ACTE I , SCÈNE V
SGANARELLE. Encor I que de coups de chapeau 1 ISARELLE. C'est l'unique moyen de me rendre contente. SGANARELLE. Tu le seras dans peu.
ISABELLE. Je sais qu'il est honteux
Aux filles d'expliquer si librement leurs voeux. SGANARELLE. Point, point.
ISABELLE. Mais, en l'état où sont mes destinées,
De telles libertés doivent m'être données;
Et je puis, sans rougir, faire un aveu si doux
A celui que déjà je regarde en époux.
SGANARELLE. Oui, ma pauvre fanfan, pouponne de mon âme. ISABELLE. Qu'il songe donc, de grâce, à me prouver sa flamme. SGANARELLE. Oui : tiens, baise ma main.
ISABELLE. Que sans plus de soupirs
Il conclue un hymen qui fait tous mes désirs,
Et reçoive en ce lieu la foi que je lui donne
De n'écouter jamais les voeux d'autre personne. (Elle fait semblant d'embrasser Sganarelle et donne sa main à baiser
à Valère. ) SGANARELLE. liai, liai, mon petit nez, pauvre petit bouchon,
Tu ne languiras pas longtemps, je t'en répond.
(A Valère.)
Va, chut. Vous le voyez, je ne lui fais pas dire,
Ce n'est qu'après moi seul que son âme respire. VALÈRE. Hé bien ! madame, hé bien ! c'est s'expliquer assez :
Je vois par ce discours de quoi vous me pressez;
Et je saurai dans peu vous ôter la présence
De celui qui vous fait si grande violence.
ISABELLE. Vous ne me sauriez faire un plus charmant plaisir;
Car enfin cette vue est fâcheuse à souffrir,
Elle m'est odieuse; et l'horreur est si forte... SGANARELLE. Hé! hé !
ISABELLE. Vous offensé-je en parlant de la sorte?
Fais-je...
SGANARELLE. Mon Dieu! nenni, je ne dis pas cela :
Mais je plains, sans mentir, l'état où le voilà ;
Et c'est trop hautement que ta haine se montre. ISABELLE. Je n'en puis trop montrer en pareille rencontre.
VALÈRE. Oui, vous serez contente; et dans trois jours vos yeux
Ne verront plus l'objet qui vous est odieux.
ISABELLE. A la bonne heure. Adieu.
SGANARELLE à Valère. Je plains votre infortune :
Mais...
VALÈRE. Non, vous n'entendrez de mon coeur plainte aucun->:
Madame assurément rend justice à tous deux,
Et je vais travailler à contenter ses voeux.
Adieu.
SGANARELLE. Pauvre garçon ! sa douleur est extrême.
Venez, embrassez-moi, c'est un autre elle-même.
(Il embrasse Valère.)