rare indocilité, une inconstance perpétuelle, une résistance blessante. Si l'un d'eux désobéit avec opiniâtreté, s'il porte ailleurs sa confiance, ne montrez ni colère ni indignation. Plaignez méme doucement une erreur parfois chérement expiée, et retirez-vous avec dignité. Le lemps venge. Si le malade revient à vous, ne témoignez ni froideur, ni empressement, ni rancune. Quels que soient les torts, vous ne pouvez jamais refuser vos soins à qui les réclame. Aucun sentiment d'animosité et de vengeance ne doit approcher d'un cœur dont l'amour de l'humanité a pris possession.

Le médecin s'attache davantage au malade qu'il a guéri que celui-ci ne s'affectionne à son bienfaiteur. Si quelques personnes, en effet, montrent un cceur reconnaissant, on en voit d'autres, à peine arrachés au danger, s'efforcer d'amoindrir le service rendu, ou faire honneur de la guérison à la nature. Dans ces circonstances, il est permis au médecin, sinon de s'élever un piédestal, du moins de faire respecter la puissance de l'art dont il est le dispensateur, et de rappeler des ingrats au sentiment de la justice et de la reconnaissance. D'autres, atteints d'une indisposition légère qui les avait vivement effrayés, prétendent avoir été sauvés d'un grand danger et veulent faire honneur au médecin d'une guérison qu'ils regardent comme miraculeuse. Le praticien consciencieux ne profitera pas de cette faiblesse. L'art de faire valoir ses succés dans le monde ne doit rien emprunter au mensonge et au charlatanisme.

L'expérience nous a appris que dans l'économie animale, poar nous servir des expressions de Galien, il n'y a point de lois invariables : Ni] in corpore vivente plane sincerum. En effet, sans être un art conjectural, comme on lui en fait le reproche, la médecine ne possède pas de règles sûres et infaillibles. Toute maladie offre à son début quelque incertitude, et souvent l'obscurité des symptômes ouvre un vaste champ à l'erreur. Le médecin ne doit donc rien négliger; qu'il se prononce même avec une extrême circonspection. Je ne prétends pas qu'avec les moyens

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gnostiqua sa mort et eut l'imprudence d'en fixer l'heure, Le malade fut prévenu par un officier de sa suite. Quelques instants avant l'heure fixée, le comte assembla ses amis, fit avec eux un repas splendide, leur distribua ses bijoux, donna son épée, se mit au lit, et mourut en effet au moment fixé par Vésale, On peut se demander si la prédiction n'est pas elle-même la cause de la catastrophe annoncée,

Quoi qu'il en soit, le médecin ne doit pas se hâter d'annoncer que la maladie ne laisse aucune espérance, Qu'en savons-nous? Connaissons-nous toutes les ressources de la nature et toute la puissance de l'art? Parmi les praticiens méme les plus circonspects et les plus prévoyants, en est-il un seul qui n'ait condamné des malades que, plus tard, des ressources imprévues de la nature où de l'art ont rendus à la santé? Songeons d'ailleurs, en prononçant l'arrét fatal, que le charlatanisme écoute à la porte, qu'il wa entrer avec audace et vous supplanter immanquablement. Le malade condamné vient-il en effet à succomber? le charlatan décline toute responsabilité et s'attribue seulement l'honneur d'avoir prolongé les jours du malade ou d'avoir adouci ses souffrances; 3| ne craint pas méme d'avancer qu'appelé plus tôt il T'aurait infailliblement guéri, Si, par un de ces jeux imprévus de la mature, une maladie réputée incurable subit une transformation inespérée, le triomphe de l'erreur et du mensonge s'accrédite et se fortifie; Nicoclés avait en vuc les charlatans lorsqu'il disait : Les médecins ent le bonheur que le soleil éclaire leurs succès et que la terre cache leurs fautes.

La maladie une fois reconnue, toute la science, tout l'art du médecin doivent être employés à obtenir la guérison. Nous avons jusqu'ici conseillé la prudence et la circonspection; le moment d'agir est arrivé. Autant la suffisance et la témérité sont blämables, autant la décision et la confiance deviennent mainte- "ant nécessaires. On voit des hommes très intruits se montrer hésitants et timides en présence d'une vic en danger, d'une responsabilité à prendre; ils seront toujours de mauvais praticiens. Nous

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agissante comme ayant des avantages incontestables sur la méthode expectante.

Aujourd’hui, nous voyons parmi les médecins français une tendance générale à explorer le domaine de la thérapeutique et à me laisser sans expérimentation aucun médicament nouveau, aucune méthode rationnelle.

Le traitement des maladies exige assurément des connaissances approfondies, un grand discernement et méme un tact particulier; mais on voit parfois le mal résister opiniâtrément aux soins les plus éclairés. Tantôt il faut persévérer avec courage dans une médication rationnelle; en suivant une indication bien déterminée, Récamier fit pratiquer trois cents saignées en deux ans et guérit ainsi une affection des plus rebelles 1,

"Tantót au contraire le praticien ne doit pas craindre de changer de méthode; des maladies traitées sans succès par les remèdes les plus appropriés guérissent quelquefois par des moyens opposés.

Enfin, s’il est nécessaire d'être en général trés réservé sur les doses des médicaments, néanmoins une certaine hardiesse procure souvent des guérisons inespérées, et Celse a pu dire non sans raison : Jl arrive parfois qu'une médication téméraire oblient un succès que le traitement le plus rationnel ne peut avoir.

L'homme de l'art ne doit pas se contenter de prescrire des remèdes à ceux qui souffrent, il a pour mission de les rassurer et de guérir les troubles de l'esprit en méme temps que ceux du corps. Appelé auprès d'une personne atteinte d'une indisposition légére qu'elle croit trés grave, le médecin, sans se permettre de rire d'une inquiétude exagérée, peut déclarer sans hésitation qu'il n'existe aucun danger. La maladie est-elle plus sérieuse et l'issue douteuse? Sans que sa physionomie ou ses paroles manifestent des craintes, sans représenter l'avenir comme incertain, le praticien soigneux de sa réputation laissera entrevoir que le mal peut être de longue durée ct exiger de la patience et

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