‹ L' école des vieillardsChapitre 96 sur 96 · ACTE V, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VII

Madame SINCLAIR.

Mais moi , ce qu’il m'apprend me chagrine et m’étonne : Vous refusez, monsieur, la place qu’on vous donne?

HORTENSE

Ma mère, il a raison.

DAN VILLE

Et Bonnard doit sentir Que mon fds sans délai nous force à repartir.

Madame SINCLAIR, étonnée.

(A Hortcnsc.) (A Danvillc.)

J’admire ta sagesse! est-on plus raisonnable?

DANVILLE

Aussi je lui rendrai notre terre agréable :

Quelques petits concerts, deux bals dans la saison ,

(A Valentin.)

Tout sera pour le mieux; qu’en dis-tu mon garçon?

Et comment trouves-tu nos châteaux en Espagne?

VALENTIN

(A part.)

Superbes. Nous aurons Paris à la campagne.

Et mon ami Bonnard, s’il obtient un congé,

Arrive avec sa femme...

HORTENSE, à Bonnard.

Eh! quoi...

BONNARD, à DanviUe.

Bien obligé.

De tes réflexions j’ai la tête remplie ;

Epouser aussi tard femme jeune et jolie ,

Cela peut réussir, mais ce n’est pas commun.

Tu fus heureux, d’accord; sur mille on en trouve un. Quand je touche, Danvillc, au terme du voyage,

Dans un chemin douteux tu veux que je m’engage?

Ou d’autres ont glissé, je puis faire un faux pas,

Et tou ami Bonnard ne se mariera pas.

rrN DU CINQUIEME ET DERNIER ACTE.

NOTE

J’ai trouvé dans la plupart des journaux, qui ont rendu compte de ma comédie , une disposition favorable et un désir de me voir bien faire , dont je ne puis leur témoigner ma reconnaissauce qu’en faisant mieux. D’après leurs avis, mon ouvrage a subi quelques modifications. Avant qu’il ne fût joué , les conseils de mes amis m’avaient déjà fait retrancher quelques passages ; je n’en regrette qu’un seul , que je rétablis ici , parce qu’il me semble tenir essentiellement au sujet.

Ces vers faisaient partie du rôle de Danville au cinquième acte.

Ecoute-moi , Paris a pour toi mille appas :

Je n’en parlerai point en vieillard qui les fronde,

En mari sermoneur , mais en homme du monde ,

En ami; ce séjour, dont l’éclat l’aveuglait,

A la coquetterie ouvre un champ qui lui plaît.

NOTE

C’est en voulant régner que l’on s’y donne un maître : On fait plus d’un esclave, et l’on finit par l’étre.

Ce nœud formé dans l’ombre échappe rarement Au scandale public , son dernier châtiment ;

Et fût-il ignoré , va, le bonheur qu’il donne Cède au chagrin secret qui toujours l’empoisonne.

Un amant sans espoir est tendre et séduisant;

Mais dès qu’il est vainqueur son joug devient pesant.

Il venge tôt ou tard l’époux qu’il déshonore.

Celle qu’il a soumise en cédant lutte encore :

Ces combats , ces terreurs , cet éternel besoin De cacher son penchant, d’écarter un témoin , L’arrache par degrés aux soins de sa famille ;

Elle évite sa mère , elle éloigne sa fille.

Son bonheur domestique est à jamais détruit;

Le remords l’accompagne et la honte la suit;

Elle rougit au nom de la femme infidèle Qu’un cercle indifférent immole devant elle.

Ainsi trompant toujours sans pouvoir se tromper,

En vain à son mépris elle veut échapper,

Dans le monde ou chez elle en vain cherche un refuge, Et seule avec soi-même elle est avec son juge....

Tu crains peu ce malheur; mais pourquoi l’affronter? Hortense , épargne-toi le soin de résister.

NOTE. 167

Plus un cœur est honnête , et moins il prend d’alarme; S’il brave en se jouant un piège qui le charme,

Il en voit les périls quand il vient d’y tomber:

Qui s’expose toujours doit enfin succomber.

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