ADRIEN, OSCAR
ADRIEN, MilraBI l»r I* f»»A.
Ah ça, d’où vous vient doue, cher Oscar, cette joie? oscar.
Si vous saviez!... un chat qui va saisir sa proie.
Un joueur qui retourne un roi quand il le faut.
Un poète qui rime un sonnet sans défaut.
L’actionnaire auquel on paie lin dividende,
Eprouvent. J'en suis siïr, une ivresse moins grande Que la mienne!
ADRIEN
Cela ne me dit pas encor Quel bonheur en vos yeux a mis ces rayons d'or.
OSCAR
L’amour, mon cher !
ADRIEN
Ah bail! quelque beau mariage Que votre mère aura tramé pour vous.... C'est sage, C'est Dès-bien.
OSCAR
Pas du tout! Me marier? avant D'avoir un peu livré mon existence au vent?...
Aller mettre en un port, à l'abri des ternîtes.
Un cœur qui n’a pas eu ses tourments et ses fêtes!
Ohl nou pas!....
ADRIEN
Mais, alors....
OSCAR,
C'est au fruit défendu
Que je prétends goûter!
ADRIEN
Ai-je bien entendu?
OSCAR
J'aspire à ce trésor qu’en souverain arbitre,
Un mari nous fait voir, chez lui. sous une vitre :
Là, comme en un musée, on lit à chaque pas.
Sur l'écrileau fatal, ces mots : « Ne touchez pas! •*
Et pour moi, je l’avoue, une telle défense Me donne des instincts de désobéissance!
ADRIEN
Beaux principes!
DigKiseé
Ll&OLtt ÜliS MENAGES.
OSCAR
Jugez si le sort est pour moi,
Ma présence, au mari, ne cause aucun émoi :
Il m'adore!...
Al» RI EX, KiiUMaf.
Tant pis! — Et la femme?
OSCAR
La femme,
A l'amour vrai, u'a pas encore ouvert son à me ;
Je la crois un peu... simple....
ADRIEN, iWmiI a ilmile .1* la i»M».
Est-ce que Dubuisson
Aurait deviné ?...
OSCAR
Hein?
Ali! mon pauvre garçon.
Si c'est possible encor, fuyez une entreprise Où, la plupart du terni», notre avenir se brise!..,
OSCAR
Comment?
Vous vous lancez sur un terrain plissant,
Où, plus bas qu'il ne veut. l’ honnête lionune descend.
On accepte, en riant, ce rôle de l-éandre,
Sans savoir ce qu’un cœur loyal souffre à l'apprendre;
On croit qu’on va chanter, dans un galant trio,
La partie amoureuse cl pleine de brio,
Que ce sera toujours fioriture», roulades,
Iteudez-vous au balcon, faciles escalades,
Amours de comédie, et tels qu'on les a vus
Dans ccs romans d'une heure, aux dénoûmenta prévus.
Où le gaz d'une rampe éblouissante éclaire En tuteur unissant Isabelle et Valèrc.
Erreur !
OSCAR
Pourtant...
ADRIEN
Erreur !... Je sais qu’on peut avoir impunément trahi l'amitié, le devoir.
Sans qu’un blâme du monde autour de vous circule;
Mais ou n'en est pus moins infime... cl ridicule!
OSCAR
Infâme ., permettez!...
Plus infime cent fois
Qu'un misérable qui vous vole au coin d’un boi» :
L’un vous prend votre argent, au risque des galères; L'autre vous prend la vie !... cl les lois tutélaires, Gardiennes de l'honneur sacré de la maison,
Le condamnent, au plus, à deux ans de prison ! n m »*•.
OSCAR
Oh! c’est le maximum... m rement on l’applique. adrif.x.
Encor!... si le bonheur, argument sans réplique,
Résultait du contrat et tacite et bâtard Des ménages à trois — non ' — l 'amant, tôt ou tard. Voudra rompre à tout prix!... car, dans cette existence. Le plus heureux des trois n’est pas celui qu'oti pense! Souvent, pour un regard, un mot... à votre front,
Tons lestera delà honte, en rougeurs, se peindront;
Et lorsque, maudissant le joug de la contrainte.
Vous sentirez au cœur le frisson de laciainte;
Que voire sang, rapide ou glacé tour à tour.
Vous aura fait vieillir d’une innée, en un jour;
Quand la femme, obligée aux ruses criminelles,
Ange déchu, pour vous, aura brisé ses ailes.
Vous lui direz : » l.'annenu que j’ai mis à nn main, h Je l’ôle !... c’est lissez d'un jour... sans lendemain. «
A votre insu, l'anneau <• ir-i informait en chaîne El l’amour, sous son poid», devenait de la haine!
Quel effrayant tableau !
ADRIEN
J'admets que votre amour '
Ait conservé pourtant l’élan du premier jour;
Vous avez rencontré cette femme divine Qu’en scs rêves dorés, l’Ame ardente devine;
C’est l'ombre blanche et pore, aux longs voiles flottant». Qui traverse toujours nos songes, à vingt ans;
Sa bouc I h» ne sait pas une parole amère,
Elle est plusqu une sœur, elle est plus qu'une mère,
Elle réunit tout: ïula fois mère et sœur,
C'est un ange!... sa voix, d’une extrême douceur,
Vous pénètre ; ses liras à votre cou s'enlacent. Et jamais scs baisers prodigués ne vous lassent.
OSCAR
A la bonne heure!
ADRIEN
Elle a toutes les finalités;
Tous les trésors du cœur et toutes les DeRutés!...
Eh bien! je vous le dis, plus elle aura de charmes,
El plus votre bonheur vous coûtera de larme»;
Pleurs amers qu’il faudra dévorer devant tous,
Car un amant n'a pas le droit d'être jaloux;
Il vous faudra la voir, celte épouse- maîtresse,
Evitant sou mari, redoutant sa tumlrcsse.
Et craignant un baiser do lui, comme un ufTront,
Lui doimer ses cheveux, pour vous garder sou front Oh! ce sont, croyez- moi, Je tristes comédies!
Le dégoût suit de près toutes ce - perfidies,
Et le même mépris a vile enveloppé Et la femme qui trompe et le mari trompé.
A ce jeu criminel, l’ainour perd son prestige:
Une femme tombée est une fleur sans tige'...
Mais si quelque chose est plus navrant, c’est de voir L’huiume à qui Dieu donna la force, le pouvoir, Jouer, innocemment, ce triste personnage.
Où la honte grandit chaque jour, avec l'age.
Non, je ne connais rien qui soit plus écœurant Que de voir cet époux descendu ue son rang,
Tendre une main loyale à son rival occulte,
Et, comme un pauvre fou. sourire à qui l'insulte.
— Que faire alors?... Afin d'étouffer, dans son cœur. Un remords qui pourtant reste toujours vainqueur, L’amaiit donne sa vie entière à ces deux êtres ;
La femme et le mari, deux inflexibles maîtres;
Il se fait leur esclave!... et le malluureux croit Que sa dette si lourde üi chaque effort décroît ;
Enfin il s’imagine en être quitte!... Il songe Au bonheur légitime. A l’arnour sans mensonge; Voyageur altère, tombé sur le chemin,
II voit un fruit qu'il peut atteindre avec la main;
Un tel espoir lui rend la force et le courage.
Il fait plier la branche., et rien!... c’est un mirage! Fantôme de bonheur qui, pour un jour, a lui.
Car sa faute se dresse entre son rêve et lui!
It i’utitd à droite.
OSCAR
Concluons' Il s'ensuit que tout jeune homme honnête Doit vivre, selon vous, comme un anachorète, Jusqu’au jour, par le sort fatalement marqué.
Où, flans le mariage, il se trouve embarqué!
Merci du conseil !
i ADRIEN.
Ah! jeunesse opiniâtre!.*..
OSCAR
Sans me brûler, je veux me réchauffer â l'être,
Sans craindre le filet, papillon, voltiger;
Être aimé, sans lien; amoureux, sans danger!...
Jusqu à 00 qu'ltlW nia unique me propose Son cœur, avec sa dot, dans son tablier rose!
ADRIEN
Dieu! quelle illusion, mon pauvre Oscar !...
OSCAR
Tenez,
Vous me faites l'effet d’avoir sur votre nez Des lunettes — avec leur garniture en soit»
Verte ! — interceptant bien l’air, le jour et la joie... Or, d’un voile absorbant, p«nr vous, tout est couvert : Tandis que je vois rose ou blanc. . vous voyez vert!
Je crains fort je l’avoue, un tel effet d'optique,
Et votre opticien n aura pas ma pratique.
ADRIEN
De iuo» expérience, enfant, profitez!
OSCAR
Je m'en garderai bien!
Mais,
ADRIEN
Pourquoi cela?
pSCAR.
Jamais!
A ints illusions, faiblesse singulière,
Je tiens autant, je crois, nu à l'arbre tient le lierre.
Avec lin tel système, on dirait sur* le* champ.
Au soleil du malin : « Deviens soleil couchant, »
Au bourgeon : « Deviens fruit sans être fleur. « An drame : « Dis-moi ton àéiioùmcnt, avant tout ! n A la femme :
« Soi» graud’mère d’abord, avec des cheveux blanc ,
L'ÉCOLE l>KS MKNACK8.
«» tue canne à corbi» et dos membres tremblant*,
» Prends du tabac ! « Laissons le ciel faire les choses,
El nous, no demandons au printetiqu que des roses !