‹ L'école des journalistesChapitre 30 sur 55 · EDGAR, MORIN · texte numérisé non relu

EDGAR, MORIN

MORIX

Chez un ministre, moi! Norval, es-tu content? Je fais ce que tu veux, mais j'ai peu d'espérances.

EDGAR

Pourquoi cela?

MORIX

Je crains de basses concurrences, A force d'injustice, ils m'ont découragé. Je doute de moi-même. Ah! je suis bien changé ! Je le sens, mon enfant, la blessure est mortelle. Mais madame Dercourt...

EDGAR

Elle vient, et c'est elle Qui doit très-chaudement prendre vos intérêts.

MORlX.

Soit ; je t'avais promis que je lui parlerais. Me voici. Mais quel temps est-ce donc que le vôtre? Que ee temps misérable est différent du nôtre! Quand on voulait de nous, on venait nous chercher. Ah! LCi ne laissait point nos palettes sécher! Mais nous sommes v^ncus, et ùotre règne expire.

On nous a proclamés jraiiaches do l'empire ! Oui, de nos successeurs nous sommes les bouffons, Et vous nous prëliVez vos peintres de chiffons! Certe, ils ont triomphé de choses difficiles. A leurs chastes pinceaux les formes sont dociles. Le nu leur faisait peur... pour sortir d'embarras. Bref, ils ont supprimé les jambes et les bras; Plus de pieds paresseux et plus d'épaules blanches. Mais des gants, des mauteaux,. des bottes et des

[ manches.

Leurs, moines, leurs soldats, font valoir leurs ver-

[ tus; S'ils ne sont pas bien peints, ils sont très-bien

[ vêtus !

On peut les admirer au grand jour, en f;imille. Ils ne font pas penser à mal la jeune fille. Ce n'est plus ce dormeur, ce fat Endymion Que Phœbé caressait d'un coupable rayon. Ni ce perfide amour, terreur des demoiselFes, Qui pour tout vêtement n'avait que ses deux ailes. Galathée a perdu le droit de vous charmer ; Honteuse, elle s'habille... au lieu de s'animer. Peindre le beau! fi donc! Copier la nature! Ah! vous avez raison, c'était une imposture Que de représenter de grands hommes hiea faits, Vous êtes si petits, si maigres et si laids !

EDGAR, riant.

J'anne cette fureur.

MORIN

Ma rage te fait rire.

Mais moi je ne ris pas, et mon cœur se déchire Quand je songe aux affronts dont ils m'ont abreuTé! Les journaux m'ont proscrit, je suis un réprouvé! Daos les arts, comme en tout, le journalisme

[ règne.

Ils ont dit que j'étais un grand peintre... d'en-

[seigne.

Que mes tableaux n'avaient ni dessin ni couleur, Et bientôt mes tableaux n'auront plus de valeur. Ils déclarent déjà ma palette caduque; Ma crinière d'argent ils la nomment perruque ! Percé de mille traits, enivré de poison. Je n'y peux plus tenir... Ah! j'en perds la raison!

EDGAR

Ne TOUS affligez pas !

MORIN

A toi j'ose me plaindre.

Il regarde autour de lui.

Je te dis mon secret... c'est... je ne peux plus

[peindre; J'ai peur de mes pinceaux, de mes yeux, démon

[goût.

Leurs jugemens cruels me poursuivent partout. Je les entends sans cesse... Ah! l'Euménide antique N'était point le remords... non... c'était la critique. Fantôme, vision, qui me remplit d'effroi, Je la trouve toujours entre ma toile et moi!

EDGAR

Ah! calmez-voas, déjà votre destin se change:

Un démon vous poursuit. Dieu vous envoie un

[ange.

Regardez... tant d'éclat présage un ciel serein.

Montrant Valontiiie, qui vionl d'entrer.

\\\\\VX\A\\VV\\W\\WV\V'V\\\'\x\v\\\W\\VV\\V\\VWVV'VV\\V\V\V

Page 1