‹ L'école des journalistesChapitre 47 sur 55 · V.UEXTINE · texte numérisé non relu

V.UEXTINE

Madame... je le sais!

M™^ GLILBERT.

;\Iais lui! ne le sait pas!

Jamais il n'a pu lire en mon âme blessée. Jamais il n'a connu ma coupable pensée. Et cet aveu d'amour... qui m'étouffe la voix... Je le fais aujourd'hui pour la première fois. J'ailong-tempscombattupourvaincre ma faiblesse, Mais ce talent si beau, ce cœur plein de noblesse, Ces dons supérieurs qui partout font la loi. M'attiraient, me charmaient, m'entraînaient mal-

[gré moi.

Je voulus demander secours à son génie... Fol espoir, dont je fus cruellement punie. Son esprit se calmait dans de graves travaux.

Mais mon cœur s'exaltait de ses succès nouveaux. Ah! c'était imprudent, je le sentis moi-même: 11 est bien dangereux d'admirer ce qu'on aime! Je luttais vainement contre un amour fatal, Et j'allais succomber... .Alais un soir dans un bal... Sortant de la retraite où tu fus élevée, 11 te vit, Valeutine... Alors je fus sauvée!... Oui, depuis ce moment toi seule l'occupas. Eh bien ! je t'aime tant... que je n'en souffris pas! Ses soins ne me causaient ni douleur ni colère ; Oh ! je te pardonnais, ma (ille, de lui plaire. Je me rendais justice, et, changeant de fierté. Je mettais mon orgueil dans ta jeune beauté ; Joyeuse, je sentais qu'en mon âme innocente La tendresse de mère était la plus puissante; Moi-même t'apprenais à l'aimer chaque joui' ; Mon amour s'épurait dans ton naissant amour, Et lorsque après un an tu devins son épouse. Si tu me vis pleurer, si tu me vis jalouse. Ce n'était pas de toi... mais de lui : j'avais peur, Mon enfant, qu'il ne prît ma place dans ton cœur.

VALENTINE

0 ma mère !

M"''' GLILBERT.

On blâma hautement ma conduite.

Tant que de ces propos tu ne fus pas instruite, Je supportai ces cris, et je me résignai ; Mais je défends enfin mon honneur indigné.

YALENTINE.

C'est que de tels efforts, si grandement sublimes. Si monstrueux en bien!. ..ressemblent à des crimes; Le monde est effrayé des trop beaux sentimens ; II voit dans leur excès d'affreux égarcmens; Il ne peut les comprendre, il juge de sa place!... M^" GUILBERT. [t'cmbrasse.

Mais viens donc, mon enfant, viens donc que je

YALENTINE, tombant à genoux.

Ah! c'est à vos genoux... Maman, pardonne-moi!

M""-' GUILBERT

Va, ces affreux soupçons ne venaient pas de toi !

YALENTINE.

Non, mais hier j'ai lu dans un journal infâme... Les indignes!... flétrir une si noble femme! Forcer ce cœur si pur à se justifier, Apprendre à son enfant même à s'en défier! Hommes sans foi, démons inspirés par l'envie!... Ah ! je ne veux plus lire un journal de ma vie.

MAGASIN THÉÂTRAL

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