‹ L'école des marisChapitre 18 sur 60 · SGANARELLE, VALÈRE, ERGASTE · texte numérisé non relu

SGANARELLE, VALÈRE, ERGASTE

SGANARELLE se croyant seul. O trois et quatre fois béni soit cet édit

Par qui des vêtements le luxe est interdit !

Les peines des maris ne seront plus si grandes,

Et les femmes auront un frein à leurs demandes.

Oh! que je sais au roi bon gré de ces décris!

Et que, pour le-repos de ces mêmes maris,

Je voudrais bien qu'on fit de la coquetterie

Comme de la guipure et de la broderie!

J'ai voulu l'acheter l'édit expressément

Afin que d'Isabelle il soit lu hautement;

Et ce sera tantôt, n'étant plus occupée,

Le divertissement de notre après-soupée.

(Apercevant Valère.)

Enverrez-vous encor, monsieur aux blonds cheveux,

Avec des boîtes d'or des billets amoureux?

Vous pensiez bien trouver quelque jeune coquette,

Friande de l'intrigue et tendre à la fleurette :

Vous voyez de quel air on reçoit vos joyaux.

Croyez-moi, c'est tirer votre poudre aux moineaux :

Elle est sage, elle m'aime, et votre amour l'outrage.

Prenez visée ailleurs et troussez-moi bagage.

VALÈRE. Oui, oui, votre mérite, à qui chacun se rend,

Est à mes voeux, monsieur, un obstacle trop grand ;

Et c'est folie à moi, dans mon ardeur fidèle,

De prétendre avec vous à l'amour d'Isabelle.

SGANARELLE, Il est vrai, c'est folie.

VALÈRE. Aussi n'aurais-je pas

Abandonné mon coeur à suivre ses appas,

Si j'avais pu prévoir que ce coeur misérable

Dût trouver un rival comme vous redoutable.

SGANARELLE. Je le crois.

VALÈRE. Je n'ai garde à présent d'espérer :

Je vous cède, monsieur, et c'est sans murmurer.

SGANARELLE. Vous faites bien.

VALÈRE. Le droit de la sorte l'ordonne;

Et de tant de vertus brille votre personne,

Que j'aurais tort de voir d'un regard de courroux

Les tendres sentiments qu'Isabelle a pour vous.

SGANARELLE. Cela s'entend.

VALÈRE. Oui, oui, je vous quitte la place :

Mais je vous prie au moins, et c'est la seule grâce,

Monsieur, que vous demande un misérable amant

Dont vous seul aujourd'hui causez tout le tourment ;

Je vous conjure donc d'assurer Isabelle

Que, si depuis trois mois mon coeur brûle pour elle,

Cet amour est sans tache, et n'a jamais pensé

A rien dont son honneur ait lieu d'être offensé.

SGANARELLE. Oui.

VALÈRE. Que, ne dépendant que du choix de mon âme,

Tous mes desseins étaient de l'obtenir pour femme,

Si les destins, en vous qui captivez son coeur,

N'opposaient un obstacle à cette juste ardeur.

SGANARELLE. Fort bien.

VALÈRE. Que, quoi qu'on fasse, il ne lui faut pas croire

Que jamais ses appas sortent de ma mémoire ;

Que, quelque arrêt des cieux qu'il me faille subir,

Mon sort est de l'aimer jusqu'au dernier soupir;

Et que, si quelque chose étouffe mes poursuites,

C'est le juste respect que j'ai pour vos mérites.

SGANARELLE. C'est parler sagement; et je vais de ce pas

Lui faire ce discours qui ne la choque pas :

Mais, si vous me croyez, tâchez de faire en sorte

Que de votre cerveau cette passion sorte.

Adieu.

ERGASTE à Valère. La dupe est bonne.

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