‹ L'École de SalerneChapitre 4 sur 280 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

usqu'a ces dernières années^ l'histoire de V Ecole de Salej'ne se réduisait à de trèsvagues notions sur quelques-uns des médecins qui ont pratiqué ou enseigné à Salerne^ pendajit la première période du moyen âge, et sur le poème didactique^ sorte de prose métrique, connu généralement sous le nom de Scliola Salernitana (École de Salerne). Les historiens qui passent pour les plus érudits n'ont pas même pris la peine de lire les ouvrages salernitains publiés dès Vinven-

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tion de Vimprimerie; ils les tenaient pour trop barbares ou pour trop superstitieux ; encore moins ont-ils songé à ouvrir, soit les manuscrits, pour y rechercher les écrits oubliés, soit les chartes , les chroniques et autres documents, pour y recueillir des renseignements relatifs à l'histoire d'une école trop célèbre pendant tant de siècles pour n'avoir pas laissé quelques traces dans la mémoire des contemporains.

On ne savait ni comment la médecine s'est conservée en passant des maiîts des Grecs dans celles des Latins, ni par quelles voies elle est arrivée à Salerne. Loin de s'enquérir avec exactitude du vrai caractère et de la succession des doctrines qui ont été suivies et professées par les maîtres de cette école, on se contentait d'affirmer que tout y était venu de Galien et des Arabes: de Galien, qui a été peut-être moins connu que les autres médecins grecs pendant la pre mière période du moyen âge; des Arabes, qui ne furent httroduits en Occident que par Constantin, c'est-à-dire quand l'École de Salerne avait au moins deux siècles d'existence; encore le moine du Mont- Cassin s'approprie dévotement les ouvrages des infidèles, pour les purifier et les rendre moins suspects!

Voici comment l'histoire de l'École de Salerne a tout à coup changé de face.

Le docteur Henschel, professeur de ^ médecine à l'Université de Breslau, s'occupait, dès l'année iSSy,

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de publier un catalogue des manuscrits médicaux du moyen âge^ conservés dans les diverses bibliothèques de Breslau. Au début de ses recherches, il mit la main sur un beau manuscrit du treiiième siècle, dont personne n avait parlé et sur le dos duquel on avait écrit : Herbarius. // eut bientôt reconnu que cet Herbier contenait trente-cinq traités, tous d'origine salernitaine, pour la plupart inédits et dont l'ensemble représente, à r exception de la chirurgie, toutes les parties de la science médicale. Le second de ces traités, qui est intitulé : De aegritudinum curatione (Du traitement des maladies), se compose de cent soixante et treize chapitres ; il constitue une sorte d'Encyclopédie, une véritable Somme médicale composée, comme celles d'Oribase i, d'Aëtius et de Paul d'Egine, d'une suite d'extraits empruntés nominativement aux principaux Maîtres de l'Ecole de Salerne. Quelques-uns étaient déjà connus (Platearius, Cophon, Trotiila) ; d'autres entraient pour la première fois, par leurs propres œuvres, dans le domaine de l'histoire [Bartholomœus, Petronius, Ferrarius, Johannes Afflacius).

J'ai examiné à Breslau ce précieux jnanuscrit, et je Vai fait connaître en France, dans un rapport à M. le ministre de V Instruction publique ^. A son tour, M. Henschel en a donné une description fort détaillée

1. Oribase, Œuvres, texte grec en grande partie inédit, collationné sur les manuscrits, traduits pour la première fois en français, avec une introduction, des notes, des tables et des planches, par les docteurs Bussemaker, Daremberg et A. Molinier. Paris, 1851-1876,6 vol.in-?>.

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