Troyes, (11 thermidor an vi
... J'entends partout répéter que les années de révolution qui viennent de s'écouler sont perdues pour l'éducation ; je ne partage pas tout-à-fait cette opinion ; j'aurais même désiré que pendant ce laps l'instruction eut été absolument nulle ; les préjugés qui ne faisaient que germer dans la plus tendre jeunesse se
seraient éteints faute d'aliment
Pour opérer la régénération de l'instruction... il faut d'abord écarter de l'enseignement tout ce qui tient au culte et aux opinions religieuses. Par votre circulaire du 19 messidor, vous citez à cet effet la loi du 3 brumaire an 4 ; j'ai consulté cette loi et n'y ai point trouvé cette disposition formelle. L'administration municipale, d'accord avec le jury d'instruction, peut bien interdire tout enseignement du
culte religieux aux instituteurs primaires ; mais peutelle l'exiger des instituteurs particuliers, lorsque la loi ne le commande pas ? Ce sont cependant les écoles particulières qui sont le plus grand obstacle à la régénération de l'instruction, et les maisons d'éducation et pensionnats particuliers qui corrompent encore l'éducation, en se traînant toujours dans les sentiers de l'ancienne routine, remplis de préjugés et de superstitions ; ce sont ces mêmes écoles particulières qui rendent désertes les écoles primaires, et qui réduisent les instituteurs primaires à l'indigence, et ne leur laisse que l'alternative de la misère ou de la violation de la loi pour ne pas mourir de faim. Tel est, citoyen, le tableau fidèle de l'instruction dans ce moment, que sur mille à onze cents élèves, huit cens au moins sont entre les mains des ci-devant religieuses ou fanatiques outrés, et que l'esprit public préfère aux instituteurs des écoles nationales. Parmi les instituteurs des écoles primaires, les deux tiers apportent les talents et le civisme requis, et l'autre tiers ne mérite sa conservation que par ses principes républicains ; parmi les instituteurs particuliers au contraire, les trois quarts sont en opposition aux vues du gouvernement et provoquent la sévérité de la loi; et en fermant ces écoles, on pourrait tirer un grand parti du quart restant, en remplacement de ceux primaires [sic) qui manquent de talent. Ce n'est, citoyen, qu'en employant ces mesures, quoique rigoureuses, que l'on pourra arrêter les effets de la mauvaise éducation. Signé Milony.