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Moyenne de toute la I France
NOMBRE SUR 100 DBS CONSCRITS ILLETRÉS
de
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de
de
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Mais, dit-on, il n'y a qu'à prendre patience. Nous sommes en progrès, et le progrès continuant, nous arriverons en quelques années, sans recourir à aucune mesure extraordinaire, ànous mettre au niveau de l'Autriche et de la Prusse.
Nous ne contestons pas le progrès, qui, d'ailleurs, est évident. Le nombre des mariés ne sachant pas signer est de 33,42 en 1866, ce qui est déplorable. Six ans auparavant, la proportion des illettrés était plus forte; elle était de 37,56. Il y a donc un progrès, d'accord ; mais on en mesure de l'œil la lenteur. Pendant ces six années, où l'on a gagné si peu, on a multiplié les efforts, car jamais l'impulsion ne fut plus énergique. Et voilà tout le résultat ; nous en sommes, en fin de compte, à 33,42 pour 100 : ce n'est guère plus d'un tiers. Le progrès se manifeste avec la même lenteur et la même régularité dans les tableaux de la conscription.
En 1833, à l'époque où la loi sur l'instruction a été faite, le nombre des ignorants était de 45,7 sur 100. Vingt ans après, en 1854, c'est-à-dire quand l'effet des nouvelles écoles pouvait déjà se faire sentir, la proportion était de 32,4 sur 100 *. Elle était de 27,4 en 1862; et enfin, nous trouvons en 1867 : 23,0; en 1868 : 21,04; en 1869 : 20,16. Ici encore, voilà un progrès continu,
* « Les statistiques révèlent que le chiffre des consente ne sachant ni lire ni écrire ne diminue pas en proportion de l'élévation progressive du nombre des enfants reçus dans les écoles. « Exposé de la situation de ? Empire. Nov 1868. P. 60.
Mais n'est-il pas injuste, cruel, presque odieux, de nous parler, en pareille matière, de prendre patience, de compter sur le temps ? Le peuple parisien disait en 1848 qu'il avait trois mois de misère au service de la République : sait-on de combien il s'agit ici ? En trente ans nous avons été de 45 à 27 ; ce n'est pas, tant s'en faut, la moitié. Il faudrait donc, en supposant toutes choses égales, plus de trente ans pour arriver à la situation où est à présent la Prusse. Mais les choses ne sont pas égales : il n'y a plus de place pour créer. Nous ne sommes plus en 1833 ; nous ne voyons plus devant nous une carrière indéfinie. Nous avions, en 1834, 22,641 écoles ; nous en avions 32,964 en 1848, et en 1854, 51,840, c'està-dire beaucoup plus du double. Aujourd'hui, il n'en reste que bien peu à créer pour en avoir au moins une dans chaque commune. Quand même on créerait cette année toutes les écoles qui nous manquent, il n'en faudrait pas moins plus de trente ans pour achever la défaite de l'ignorance dans notre pays. Nonseulement on a créé des écoles, mais on a amélioré .les écoles anciennes ; les plus fervents amis de l'instruction primaire ne demandent pas pour l'avenir des améliorations plus radicales que celles qui ont été accomplies depuis trente ans. De toutes manières on fera moins dans les trente ans qui viennent que dans les trente ans qui finissent ; il est donc probable que le progrès ira moins vite. Faut-il rester malgré tout dans cette ornière, et consentir à cette in-
fériorité pour un nombre d'années si considérable ?
Qu'on y songe d'ailleurs : la partie de la population qu'il s'agit maintenant d'attirer et de convertir est bien autrement rebelle à l'instruction que celle qui a été conquise depuis 1833.
Le 12 décembre 1860, un arrêté du ministre de l'instruction publique établit un concours entre tous les instituteurs, sur l'état de l'enseignement et les réformes à introduire. Le concours ne produisit pas de grands résultats,, mais il peut être considéré comme une bonne enquête. Six mille mémoires furent envoyés, et la commission de jugement en retint mille cent seize. On a pris la peine d'en faire le dépouillement et de publier dans un ordre méthodique tout ce qu'ils contiennent de vœux ou de faits remarquables1. Presque tous les mémoires se plaignent des parents, de leur cupidité, de leur avarice, de leur indifférence. Trente instituteurs sur cent regardent l'indifférence des parents comme la cause principale du peu de progrès de l'instruction *. Les propos qu'ils entendent autour d'eux et qu'ils répètent avec amertume rappellent l'enquête de 1833 : On ne savait rien de cela autrefois, et on n'en était pas moins heureux 8. Mon fils en sait assez pour faire
* De P Ignorance des population ouvrières et rurale* de ta France, et de» causes qui tendent à la perpétuer, renseignement» rassemblés par M. Charles Bobert, maître des requêtes an conseil d'État. Montbéliard, 1863.
* De F Ignorance, etc., p. 2, en note.
* De V Ignorance, etc., Somme (o'est-à-dire renseignement fourni par ua Instituteur de la Somma),
comme moi1. Je n'ai jamais rien su; mon fils n'en saura pas davantage *. On n'a pas besoin de savoir lire pour cultiver la terre 8. Mon fils n'ira pas à l'école, parce que je n'y suis pas ailé. Je ne veux pas qu'il soit au-dessus de moi *. Je ne veux pas en faire un avocat •. — Quelquefois ce sont les conseils municipaux qui repoussent l'école comme une ohose inutile6. Les maires ne savent pas toujours lire7. Assurément cette opposition est moins fréquente qu'en 1833. Elle est partout repoussée, vaincue, anéantie dans les villes. Elle y est remplacée par le désir ardent de s'instruire. Elle a disparu d'une grande partie de la France; mais elle est bien forte, là où elle subsiste. Après les grands assauts qu'on a livrés depuis trente ans à la barbarie, il ne faut pas croire qu'on ait affaire désormais au même ennemi qu'autrefois. A mesure qu'on descend, on trouve et plus d'ignorance, et plus de misère, et plus d'obstination aveugle et farouche. Règle générale : moins on sait, moins on désire savoir. Un paysan qui, même sans savoir lire, a traversé une école, qui a vécu
* De l'Ignorance, etc., Nord.
1 De V Ignorance y etc., Eure-et-Loir.
* De r Ignorance, etc., Seine-Inférieure.
* De VIgnorance, etc., Basses- Alpes.
6 De V Ignorance, etc., Lot-et-Garonne.
* De V Ignorance, etc., Somme, Ardennes.
7 c Le maire étant chargé de dresser mie statistique vint me demander s'il ne devait point porter dans la colonne des juifs tons ceux qui n'allaient point & confesse. U se fondait sur ce que le curé répétait souvent au prône : c Ce tant de vrait Juifs, » De ^Ignorance, eto., Loire-Inférieure, p. 4.
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quelques mois ou quelques semaines avec d'autres paysans plus dégrossis, qui enfin se doute à peu près de ce que c'est qu'un livre, celui-là peut être entamé. Il a conscience de son infériorité, il en rougit, il désire en sortir; il veut au moins épargner à ses enfants cette honte, écarter d'eux cette cause de faiblesse. Un peu d'aisance produit à peu près les mêmes effets. Dès qu'on a un petit avoir à gérer, un compte à rendre ou à recevoir, ou seulement dès qu'on est capable de montrer dans un atelier de l'habileté professionnelle, on sent l'humiliation et les inconvénients de recourir sans cesse à autrui, on entrevoit la possibilité de monter à une situation meilleure, et en même temps la difficulté d'y parvenir sans instruction et surtout d'y tenir son rang et de s'y montrer l'égal des autres, si une fois on y parvenait. Mais dans une commune pauvre, où le sort parait invincible, où personne ne conçoit, même en rêve, l'idée d'une amélioration, où, de père en fils, on a vécu de travail manuel et de routine, dans l'ignorance la plus profonde, on ne pense au lendemain ni pour soi ni pour les autres, et Ton éprouve pou* les riches et pour les savants quelque chose de cette aversion irréfléchie dont les natures grossières poursuivent les étrangers. Il en est de même de l'abrutissement produit par le vice. L'abjection et l'inaction deviennent, dans certaines familles abandonnées de Dieu, comme un hideux héritage. On n'y connaît ni l'école, ni l'atelier, non pas même l'outil.
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On y fait de la mendicité une habitude d'abord, et ensuite une profession. On demande l'aumône, et on hait celui qui la donne. Les plus dépravés volent. Les moins lâches assassinent. Ront-ce là d'imperceptibles exceptions? On le dira, parce qu'il y a dans certains esprits comme une rage d'apologie éternelle. En vérité, on croirait voir des médecins qui nient la gangrène. Ouvrez donc, sans aller plus loin, les compte* rendus annuels de la justice criminelle. Vous ne connaissez de remèdes que le gendarme et l'aumône? Nous en avons un troisième, qui vaut mieux que le premier, et mille fois mieux que le second : c'est l'école.
Mais l'école, à elle seule, ne suffit pas sans l'enseignement obligatoire l.
* Excellente! paroles de Y Exposé de la situation de l'Empire pour Tannée 1863, p. 70. c II faut que le pays se pénètre bien de cette vérité, que l'argent dépensé pour les écoles sera épargné pour les prisons. >
c Deux faits considérables se produisent an sein de notre société : l'augmentation progressive de la population scolaire, qui s'est accrue, depuis 1848, d'un million d'enfants ; et la diminution de la criminalité qui, de 1847 à 1860, a baissé de près de moitié, ce qui oblige en ce moment même l'administration de l'intérieur à supprimer une maison centrale.
c Dans le département des Hantes-Alpes, la population a si bien pris l'habitude de donner l'instruction primaire à ses enfants, que les écoles sont pleines : mais la prison de Briançon a été vide plusieurs fois cette année. »