ACTE IV, SCÈNE III. ia
LE DUC
Et l’on me porte envie!
Et le plaisir lui seul semble remplir ma vie !
Doux et triste voyage où je vins me livrer A l’attrait du poison qui devait m’enivrer!
Ah ! qu’un premier amour a sur nous de puissance ! J’aimai.., c’était la grâce unie à l’innocence :
Naïve comme vous, elle charmait sans art.
Votre voix est la sienne ; elle avait ce regard ;
Et sa beauté, la vôtre à mes yeux la rappelle;
Mais non , plus jeune alors , elle était bien moins belle. Si sa grâce eût brillé de cet éclat vainqueur ,
Aurais-je pu cacher le trouble de mon cœur?
Mes traits, mes yeux, ma voix, tout jusqu’à mon silence Eût de ma passion trahi la violence;
Mais jeune, mais tremblant, la fuyant à regret, Peut-être moins épris, j’ai gardé mon secret.
Et depuis...
HORTENSE
Quel motif peut vous forcer encore ,
A renfermer l’aveu d’un amour qui l’honore ?
LE DUC
La peur de l'offenser m’a toujours retenu.
lu/, L’ÉCOLE DES VIEILLARDS ,
HORTENSE
Comment?
LE DUC
Tout mon malheur ne vous est pas connu.
Quel nom pour une épouse est plus beau que le vôtre?
LE DUC
La femme qui m’est chère est l’épouse d’un autre!
HORTENSE
Ciel!
LE DUC, vivement.
Et juste pourtant, j’estime , j’ai servi Cet heureux possesseur du bien qui m’est ravi.
Mais celle que j’aimai , je l’aime , je l’adore.
Le feu qui me brûlait aujourd’hui me dévore;
Elle me voit, m’entend, j’ai bravé son courroux; Oui, je tombe à ses pieds , je vous aime, c’est vous !
HORTENSE
Se peut-il? vous osez... muette a ce langage,
J’hésite , et doute encor qu’a ce point l’on m’outrage.
LE DUC
Pardonnez; cet aveu n’eut pas dû m’échapper.
Mais sur vos sentiincns j’eus droit de me tromper.