‹ L'école décadenteChapitre 9 sur 10 · LA PRESSE ET LE DÉCADENT · texte numérisé non relu

LA PRESSE ET LE DÉCADENT

La presse parisienne a contribué dans une large mesure à la vulgarisation de l'idée décadente, non point exclu.ivemeni d,ms le but de l'acrlirnater dans le grand public, mms au contraire pour empêcher qu'on ne goûtât les œuvres de nos maîtres. Elle a cra nt que les populanons unef.is enivrées par la dcuceur des ryttimes rtecader.ls, ne pu-sent plus .s'en deiacher. C'c(ai. u„ lort

sans doute, puisque les décadents eux-mêmes avaient pris som de se prémunir contre tout excès de populaiilé.

Les écrivains de la nouvelle école, pour garder leur indépendance complète, ont besoin .l'ionorer absolumen* lopiHK.n pub!i(].;e. Ils ne doivent relever que d'eux-m. mes; s'ils avaient à compter avec une clientèle quolcon que, ils pourraient oublier les hautes préoccup.t.ons d l'Art, pour complaire aux goûts de quelques-uns; ougiise par une vogue éphémère, iU s'abatidonneraient à dp produclions trop abondantes et par suite stériles. U excès de ce genre serait pour eux un écueil qu'ils doiver éviter, et on peut dire que dans ce cas l'hostiilc de 1 Pre-sc les seconde admirablement. Jusqu'ici, ils n'oi pas eu à se plaindre au point de vue commercial, puis

. que ce sont loujours ceux qui ont écrit le moins qui oi gagné le plus.

La presfe parisienne, si elle n'a pu leur faire de bie; ne leur a du moins pas fait de mal ; elle a divul^^ué leu

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théories pour s'en moquer, pour égayer une galerie hostile à leurs dépens et surtout par cet éternel besoin du I^ouveau dans ce Paris ou l'on s'ennuie si vite. Qu'un Pranzini ou unBouIanger intempestifs Rient surgi à cette époque, ou que l'incendie de l'CJpéra-Comique fut arrivé au m(»ment de la publication du Décadent, elle eut bien \ite relégué les questions d'art au second plan pour ne s'occuper que de ces caiastroph<-s.

Il serait injuste de notre part de reprocher aux journalistes parisiens de ne nous avoir pas pri=^ au sérieux : il y a les nécessités del'existenf^e et la clienlèle du journal. La plupait ont vu dan^^ notre tentative autre chose qu'une fumisterie et je sais qu'il Jeur a été pénible de traitera la légère une semblable manifestation de la pensée. Si le niveau intellectuel du grand public eut été plus élevé, beaucoup nous auraient acclamé ou seraient rentrés dans nos rangs.

tl'aime à rendre cette justice à la presse jjarisienne, qu'au fond elle nous a parfailement comp^-is. A aucune époque d'ailleurs on n'avait vu dans le journalisme, quoique trop èacrilié à l'information, un si grand nombre de chroniqueurs spiriîuels, de pamphlétaires acerbes ou de de critiques éminents. La somme d'esprit dépensé chaque jour est énorme : partout ce sont des pensées neuves et j

profondes, des mots qui autrefois eussent été dignes de rester et qu' aujourd'hui disparaissent en* vingt-quatre heures dans le tourbillon du passé.

Jamais, quoiqu'on en dise, cette immense légion des

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journalistes parisiens n'avait été si brillante. Presque tous sont doublés de philosophes et de penseurs et ont à leur actif des œuvres d'un talent inconteslab e* mais tous sont les dépositaires de cet esprit français et de cette vieille verve gauloise qui établissent notre supériorité sur le journalisme étranger.

Le Décadent à son apparition a concentré sur lui toute leur attention. Le premier qui a donné l'alarme est M. Edouard Grauce, rédacteur en (^\lqï à.\x Journal de Saint- Denis^ qui écrivit un article fulminant où il nous appelait de « petits vieux jeunes ».

M. Edouard Norès de la Patrie >:.'est occupé de nous un des premiers dans ce journal, ainsi que M. Robert de la Sizeranne. M. Edouard Norès nous a témoigné sa sympathie jusqu'au Salon des Incohérents où il exposa un sonnet de couleurs encadré des titres de notre journal.

M. Sutter-Laumann de la Justice nous consacra aussi plusieurs feuilletons de ce journal où il ne nous ménageait guère les critiques lès plus amères.

MM. Jean Séméac du Voltaire, Ghabriat du Figaro, Deschaumes de V Evénement, Mermeix et Glovis Hugues de la France, Georges Montorgueil du Paris, Paul Alexi» du Cri du Peuple, Paul Saulière de V Estafette^ Albert Dubrugeaud de VEcho de Paris etc., nous ont consacré tour à tour des articles souvent Ironiques pour la forme, mais au fond toujours spirituels et plein de sympathie. Beaucoup d'autres journaux tels que le Matin, Vlntran ^

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I figeant y la Nation, la France libre, la Liberté ^ V Autorité ^ I le Soleil, le National, le Petit journal^ le Pays^ le Siècle^ le XIX'' Siècle^ la République Fraaçaise, la Paix, le JFrançaiSj le Journal des Débats, le Monde, V Univers, la Croix, Lutèce, le Pilori, la Jeune Garde, le Tintamarre, etc., ainsi qu'une quantité de journaux de la province et de l'étranger ont contribué à donner à la liU<';'aturo décadente le retentissement qu'elle méritait.

Presque toutes les revues ont aussi doniio lour notô moins bruyante dans ce grand concert de réclame. M. Charles Larivière s'est surtout signalé par un article méchant paru dans la Revue Générale, qui était héureuse- I ment compensé par une parodie spirituelle d*un sonnet de M. René Ghil.

M. Charles Fuster, le jeune directeur de la Revue litté-raire et artistique de Bordeaux, aujourd'hui à Paris, a aussi consaciré quelques articles sur les Décadents qu'il a réunis dans son volume, les Essais de Critique, Mais il était trop éloigné de Paris et ne nous voyait que sou» QD faux jour : se» appréciations n'ont donc pas toute la justesse désirable .

M. Jules Lemaître, réminent critique delà Revue bleue ^ maintenant au Figaro^ a parlé de nous à différentes reprises. Malheareusement, il cherche trop à faire de Fesprit et n'aperçoit pas ce qu'il y a de sérieux.

En un mol toute la presse nous a fait un accueil symifathique et, à part quelques scribes qui ne comptent pas, il y a eu unanimité à reconnaître que l'Ecole décadente

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