I. Galette des hôjpitaux, 21 mars
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de la résignation. Il tiendra la même conduite quand tout espoir sera irrémissiblement perdu. S'il doit à tout être vivant des paroles d'encouragement et de consolation, un sentiment de tendre charité lui prescrit d'en être prodigue envers le malheureux qui envisage la perte de la vie comme le plus grand des maux et ne peut penser à la mort sans effroi.
Nous regardons comme une barbarie inexcusable de porter le désespoir et le deuil dans l'âme d'un malade.
Callianax d'Alexandrie était connu par sa dureté. Un malheureux lui ayant demandé s'il mourrait de sa maladie, il répondit en citant ce vers d'un poète : Oui^ à moins que tu ne- sois fiU de Latone, mère de h eaux enfants.
Un médecin anglais du nom de Bailly, ayant été consulté par un phthisique appelé Price, lui dit brutalement : Vous mourrez. — Eh ! lui répondit celui-ci avec sang-froid, ce n'est pas vous qui aurez l'honneur de me tuer.
Bouvard avait aussi, assure-t-on, la coutume inhumaine de direaux malades : Vous mourrez.
On prétend enfin que Dupuytren adressa cqs mots à un ecclésiastique qui a joué un beau rôle dans l'histoire de sa vie : Monsieur l'abbé, il faut mourir; et l'abbé, rendu à la santé par le génie de Dupuytren, consola ses derniers moments et suivit avec attendrissement les funérailles de ce grand chirurgien.
Atteint d'une maladie désespérée, l'homme pusillanime met quelquefois en usage des ruses incroyables pour arracher au médecin le secret qu'il craint d'entendre. La Rochefoucault prétend que le refus de la louange est le désir d'être loué deux fois. L'incrédulité apparente de certains malades à qui vous promettez la' guérison naît du besoin d'être rassuré contre des terreurs involontaires sans cesse renaissantes. Peut-être chacun de nous a-t-iî rencontré un ou deux exemples de personnes assez lasses de la vie pour aspirer au repos de la tombe. Mais défiez -vous continuellement des trompeuses assurances des malades à cet égard. La sincérité du médecin a eu parfois de terribles consé-
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quences, en portant quelques malheureux à se tuer de désespoir.
On rapporte qu'un malade de l'Hôtel-Dieu obsédait Ph. J. Pelletan de ses supplications, l'assurant sans cesse que la vie était pour lui un fardeau et qu'il en verrait le terme avec bonheur. Pelletan, ayant eu la faiblesse de croire à ces paroles, lui découvrit enfin la vérité. Sous prétexte de le remercier, le malade lui demanda à l'embrasser et, recueillant ses forces, le mordit avec rage. Il mourut quelques jours après, accablant Ph. J. Pelletan de ses malédictions.
La plupart des hommes, même les plus courageux, n'ont pas l'âme assez fortement trempée pour envisager la mort sans trembler; bien peu l'attendent avec volupté, comme Mme Roland, ou s'écrient avec l'abbé de Rancé ; 0 éternité^ quel bonheur! Les sages et les saints eux-mêmes ne sont pas toujours préparés à cette épreuve suprême ; aussi la sérénité d'âme de Socrate consolant ses amis et ne maudissant pas même ses accusateurs faitelle l'admiration de la postérité.
En présence d'une affection inévitablement mortelle, le médecin a d'autres devoirs à remplir que ceux de consoler les malades et de leur rendre la mort douce et paisible comme la souhaitait Auguste. Il ne saurait, sans une grave responsabilité, entretenir toute une famille dans une sécurité trompeuse. Si enfin le malade se trouve isolé et loin de tous les siens, le médecin est tenu, à la première occasion favorable, de lui faire entrevoir que les soins médicaux ont une plus grande efficacité lorsque l'esprit est libre de toute préoccupation. La plupart du temps, le malade lui-même demande à être prévenu, si son état inspire quelque inquiétude ; le médecin doit lui déclarer alors que, même en l'absence de tout danger, il est préférable de régler ses intérêts temporels et spirituels, la tranquillité d'esprit et l'apaisement des agitations de la conscience ne pouvant que favoriser le rétablissement. Mais que de soins, de tact et de ménagement ne nécessite point une semblable mission! Combien les imprudences
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peuvent devenir graves! Combien la négligence de ce pénible devoir entraîne de responsabilité ! Pour le remplir, le médecin a besoin de demander des inspirations à sa probité, à sa délicatesse, en un mot à sa conscience. Il devient alors véritablement le médecin de l'âme. Il le devient encore lorsque la personne souffrante se trouve en proie à des douleurs morales qui brisent les organes ou consument sa vie. Il lui est donné parfois de servir de guide, de prévenir des malheurs, ou du moins d'apporter quelques consolations. Dans de semblables circonstances, on comprend combien Celse a raison de recommander d'avoir pour médecin un ami plutôt qu'un étranger. Toutefois, le rôle de confident abreuve souvent de soucis et de regrets celui qui le remplit; car il ne lui est pas toujours donné de faire prévaloir la voix de l'honneur et du devoir. Aussi l'homme sage l'accepte par dévoûment, mais il ne le recherche point. Et d'ailleurs, qu'on ne s'y trompe pas, le malade qui pourrait avoir à rougir devant son médecin serait toujours disposé à éloigner le témoin importun de ses faiblesses.
Dans quelques circonstances importantes, la société demande au médecin ses conseils et sa coopération; il les donnera avec prudence, courage et dévouement. Appelé devant les tribunaux, son opinion éclaire le juge incertain. Une erreur de sa part pourrait coûter la vie à un innocent ou détourner le glaive de la justice. Comme le magistrat, il se trouve dépositaire d'un pouvoir terrible et presque surhumain. Il n'écoute alors que la voix de sa conscience; aucune passion ne doit approcher de cette forteresse inexpugnable *.
Je ne rappellerai point ici tous les services que les médecins ont rendus à leur patrie ou au genre humain.
Empédocle fut regardé comme un dieu pour avoir desséché les marais dont les exhalaisons décimaient la population d'Agrigente, et Lancisi comme le sauveur de Rome, pour avoir, à
I. Voyez Amb. Tardieu, Des devoirs publics du médecin {Ann. d'hyg.publ, 1864, t. XXI, p. 178).
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l'aide de canaux, délivré cette ville des marais que les débordements du Tibre formaient à ses portes.
Les législateurs des peuples ont-ils rendu plus de services à l'humanité que Pinel , en faisant tomber les chaînes dont on chargeait les aliénés, en substituant les mesures de douceur à des méthodes barbares, et en nous apprenant enfin, par son exemple, à rendre à la raison un grand nombre de ces infortunés?
Trouverons-nous, dans le cours des siècles, beaucoup de découvertes préférables à celles de la vaccine et de l'éthérisation ?
Vésale, Harvey, Jenner, Laennec, etc.^ méritent-ils moins l'immortalité que Galilée, Kepler, Descartes et Newton?
Mais les services du médecin, comme les bienfaits qui se renouvellent tous les jours, cessent d'exciter la reconnaissance, pareils aux fruits de la terre dont l'homme jouit avec indifférence et sans élever son cœur vers le dispensateur de ces biens.
Je passerai également sous silence le rôle du médecin en temps d'épidémie, sa coopération dans les asiles hospitaliers, partout enfin où il faut accomplir un acte de charité et de dévoûment. Et remarquez combien la renommée dispense inégalement la louange ! L'univers est rempli avec justice du nom de Belzunce, qui s'immortalisa par son zèle pendant la terrible peste de Marseille; mais qui se souvient aujourd'hui des noms modestes de Bertrand et de Deidier, dont le courage et le dévouement ne furent pas moins sublimes ?
Je ne saurais toutefois oublier de mentionner la part glorieuse de périls et de noble courage des médecins sur les champs de bataille.
Chez les anciens, les chirurgiens habiles passaient pour des demi-dieux et des héros.
Lorsque Paris, d'une flèche armée de trois pointes, atteint Machaon à l'épaule, « tout s'ébranle, dit Homère ^ ; les Grecs tremblent que les Troyens ne leur ravissent ce héros et la vic-