MARTEL, CHARLES
CHARLES
Monsieur, la copie.
MARTEL
Ah! malédiction! déjà! me voilà bien!
CHARLES
Avez-vous quelque chose à donner?
MARTEL
Je n'ai rien.
CHARLES
Monsieur, les ouvriers attendent.
Qu'ils attendent.
CHARLES
J'arrive du bureau, ces messieurs vous demandent Le feuilleton des arts.
MARTEL
Eli bien ! va le chercher.
Griffaut...
CHARLES
H est malade et vient de se coucher.
On ne peut pas le voir, et sa mère le garde.
MARTEL
Quoi, pas de feuilleton !
SCEXE XL
MARTEL, CORNÉLIE, un manuscrit à la main; CHARLES.
CORNÉLIE
r.on, ceci me regarde.
Un feuilleton, Edouard ? raoi.j'ai ce qu'il vous faut, Et cet article-là vaut tous ceux de Griffaut.
Ah! tu viens me sauver. Ouelle excellente idée! Voyons ce manuscrit?
CORXÉLIE , à part.
Je vais être grondée.
A Charles.
Tiens, petit.
MARTEL
Non, donnez, donnez donc.
CORNÉLIE
Le voilà.
MARTEL, parcourant le manuscrit.
Je ne veux point du tout qu'on imprime cela. Pour madame Guilbert le tour serait infâme.
CORNÉLIE
Vous avez toujours dit du mal de cette femme; Je ne sais d'où vous vient cette prompte amitié.
MARTEL
Mais sa fille est un ange.
CORXÉLIE.
Eh bien !
MARTEL
J'en ai pitié.
Ce serait la frapper, elle aime tant sa mère!
CORNÉLIE , avec affectation.
Madame de Dercourt vous est-elle si chère ? Jevous trouve,vraiment, très-sensible aujourd'hui,
MARTEL, déjà ébranlé.
D'ailleurs, monsieur Guilbert...
CORNÉLIE
Gênez-vous donc pour lui !
■Se vous souvient-il plus de ses grosses injures A propos de vos goûts et de vos mœurs impures, Et ne trouvez-vous pas qu'il ait bien mérité Qu'on l'épargne à son tour dans sa moralité ? Son indignation était trop pathétique.
CHARLES
3Ionsieur ne donne pas l'article politique?
CORNÉLIE, reprenant le manuscrit.
Donnez ce feuilleton...
MARTEL
Laissez-moi le revoir...
CORNÉLIE
Vous le corrigerez aux épreuves ce soir.
Elle donne l'article h Cliarles , qui sort. Des marchands envahissent le théâtre.
MARTEL
Maintenant laissez-moi travailler, je vous prie.
CORNÉLIE, à part.
Malgré sa volonté, malgré sa brusquerie. Quand il est en retard j'en fais ce que je veux.
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SCÈIVE XIL
MARTEL, CORNÉLIE; UN POÈTE tenant un gros livre; UN EDITEUR portant plusieurs volumes; UN ABONNÉ, UN NÉGOCIATEUR DE MARIAGES; MARCHANDS de toute espèce:
l'un porte un parasol, l'autre un fusil, l'autre un fourneau, l'autre un chapeau; plusieurs marchandes de modes portent des cartons ; BAPTISTE.
UN MARCHAND de cosméHques, à Cornélie.
Madame, c'est une eau pour teindre les cheveux.
LE POÈTE, à Martel.
C'est vous, monsieur Martel, le fameux journaliste?
CORNÉLIE, voyant toute cette foule.
Que de monde, grand Dieu!
MARTEL
D'où sortent-ils?
CORNÉLIE et VIARTEL.
Baptiste!
CORNÉLIE, à Baptiste.
Qu'est-ce que ces gens-là?
BAPTISTE
Ce sont... des inconnus.
CORNÉLIE
Le sot, je le sais bien.
-MARTEL
Par où sont-ils venus?
BAPTISTE
Par la porte, monsieur. Ce gamin veut ma perte, 11 a laissé la-bas la porte toute ouverte.
LE POÈTE, à Martel, en lui offrant un livre. Monsieur Martel, ce livre est un petit recueil De vers badins , daignez y jeter un coup d'œil. UN LIBRAIRE-ÉDITEUR, offrant quatre volumes Daignez lire, monsieur, ce traité de morale.
UN PHARMACIEN, offrant une boîte.
Daignez goûter, monsieur, ma pâte pectorale.
MARTEL, impatienté.
Les annonces, messieurs, ne me regardent point.
MAGASIN THÉÂTRAL