SCÈNE IV
MARTEL, GUILBERT, et par momens COR- NÉLIE.
M.IRTEL.
Pardon, monsieur Guilbert, on vous fait bien at-
• [tendre.
GUILBERT, à part.
J'interromps, je le vois, un entretien très-tendre; Mais je suis sans pitié. Perdre cent mille écus Par ce maudit jounal! Assez, je n'en suis plus.
Haut.
C'est madame Martel? Monsieur, je vous dérange.
MARTEL
Non, moi, je suis garçon.
A part.
Sa figure est étrange.
Il a l'air mécontent, il paraît agité.
N'oublions pas qu'il tient à la moralité.
Haut.
C'est une femme auteur qui m'apportait un livre, Et de ces femmes-là j'aime qu'on me délivre. Vous venez, n'est-ce pas, me parler du journal ? Gomment le trouvez-vous ?
GUILBERT
Je le' trouve fort mal.
MARTEL
Vous m'étonnez, monsieur, son succès est immense
GUILBERT
Me ruiner d'un mot, c'est par là qu'il commence.
M.iRTEL.
Redoutez-vous déjà nos indiscrétions ?
Vous avez fait baisser toutes nos actions '.
MARTEL
Je ne vous comprends pas. Comment, monsieur,
[vous dites...
GUILBERT
Je dis, parbleu, je dis que vos phrases maudites Sur les chemins de fer, que vous montrez mourans. Font perdre à moi Guilbert...
MARTEL
Quoi?
GUILBERT
Trois cent mille francs !
MARTEL
Ah! monsieur, j'ignorais que dans cette industrie Vous fussiez engagé; croyez-le, je vous prie. C'est un malheur aftreux... j'en suis au désespoir... Mais on peut...
CORXÉLIE.
Avons-nous la loge pour ce soir?
Apercevant Guilbert.
Je le croyais parti.
Martel lui fait signe, elle sort.
GUILBERT, avec malice.
C'est encor cette dame ; Elle vient donc souvent?
MARTEL , avec embarras.
Oui, pour une réclame Que dans notre journal elle veut publier.
Elle demeure près ?
MARTEL
Sur le même palier.
Tout sera réparé, monsieur ; nous pouvons faire Demain un autre article à celui-ci contraire; Oui, quelque industriel fictif nous écrira Que nous avons eu tort, et tout s'arrangera. Cela se fait souvent dans un cas difficile. Un bon journal, monsieur, est un coursier docile Qui peut passer partout quand il est bien monté.
GUILBERT
Galopez donc sans moi, car votre f^érité
M'a mis à pied. Adieu; ce début m'est funeste.
MARTEL
Comment?
GUILBERT
Je veux garder pour moi ce qui me reste. Je suis quitte envers vous, j'ai payé largement. Demain je reprendrai mon cautionnement.
Il se dirige vers la porte.
M.iRTEL.
Monsieur Guilbert!...
CORNÉLIE
Edouard...
GUILBERT, heurtant Cornélie.
Pardon... mais il me semblo
MAGASIN THEATRAL
Que je connais ces yeux. . . Cette femme ressemble. . . C'est elle...
MARTEL , bas à Cornélie.
Va-t'en donc.
Elle sort.
GUILBERT
Le mensonge est flatteur.
Depuis quand Cornélie est-elle femme auteur? Je crois que c'est plutôt la femme de ménage. Ah! monsieur, je comprends.
MARTEL , confus.
Pardonnez à mon âge-
f.UILBERT.
Tout s'explique : vraiment, je ne m'étonne plus, Messieurs, si vos écrits le soir sont mal relus , Et si l'on trouve tant de prose vertueuse Dans vos articles faits aux pieds d'une dansetfseï Comme vous, nous vivions très-gaîment autrefois, Mais nous ne faisions pas et les mœurs et les lois. Comme vous, nous aimions des femmes de théâtre. Nous nous mêlions aux jeux de leur troupe folâtre ; Nous flattions chaque jour leurs caprices nouveaux. Nous leur donnions de l'or, des hôtels, des chevaux. Des diamans, des fleurs, des châles, des dentelles. Mais nous ne vivions pas en ménage avec elles.
Il sort iadigné.
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