INTRODUCTION
récole primaire fribourgeoise sous Taocien régime.
Nous n'avons encore que des renseignements bien incomplets sur l'origine, le développement et l'organisation de l'enseignement primaire dans le canton de Frit)Ourg avant 1798 ^. Il est nécessaire cependant, pour l'intelligence de l'histoire de l'école fribourgeoise sous la République helvétique, que nous donnions tout d'abord «quelques notions sur l'école primaire de l'ancien régime.
L'instruction primaire naquit très tôt dans l'antique Ville et République de Fribourg. Fribourg posséda une école de garçons dès sa fondation peut-être (vers 1178), •certainement dès 1181. Elle est, par conséquent, en avance de soixante ans sur la ville de Berne, dont l'école est
1 L'histoire des écoles de la ville de Fribourg, des origines au XVIl"* siècle, a été écrite par M. Heinemann, bibliothécaire à Lucerne (Geschichte des Schui-und Bildungsleben im alten Freiburg bis !(um 77. Jahrhundert, Freiburg, iSgS); M. Heinemann se propose d'en publier la suite un jour, •que je souhaite n'être pas trop éloigné. Nous n'avons encore aucune notice sur la question fort intéressante et assez complexe de l'origine des écoles dans la campagne ; je souhaite pouvoir l'écrire quelque jour. Quant à la brochure de Berchtold, intitulée : Histoire de l'Instruction primaire dans Je canton de Fribourg (Fribourg, 1846), elle est plutôt un pamphlet qu'une histoire.
cependant comptée parmi les plus anciennes non seuler«ar>t Aa la Suisse, mais de toute l'Allemagne '. Elle est nble-t-il, la première ville de la Suisse et l'un? ères de l'Europe qui ait établi officiellement une quement destinée à l'éducation des filles, i5i4 ^. tites villes et les bourgs du territoire actuel du jrent aussi, de très bonne heure, leurs maîtres titrés : Morat dès le Xlll"" siècle déjà, Estavaver Romont en 1480, Bulle en 1484, Gruyères . Vers 1612, une certaine Sugniet «. apprend à ■vir Dieu aux filles des bourgeois » de Romont *. lines s'établirent à Estavaver en 1687 *. La femmeest régente, à Gruyères, en i652 ", es campagnes, par contre, les écoles féminines ; guère fondées avant le XIX"'^ siècle. L'institulettait dans sa classe les fillettes qui désiraient î à lire et à écrire. Quant aux écoles de garçons, qu'au XV1I"« siècle qu'elles commencèrent à
t la grande tourmente de la Réformaiion pour ir le pays fribourgeois de son indifférence en icolaire. Les promoteurs de la Contre- Réforme inton comprirent que l'un des meilleurs moyens inébranlablement les anciennes croyances danspopulations était une solide éducation chrétienne; ■quoi ce fut, dans nos campagnes, de 1680 à lySotoute une éclosion d'écoles. Le même motif relidésir d'éliminer les restes du catholicisme et de
consolider la foi nouvelle a déterminé, au XVII'"^ siècle encore, la fondation des écoles dans les contrées devenues protestantes du Lac ou de la Broyé.
Protestante ou catholique, Técole a, dès lors, son but et son caractère nettement définis : elle est avant tout une institution religieuse. Sans doute, elle veut bien accorder aux enfants la culture intellectuelle élémentaire; mais cette culture n'est jamais qu'une chose secondaire, accessoire. Le but principal, essentiel, unique presque, celui qui est indiqué avant tous les autres dans les actes de fondation, dans les règlements, etc., c'est la formation morale et religieuse de l'enfant. « Il est de la dernière importance, écrivaient, par exemple, dans leur testament (1776), les deux frères Castella de Gruyères, d'avoir une bonne école pour instruire les enfants dans la lecture et l'écriture, mais surtout pour leur apprendre dès le bas-âge à vivre en bons chrétiens » ^ Et le principal bienfaiteur de l'école fribourgeoise sous l'ancien régime, le Secret André Rossier, écrivait à son tour, en 1710 : «On ne saurait guère mieux et plus efficacement obvier [à la corruption du cœur causée et entretenue par l'ignorance de la religion, qui se forme principalement parce qu'on néglige d'en donner leurs premiers principes et les élémens aux enfans] que par l'établissement des maîtres d'école dont la principale obligation et devoir serait de faire à chaque fois que l'on tient l'école (outre le soin d'apprendre à lire et à écrire) des leçons de catéchisme et par là d'apprendre et imprimer aux enfans les principes de Notre Sainte Religion catholique, apostolique et romaine » ^.
Il était naturel que l'école naquît près de l'église, dont elle n'était qu'une dépendance; aussi, la première école
^ Deillon, VIII, 447.
- A. év.j Seminaria, 1710 (original du testament).
fut-elle une école paroissiale. Les communes, cependant, dont l'ensemble constituait la paroisse, se persuadèrent bientôt qu'il leur serait utile de posséder une classe dans 'eurs villages respectifs ; l'école paroissiale se scinda peu peu en écoles communales. Mais une école communale, ous l'ancien régime, ne supposait pas un instituteur attaché xclusivement à cette école; il arrivait fréquemment qu'un égent paroissial devait desservir trois ou quatre écoles ommunales; celui de Farvagny, par exemple, après avoir nseigné pendant deux heures à Farvagny -le-Grand, s'en Hait faire la classe pendant une heure et quart à Grenilles, ne demi-heure à Posât, deux heures et quart à Rossens '. L'instituteur fut généralement, dans les débuts du loins, un ecclésiastique, le curé, le vicaire, le chapelain. )e nombreuses chapellenies furent fondées vers la fin du lVII"^ siècle et le commencement du XVIII""'; parmi les bligations du bénéficier, la principale, celle qui avait éterminé la fondation, était l'obligation de faire l'école, -orsque l'on confia à des laïcs l'éducation primaire des nfants, l'école n'en devint pas « laïque » pour autant, au ens actuel du mot ; elle demeura essentiellement reliieuse. Mais comme le laïc ne présentait pas les mêmes aranties de savoir et d'orthodoxie que l'ecclésiastique, évêque l'obligeait à subir par devant lui ou par devant on Officiai un examen préalable. D'autre part, pour pouoir enseigner dans une école religieuse, il fallait être evêtu d'une autorité religieuse; le prêtre l'avait, mais non ; laïc; l'évêque seul pouvait la conférer; d'où ce droit du lacet que celui-ci se réserva toujours si jalousement.
Aussi bien, l'évêque est-il l'autorité suprême en matière :olaire. Non seulement il prescrit à ses curés de veiller sur les maîtres d'école, sur leur assiduité à donner leurs
' Enq., Farvagny.
leçons, sur la fréquentation que doivent faire les enfants » S non seulement il leur ordonne de visiter souvent l'école, de procéder à un examen sérieux quatre fois par an; mais, dans ses visites pastorales, il s'assure de ses propres yeux du bon état des salles, de la moralité et de la science de rinstituteur, de l'application des écoliers. Les fonds scolaires sont assimilés aux fonds ecclésiastiques. L'évêque accepte les legs, en règle et en contrôle l'emploi. Il vire même en faveur d'écoles pauvres certaines rentes ecclésiastiques, celles de la chapelle de Monban, par exemple, en faveur de Rossens *, virement qui n'est autorisé que d'oeuvre pie à œuvre pie.
Cette autorité, l'État lui-même la reconnaît et la respecte. Il décrète que les instituteurs du canton « devront, avant que d'être nommés, se présenter par devant les examinateurs qui seront établis par le Révérendissime Évêque et ne pourront être agréés comme maîtres d'école sans produire une attestation des dits examinateurs comme quoi ils auront été trouvés capables » ^. Lui-même requiert l'assentiment épiscopal dans les nominations des régents de la ville, comme aussi dans les modifications apportées aux règlements. L'évêque fait, de droit, partie de la Chambre des écoles de la ville, établie en lySi, et les séances importantes de ce Conseil scolaire se tiennent à l'évêché.
Cette autorité de l'évêque, cependant, pour être suprême, n'est pas exclusive. L'État, d'abord, s'est réservé une certaine part de surveillance. Un concordât, passé entre les deux parties et promulgué le 14 janvier 1749, déterminait les compétences des deux pouvoirs. En vertu de ce contrat, dans chaque paroisse, le curé, représentant de l'évêque,
^ A. év., Constitutiones synodales (Circulaire de Mgr de Moiitenach, 1778).
' Deillon, X, 492.
^ Mandat du 14 janvier i 749.
était secondé par deux « sous-inspecteurs », représentants de l'État, noninnés par les baillifs ou les bannerets. Les paroisses ou les communes, ensuite, jouissent d'une juridiction scolaire, limitée sans doute, mais devenue très effective depuis que la multiplication des écoles a déterminé l'introduction de nombreux instituteurs laïques; c'est la paroisse ou la commune, en effet, qui agrée ou congédie l'instituteur laïque ; c'est elle qui lui fournit son traitement; c'est elle qui, de concert avec le curé et les inspecteurs, surveille sa conduite et son enseignement; de cette autorité, le conseil communal ou paroissial en usera largement et parfois tyranniquement.
. Mais la fondation et l'organisation des écoles campagnardes sont surtout l'œuvre du clergé, — ou de laïcs,.. mais faisant œuvre religieuse; comme le proclame un témoin peu suspect, le D^ Berchtold, « c'est au clergé que la campagne doit toute l'instruction qu'elle avait alors » ^. Et c'est ce qui expliquera l'insistance tenace avec laquelle le clergé revendiqua dans la suite commedroits dûment acquis ce que ses adversaires proclamaient être privilèges abusifs.
Cette fondation et cette première organisation des écoles absorbèrent toute l'attention du pays. Pour ouvrir une classe, il faut un maître, une salle et des écoliers; on tâche de trouver un maître, d'aménager une salle, d'obliger les écoliers à se présenter régulièrement en classe. Mais de la formation et de la science de ce maître, du matériel scolaire et en particulier des livres, de la discipline et du progrès des écoliers, on ne se soucie encore que fort peu. Nous espérons pouvoir dire quelque jour en une autre étude, avec tous les détails nécessaires, ce qu'étaient l'organisation matérielle, l'instituteur et l'enseignement sous l'ancien régime-
^ Émulation, 1843, p. 26,
Or, à cette organisation, rudimentaire et imparfaite ^ans doute, mais spontanée, créée par le besoin, adaptée à la réalité concrète, collective et anonyme, qui ne demandait pour se développer et se parfaire que l'impulsion et la direction d'une vigoureuse intelligence, on a substitué de force et d'un seul coup une organisation fabriquée à la hâte, de toutes pièces, dans le cerveau d'un seul homme, d'après un plan idéal. Et si j'ajoute que cette nouvelle organisation tendait à confisquer au profit de l'État cette autorité que la Contre-Réforme avait accordée à l'Église -dans les écoles de notre canton; qu'à l'école « ecclésiastique » et « religieuse », elle tendait à substituer l'école « laïque » et « neutre », on ne s'étonnera pas des perturbations et des conflits dont est faite en grande partie l'histoire de l'instruction primaire dans le canton de Fribourg sous la République helvétique.
Cette histoire, nous la raconterons de notre mieux, d'après les documents officiels surtout, que nous citerons abondamment. Nous essayerons de ne point l'isoler de l'histoire de l'organisation scolaire de THelvétie entière, puisque les « unitaires » de 1798 tâchèrent d'englober l'école aussi dans cette centralisation à outrance qui est la marque distinctive de cette période. Cette centralisation, d'ailleurs, n'exista guère que sur le papier et dans les cartons helvétiques. Les gouvernants furent trop absorbés par les multiples difficultés que l'on sait, pour s'occuper beaucoup de l'école. Malgré quelques décrets des divers Conseils exécutifs, malgré quelques directions officielles ou officieuses, les Conseils d'éducation agirent, chacun dans son canton, comme ils l'entendaient.
Mais nous tenons tout d'abord à exprimer notre très vive et très respectueuse gratitude à ceux qui nous ont dirigé et encouragé dans ce travail, à nos maîtres de l'Université de Fribourg, et spécialement à M. D^ A. Bûchi,
rofesseur d'histoire suisse, qui a, avec tant d'amabilité, lis à notre disposition les ressources de sa compétence. [ous voudrions aussi pouvoir dire tout ce que nous devons M. R. Horner, professeur de pédagogie, que la mort ient d'enlever si brusquement à l'Université et au canton. 'est lui qui nous a indiqué l'intérêt d'une étude sur l'école ibourgeoise sous la République helvétique. Avons-nous esoin de faire mention de M. J. Schneuwly, archiviste 'État, qui s'est livré à notre intention à de longues et fasdieuses recherches ? Tous ceux qui ont dû recourir à son mple érudition, et spécialement les étudiants de l'Univerté, sont unanimes à témoigner de son inépuisable biensillance ; il deviendrait vraiment banal de le remercier, si imais la reconnaissance pouvait devenir chose banale.