COMÉDIE. | 67 | ARNOLPHE
Le deviez-vous aimer, impertinente P AGNÈS.
Hélas !
Est-ce que j'en puis mais? Lui seul en est la cause; Et je n’y songeais pas, lorsque se fit la chose. ARNOLPHE.
Mais il fallait chasser cet amoureux désir.
AGNES
Le moyen de chasser ce qui fait du plaisir ?
ARNOLPHE
Et ne saviez-vous pas que c'était me déplaire? AGNÈS.
Moi? point du tout. Quel mal cela vous peut-il faire? ARNOLPHE.
Il est vrai, j'ai sujet d'en être réjouïi | Vous ne m'aimez donc päs, à ce compte?
AGNÈS
Vous?
ARNOLPHE
Oui.
Hélas ! non.
ARNOLPHE
Comment , non ?
AGNÈS
Voulez-vous qué je mente ?
ARNOLPHE
Pourquoi ne m'aimer pas, madame l'impudente ? AGNÈS.
Mon dieu ! ce n’est pas moi que vous devez blämer : Que ne vous êtes-vous, comme lui, fait aimer? Je ne vous en ai pas empêché, que je pense.
ARNOLPHE
Je m'y suis efforcé de toute ma puissance ; Mais É soins que j'ai pris, je les ai perdus tous. AGNÈS.
Vraiment , il en sait donc là-dessus plus que vous; Car à se faire aimer il n’a point eu de peine.
68 L'ÉCOLE DES FEMMES, ARNOLPHE, à part.
Voyez comme raisonne et répond la vilaine !
Peste ! une précieuse en dirait-elle plus?
Ah ! je l'ai mal connué; ou, ma foi, là-dessus
Une sotte en. sait plus que le plus habile homme.
(à Agnès. )
Puisqu’en raisonnement votre esprit se consomme,
La belle raisonneuse, est-ce qu’un si long temps
Je vous aurai pour lui nourrie à mes dépens ?
| AGNÈS
Non. Il vous rendra tout, jusques au dernier double. > ; ARNOLPHE, à part.
Elle à de certains mots où mon dépit redouble. (hant.) Me rendra-t-l, coquine, avec tout son pouvoir, Les obligations que vous pouvez m'avoir ?
AGNÈS
Je ne vous en ai pas de si grandes qu’on pense. ARNOLPHE.
N'est-ce rien que les soins d'élever votre enfance ? AGNÈS.
Vous avez là-dedans bien opéré vraiment, u 0 . . . .
Et m'avez fait en tout instruire joliment !
Croit-on que je me flatte, et qu’enfin dans ma tête Je ne juge pas bien que je suis une bête ?
- PÈ pa . Œ J 74 se. « .
Moi-même j'en ai honte; et, dans l’âge où je suis À } CE Co : ; Je ne veux plus passer pour sotte, si je puis. P ,
ARNOLPHE
Vous fuyez l'ignorance, et voulez, quoi qu'il coûte, Apprendre du blondin quelque chose?
AGNÈS
Sans doute.
C’est de lui que je sais ce que je peux savoir, Et beaucoup plus qu’à vous je pense lui devoir.
Je ne sais qui me tient qu'avec une gourmade
Ma main de ce discours ne venge la bravade.
J'enrage quand je vois sa piquante froïdeur ;
: Et quelques coups de poing satisfcraient mon cœur.
COMÉDIE
' AGNÈS
| és ! vous Je pouvez, si cela peut vous plaire. | ARNOLPHE, à part,
se Mot, et ce regard désarme ma colère, » “produit un retour de tendresse de cœur | Qui de son action efface la noirceur.
Chose étrange d’aimer ! et que pour ces traîtresses €$ hommes soient sujets à de telles faiblesses ! Out le monde connaît leur imperfection ; En'est qu'extravagance, et qu'indiscrétion, Eur esprit est méchant, et leur âme fragile ; Il n'est rien de plus faible et de plus imbécile, Rien de plus infidèle; et malgré tout cela:
ans le monde on fait tout pour ces animaux-là. (à Agnès.) Eh bien ! faisons la paix. Va, petite traîtresse, € t@ pardonne tout, et te rends ma tendresse; onsidère par là l'amour que j'ai pour toi, t me voyant si bon, en revanche aime-moi.
| AGNÈS
Du meilleur de mon cœur, je voudrais vous complaire: : ue me coûterait-il, si je pouvais le faire ?
Mon pauvre petit cœur, tu le peux, si tu veux, Ecoute seulement ce soupir amoureux.
(il fait un soupir.) Vois ce regard mourant, contemple ma personne; Et quitte ce morveux et l'amour qu'il te donne. C’est quelque sort qu'il faut qu'il ait jeté sur toi, Et tu seras cent fois plus heureuse avec moi. Ta forte passion est d’être brave et leste, Tu le seras toujours , va, je te le proteste ; Sans cesse nuit et jour je te caresserai, Je te bouchonneraï, baïserai, mangerai ; Tout comme tu voudras tu pourras te conduire: + Je ne m'explique point; et cela c’est tout dire. (bas, à part.) ; Jusqu'où la passion peut-elle faire aller !
( haut.} Enfin à mon amour rien ne peut s’égaler :
Quelle preuve veux-tu que je t'en donne, ingrate?
70 L'ÉCOLE DES FEMMES, Me veux-tu voir pleurer? veux-tu que je me batte? Veux-tu que je m’arrache un côté de cheveux?
Veux-tu que je me tue ? Oui, dis si tu le veux, Je suis tout prêt, cruelle , à te prouver ma flamme. AGNÈS.
Tenez, tous vos discours ne me touchent point l’âme ; Horace avec deux mots en ferait plus que vous. ARNOLPHE.
Ab ! c’est trop me braver, trop pousser mon courroux: Je suivrai mon dessein, bête trop indocile, Et vous dénicherez à l'instant de la ville.
Vous rebutez mes vœux, et me mettez à bout ; Mais un cul de couvent me vengera de tout.