‹ L'école des RobinsonsChapitre 16 sur 38 · DE PLUS EN PLUS · texte numérisé non relu

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La présence d'un fauve redoutable dans l'île Phina, c'était là, on en conviendra, de quoi préoccuper au plus haut point ceux que la mauvaise fortune y avait jetés.

Godfrey, — peut-être eut-il tort, — ne crut pas devoir cacher à Tartelett ce qui venait de se passer.

« Un ours ! s'écria le professeur en regardant autour de lui d'un œil effaré, comme si les environs de Will-Tree eussent été assaillis par une bande de ces fauves. Pourquoi un ours? Jusqu'ici il n'y avait pas eu d'ours dans notre île! S'il y en a un, il peut s'en trouver plusieurs, et même un grand nombre d'autres bêtes féroces : des jaguars, des panthères, des tigres, des hyènes, des lions ! » •

Tartelett voyait déjà l'île Phina livrée à toute une ménagerie en rupture de cage.

Godfrey lui répondit qu'il ne fallait rien exagérer. Il avait vu un ours, c'était certain. Pourquoi jamais un de ces fauves ne s'était-il montré jusqu'alors, quand il parcourait les forêts de l'île, cela, il ne pouvait se l'expliquer, et c'était véritablement inexplicable. Mais, de là à conclure que des animaux féroces, de toute espèce, pullulaient maintenant dans les bois et les prairies, il y avait loin. Néanmoins il conviendrait d'être prudent et de ne plus sortir que bien armé.

Infortuné Tartelett ! Depuis ce jour commença pour lui une existence d'inquiétudes, d'émotions, de transes, d'épouvantes irraisonnées, qui lui donna au plus haut degré la nostalgie du pays natal.

a Non, répétait-il, non ! S il y a des bêtes... j'en ai assez, et je demande à m'en aller ! »

Il fallait le pouvoir.

Godfrey et ses compagnons eurent donc, désormais, à se tenir sur leurs gardes. Une attaque pouvait se produire non seulement du côté du littoral et de la prairie, mais aussi jusque dans le groupe des séquoias. C'est pourquoi de sérieuses mesures furent prises pour mettre l'habitation à l'abri d'une agression subite. La porte fut solidement renforcée, de manière à pouvoir résister à la griffe d'un fauve. Quant aux animaux domestiques, Godfrey aurait bien voulu leur construire une étable, où on aurait pu les renfermer, au moins la nuit, mais ce n'était pas chose facile. On se borna donc à les maintenir, autant que possible, aux abords de Will-Tree dans une sorte d'enclos de branchages, d'où ils ne pouvaient sortir. Mais cet enclos n'était ni assez solide, ni assez élevé pour empêcher un ours ou une hyène de le renverser ou de le franchir.

Toutefois, comme Carèfinotu, malgré les insistances qu'on lui fit, continuait à veiller au dehors pendant la nuit, Godfrey espérait toujours être à même de prévenir une attaque directe.

Certes, Carèfinotu s'exposait en se constituant ainsi le gardien de Will- Tree ; mais il avait certainement compris qu'il rendait service à ses libérateurs, et il persista, quoi que Godfrey pût lui dire, à veiller, comme à l'ordinaire, pour le salut commun.

Une semaine se passa sans qu'aucun de ces redoutables visiteurs n'eût paru aux environs. Godfrey, d'ailleurs, ne s'éloignait plus-de l'habitation, à moins qu'il n'y eût nécessité. Tandis que les moutons, les chèvres et autres paissaient dans la prairie voisine, on ne les perdait pas de vue. Le plus souvent, Carèfinotu faisait l'office de berger. Il ne prenait point de fusil, car il ne semblait pas qu'il eût compris le maniement des armes à feu, mais un des couteaux de chasse était passé à sa ceinture, une hache pendait à sa main droite. Ainsi armé, le vigoureux noir n'eût pas hésité à se jeter au devant d'un tigre ou de tout autre animal de la pire espèce.

Cependant, comme ni l'ours ni aucun de ses congénères n'avaient reparu depuis la dernière rencontre, Godfrey commença à se rassurer. Il reprit peu à

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