‹ L'école des journalistesChapitre 38 sur 55 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

VALENTINE

Que d'agitations ! Je m'afflige pour elle De tous ces embarras. La fâcheuse querelle ! Quel supplice! Voilà mon bal bien attristé! Elle s'approche de la table.

Que faire en attendant?... Lisons... La Vérité. C'est ce nouveau journal que protégeait mon père, Qui vient de renverser ce pauvre ministère.

Elle parcourt le journal.

Voyons donc... quel pathos! Passons au feuilleton. 11 est d'Edouard Martel, homme d'esprit, dit-on. C'est par la poésie et la gaîté qu'il brille.

Elle lit.

« Le Ministre et l'Amant, ou la Mère et la Fille. » Ce titre est singulier, et je ne sais pourquoi Ces^eulsmots dans mon cœur ont jeté de l'effroi!

Elle lit.

« Madame de Lorville aimait à la folie, «Comme on aime à trente ans, quand on n'est plus

jolie, »Un préfet... qui rêvait chambre etconseil d'état, «Commeon rêve à trente ans, quandonestmagistrat. »De la dame en crédit l'adresse peu commune «Servit habilement sa rapide fortune.

«Mais un soir le mari, trouvant un billet doux, «S'endormit inquiet... et s'éveilla jaloux. «Il sentit le besoin, pour rassurer son âme, «De chasserauplus tôt ses soupçons... ou sa femme! «Mais elle, sans pâlir, lut le brûlant écrit. «A quoi servirait donc d'être femme d'esprit, «Si l'on ne savait point, par instinct ou par ruse, «Trouver pour un grandcrime une innocente excuse? «Bref, elle répondit sans le moindre embarras «Que ce billet d'amour ne la regardait pas, «Qu'il était pour... sa fille, etqu'il fallait très-vite «Au ministre amoureux accorder la petite. «Le père fut crédule, — et très-honnêtement «La mère a marié sa fille à son amant; «Et l'enfant fut vendu sans trop de résistance. «Tous trois mènent en paix une grande existence. «Ils s'aiment à loisir, et le monde enchanté «Bénit de leur amour l'heureuse trinité ! « Oh ! le méchant article ! Oh ! je suis indignée !

MAGASIN THÉÂTRAL

Dans ce honteux portrait ma mère est désignée. Un ministre... un ancien préfet... c'est évident. Quel mensonge odieux ! ma mère !... Cependant... Je crois me rappeler... Oh! non, c'est impossible... A l'instant je grondais Morin d'être accessible Aux propos des journaux, et voilà que j'y crois...

Jlon mari!... tous les jours... il venait autrefois Chez ma mère. Grand Dieu! quelle lumière alfreuse!

Elle reprend son journal.

Oui, cette histoire,c'estla miennelAhlmalheureuse! Cet homme est mon mari... Cette épouse sans foi... C'est ma mère, et l'enfant qu'on a vendu, c'est moi!

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