DE SCULPTURE
Cours d’histoire générale. — M. Lemonnier, professeur. Le jeudi et le samedi, à une heure.
Cours de littérature . — M. Ruel, professeur. Le mardi, à une heure et demie, et le vendredi, à huit heures et demie du soir.
Enseignement simultané des trois arts.
Cours de dessin. — M. Yvon, professeur.
Cours de modelage. — M. Delaplanche, professeur. Cours d’ architecture élémentaire. — M. Coquart, professeur.
Composition décorative. — M. Galland, professeur. Tous les jours, de une heure et demie à trois heures et demie.
La plupart de ces cours offrent le même aspect. Plusieurs ont lieu dans les mêmes salles, à des jours différents.
Nous nous occuperons des principaux.
LE COURS DANATOMIE.
Le cours d’anatomie est peut-être celui que les élèves fré-
quentent le plus assidûment. Il a lieu le lundi et le vendredi, de une heure à deux.
Dès midi et demi, les élèves arrivent en foule.
Lorsque le gardien ouvre la porte, une poussée énorme se produit; on se bouscule, on s’écrase; chacun veut la place la meilleure; en un clin d’œil tous les gradins sont escaladés et l’amphithéâtre rempli. Les retardataires n’ont plus qu’une ressource; ils installent une échelle dans le petit escalier qui mène aux gradins supérieurs, et se perchent dessus tant bien que mal. La posture est fatigante, et c’est long de la garder une heure; mais, pour ne pas manquer le cours, ils sont résignés à tout.
Une heure moins dix. Sous la vaste haie lumineuse, les têtes s’étagent, formant de grands cercles parallèles, qui ne cessent d’osciller. En bas, l’espace réservé au professeur est occupé par une lourde table, dont le plateau tournant supporte diverses pièces anatomiques, ou un cadavre en partie disséqué. De chaque côté de la table, deux grands plâtres, dont Lun est la reproduction du Gladiateur, la statue antique la plus admirée pour son exactitude anatomique, et l’autre, 1 écorché figuré de cette même statue. Dans un coin, un squelette; le long des murs, de grands écorchés en plâtre, dans des positions différentes, côtoient le groupe de Castor et Pollux, et une Vénus de Médicis, un peu désappointée de se trouver en aussi triste compagnie. Dans le fond, et sur des chevalets, des tableaux noirs et des dessins anatomiques. Enfin, dans l’angle de droite, près du gardien tranquillement assis, que semble bénir un grand écorché rouge, une barre fixe et des haltères, qui servent pour la leçon sur le modèle vivant.
LE COURS D’ANATOMIE
LE COURS D’ANATOMIE
Quelques élèves font des croquis, en attendant que l’heure sonne; d’autres, qui commencent à trouver le temps long, ne cherchent qu’une occasion de faire du tapage.
Justement, un des derniers arrivés a découvert, du haut de son échelle, une place vide, là-bas, dans un coin, à l’autre bout de la salle. 11 met bravement son chapeau sur sa tête...
11 sait quelles tempêtes il va déchaîner, le malheureux; mais il ne s’en soucie guère; tout lui est égal, pourvu qu’il soit bien placé. Et le voilà qui s’aide des deux mains, enjambe les banquettes, et passe par-dessus les têtes de ses camarades. Les camarades murmurent, le tirent. Il ne s’intimide pas pour si peu, se débarrasse adroitement des bras qui le retiennent, et, impassible à travers tant d’obstacles, il continue son chemin...
Tout à coup un cri s’élève, strident, furieux :
— Chapeau ! chapeau ! A bas le chapeau !
On s’est aperçu de son impardonnable inconvenance. — Bousculer une vingtaine de camarades, on pourrait encore lui passer cela; il en aurait été quitte pour quelques bourrades, aussitôt rendues que données; mais se couvrir dans les salles de cours, devant tous les élèves qui attendent, tête nue, l’arrivée du professeur, devant ce gladiateur aux muscles magnifiques, devant le squelette, devant le grand écorché rouge, qu’un élève a fait pivoter sur sa selle, et qui maintenant, au lieu de bénir le gardien, tend le poing à la Vénus intimidée, c’est oser une chose que jamais on n’a supportée à l’Ecole.
— Chapeau ! chapeau ! A bas le chapeau !
La salle tout entière hurle cette sommation :
— Chapeau! chapeau! A bas le chapeau!...
En vain le gardien s’est ému et cherche à rétablir le silence; la clameur indignée roule de gradins en gradins, assourdissante et continue comme le fracas des vagues sur le galet; le trépignement des pieds l’accompagne et la rythme; un effroyable vacarme emplit la salle... et, soudain, cesse , comme par enchantement.
Il est une heure; la porte du laboratoire s’est ouverte, et M. Mathias Duval est entré, suivi de M. Cuyer, son prosecteur, et de quelques élèves privilégiés.
Un tonnerre d’applaudissements salue son arrivée. Puis le silence se fait, un silence de cloître, que rien ne viendra plus troubler.
M. Mathias Duval, professeur à l’École depuis treize ans, met au service des élèves un très juste sentiment de l’art et de grandes facultés de vulgarisation. Il fait son cours avec une clarté singulière, revenant deux et trois fois sur la même question, sans jamais se lasser de l’expliquer, sans qu’on se lasse jamais de l’entendre. De temps en temps, il éclaire ses explications d’un mot spirituel jeté comme par hasard.
Et voilà pourquoi les applaudissements qui l’accueillent à l’arrivée l’accompagnent à la sortie.
L’étude de l’anatomie comporte, en premier lieu, l’étude du squelette.
Le professeur décrit les os dont est composée la charpente humaine; il montre et explique les articulations qui réunissent ces os. Il enseigne par quel mécanisme ils se déplacent les uns sur les autres, quels sont les mouvements possibles et ' quelles limites leur sont imposées. Il indique ensuite les formes produites par le squelette, connaissance aussi utile que