SCÈNE VII
Jl!"" GUILBERT, VALENTINE, ANDRÉ, EDGAR, GUILBERT , 5IARTEL , GRIFFAUT , PLU- CHARD.
GRIFFAUT.
Et qui donc a causé son désespoir?
EDGAR
Vous.
TOUS, en même temps.
Vous 1
MAGASIN THEATRAL
EPfiAR.
Le malheureux Morin a péri sous vos coups!
GRIFFAUT, confus.
Mais j'ai fait son éloge hier... On peutvous dire...
ANDRIÎ.
Vous l'avez fait trop tard; il est mort sans le lire.
Api'rfC'vant par terre le journal ilécliiré. Le voilà cet éloge... hélas!... tant désiré.
GRIFFAUT.
Le croyant une insulte, il l'aura déchiré.
Un homme peut-il donc mourir d'une épigramme?
AXDRÉ.
Mon Dieu! qui nourrira mes en fans et ma femme?
GRIFFAUT, à Martel.
Comment prévoir...? Martel. Quelle fatalité!
Madame Guilbert et Valentine, au nom de Martel , lovent les yeux et le regardent avec indignation. MARTEL, à Edgar.
Quelle puissance, Edgar!
EDGAR
J'en suis épouvanté !
ANDRÉ
Sans pain et sans égit !... Je demande vengeance. Ils ne respectent rien, pas même l'indigence. Ils ont tué mon maître et causé tous mes maux. Ces infâmes journaux!
GIII.BERT.
Les journaux !
VALENTINE
Les journaux!
GUILBERT, à part.
Risquer une fortune et perdre un ministère!
VALENTINE, à part.
C'est pour les avoir lus que je quitte ma mère.
rLUCHARi), has à Griffant.
Je serai condamné.
GRIFFAUT.
Toi!... pour quelle raison?
PLUCHARD, montrant Muriel.
Pour son article, hélas ! à deux mois de prison.
Haut.
Ah ! les journaux !
MARTEL, sortant de sa préoccupation.
Ce cri d'horreur, je le répète.
Sans les journaux, messieurs, j'aurais été poète;
En regardant madame Guilbert.
Sur mes écrits honteuxvous n'auriez point pleuré! Au lieu d'être maudit, je serais admiré; Je n'aurais pas enfin, dans un jeu misérable. Perdu tout l'avenir d'un talent honorable. A Valentine.
Madame, pourrez-vous me pardonner jamais?
VALENTINE, regardant sa mère.
Oui... car je l'aime cncor plus que je ne l'aimais.
MARTEL
La grandeur de votre âme est dans cette réponse. Pour moi quelle leçon! Désormais je renonce A mon triste métier, et je vends mon journal!
EDG.\R.
Et moi, je te l'achète! Oui, pour guérir un mal 11 faut l'étudier. Je descends dans la lice; Pour vaincre les journaux je me fais leur complice. Je veux tarir les pleurs, le sang qu'ils font couler.
MARTEL, prenant la main d'Edgar.
Mon ami!...
VALENTINE
Malheureux! ils vont vous immoler!
EDGAR
Je le sais... et mon cœur s'est armé de courage. Je sais ce qui m'attend, et je connais leur rage: Pour moi plus de repos, pour moi plus de bonheur. Je leur offre ma vie, iisprendront mon honneur... lis iront, poursuivant ma jeunesse flétrie. Jusqu'à me disputer le ciel de ma patrie! Mais plus ils oseront mentir et m'outrager. Et plus de leur pouvoir on verra le danger. Je servirai d'exemple en servant de victime; En y tombant du moins je montrerai l'abîme. Et j'y tomberai seul... Et mon pays, un jour, Bénissant mes malheurs, comprendra mon amour!