‹ L'économie nouvelleChapitre 8 sur 59 · L ETUDE DES PROBLEMES ECONOMIQUES · texte numérisé non relu

L ETUDE DES PROBLEMES ECONOMIQUES

l'esprit règne et gouverne. L'esprit; je dis : l'esprit qui crée des pensées, des images, des représentations du monde passé ou futur, qui invente l'avenir, et dirige l'homme et les peuples. Mais l'esprit qui souffle contre les lois du monde conduit l'homme et les peuples à la ruine et la mort; l'esprit qui souffle selon ces lois porte l'homme et les peuples vers la vie et la prospérité. Qui connaît ces vérités connaît sa liberté et ses conditions, son pouvoir et ses limites. Ni le sort contraire, ni les événements décevants ne l'arrêteront ni ne l'abattront. Une pensée claire, une vision d'avenir l'habitent : il sait que sa volonté vaincra et lui soumettra la fortune.

Ainsi pouvons-nous demeurer le cœur ferme devant le chaos de l'Europe nouvelle. Quiconque a l'idée de la mission de la France ne sentira pas le sol se dérober sous ses pieds. Nationalismes exaspérés, mouvements sociaux destructeurs, il n'y a rien là qui puisse nous donner ce vertige où sombrent les esprits qui doutent. Ne nous demandons pas où nous allons, en cherchant où nous portent les événements. Nous irons où nous voudroas, avec l'aide de Dieu et le secours de la raison. Mais ce ne sera pas sans savoir où nous sommes, où sont les forces

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contraires qu'il nous faut vaincre pour aller vers la grandeur que nous cherchons. Comme une armée en marche, nous avons à reconnaître le terrain, la force des armes qui nous sont hostiles et l'esprit qui les anime.

A l'issue de la première partie de la Grande Guerre, le monde est secoué par des mouvements économiques et sociaux d'une fréquence et d'une profondeur telles que certains y voient les signes d'une grande guerre sociale succédant à la guerre des nations. L'internationale ouvrière déclarerait la guerre à l'internationale capitaUste et particuUèrement au capitalisme anglo-saxon auquel serait subordonné le capitalisme français. Ce serait l'aboutissement de la lutte des classes que Karl Marx a dit être la grande loi du mouvement historique.

Devant l'annonce d'une telle nouvelle, les uns sont saisis par la peur, les autres par l'enthousiasme messianique. La peur conduit les premiers à céder devant toute menace révolutionnaire ou à réclamer les plus violentes répres-

LA PRETENDUE LUTTE DES CLASSES. ag

sions. Les moins tremblants et ceux qui se croient habiles pensent que des concessions faites en temps utile retarderont l'échéance de la révolution, qui viendrait ainsi après eux; tous ces malheureux esprits croient au caractère fatal de l'évolution du monde vers le socialisme. Il est heureusement d'autres hommes qui conservent leur liberté d'esprit devant ces sursauts de l'Europe et qui ne les regardent pas comme les signes précurseurs de la venue d'un dieu nouveau. Ayons la tête froide pour faire le travail de reconnaissance nécessaire. Nous nous échaufferons plus tard, au moment de l'assaut. Mais il est essentiel que nous examinions la situation avec sérénité, si nous voulons nous donner des directions utiles et d'heureuses formations. Toute notre action sera subordonnée aux résultats de notre reconnaissance. Y a-t-il lutte de classes.^ Il faut nous former en classes, et en classes internationales. La lutte des classes est-elle une fable? Nous renforçons nos formations nationales et nous nous donnons, à l'intérieur, l'organisation économique et sociale qui découle de la solidarité nationale entre les groupes de la nation. Une erreur de jugement peut nous entraîner au désastre, si elle nous fait prendre les armes contre qui nous ne devons pas les lever.

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Terreur panique des uns, espérance délirante des autres aux bruits qui viennent des steppes, folies égales ! Que ce mouvement venu du Nord se propage, et ce pourrait être la chute de l'Europe dans une nouvelle nuit barbare. Mais ce n'est point là ni le déclenchement de la guerre sociale, ni l'aube de la révolution prolétarienne. Que le bolchevisme ait été déchaîné au nom de la lutte des classes, vérité! Qu'il soit un mouvement prolétarien, issu de la lutte des classes, mensonge ! Qu'il se soit répandu en Europe sous le couvert de la solidarité ouvrière, évidence. Qu'il soit l'expression des mouvements ouvriers, erreur. Qu'il gouverne au nom du prolétariat international, vérité de fait. Mais qu'il soit une dictature ouvrière, gouvernant au profit d'une classe ouvrière, mensonge, duperie, artifice de carnaval.

Que cette expérience proche de nous, contemporaine, nous serve de premier enseignement. Ce mouvement que l'on nous présente comme un mouvement de classe, reposant sur la lutte des classes, établissant sur tout un pays la dictature du prolétariat, ce n'est qu'une aventure politique de même nature que les aventures pohtiques qui ont ensanglanté l'Europe. Conduit par des hommes issus de toutes les classes

sociales, soulevé et soutenu par des passions ethniques, il aboutit à une dictature strictement militaire, appuyée sur des éléments non-nationaux (Lettons et Chinois) mêlés à des éléments nationaux (gardes rouges russes) formés avec des hommes à haute paye, exactement comme les troupes d'hommes soldés des aventuriers de toute époque. Cette guerre dite sociale n'est qu'une guerre civile, mais dont les proclamations" sont faites au nom des dogmes sociaux marxistes, et qui utilise pour sa réussite les passions sociales, comme, au surplus, tous les conducteurs de guerre civile l'ont fait, sincèrement ou par calcul ; comme tout chef de bande le faisait auprès des paysans soumis au seigneur qu'il attaquait.

Que les chefs du bolchevisme russe aient voulu faire la révolution sociale, ou qu'ils n'aient été que des aventuriers, le sens des mouvements russes demeure le même. Sous le couvert de la dictature du prolétariat, il n'y a qu'un gouvernement de guerre civile, où doctrinaires et aventuriers sont confondus, et qui, ayant gagné une certaine force, gouverne aussi bien contre la classe au nom de laquelle il prétend régner que contre celle qu'il a prétendu déposséder. Plus il dure, et plus ses actes deviennent de

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simples actes de gouvernement, semblables, bien que plus féroces, à ceux du tsarisme qu'il a renversé, et avec cette différence qu il les applique dans un pays qu'il a ruiné lui-même.

Ce sont là les résultats les plus visibles de la révolution russe, ceux qui sont connus de tous. Si l'on observe les faits moins connus, on distingue dans l'explosion, l'établissement et la propagation du bolchevisme une série de faits auxquels la volonté du prolétariat russe est étrangère, mais que la volonté de certains capitalismes étrangers a singulièrement servis. Que l'Allemagne, comme puissance belligérante, ait soutenu le bolchevisme pendant ses trois phases, ceci est incontestable et incontesté. Qu'elle le soutienne encore, la paix étant signée, alors qu'elle-même écrase chez elle son bolchevisme, le spartakisme, ceci révèle quel intérêt, comme puissance économique capitaliste, elle trouve à un régime qui anéantit l'économie industrielle de sa voisine. Que le groupe capitaliste judéoaméricain qui a si fortement agi sur la politique wilsonienne ait pour le bolchevisme des égards é^^Ldents et qu'il prenne des hypothèques sur les richesses de la terre russe, cela révèle comment les groupes capitalistes voient le bolchevisme comme un moyen de faire régresser une nation

à l'état politico-économique qui en fait une terre de colonisation ou une colonie d'exploitation.

En résumé, doctrines et visions d'intellectuels, appétits d'aventuriers, action politique et économique d'Etats ou de groupes capitalistes, voici les moteurs et les ressorts qui font jouer les ouvriers et les paysans russes. Où sont, dans cet affreux mélange, la lutte de classes, le mouvement de classes, la dictature du prolétariat? Exclusivement dans le vocabulaire de la révolution accomplie. Lénine, s'il est l'authentique marxiste que l'on dit, voit sa révolution conduire le peuple russe ou à la ruine ou à la servitude, sous le capitalisme germano-judéo-américain .

Aussi bien la lutte de classes est-elle une des plus lourdes erreurs de la sociologie marxiste; toute action basée sur ce dogme historique ne peut que conduire à la catastrophe, non point à la catastrophe qui transforme une société bourgeoise en une société prolétarienne, mais à la catastrophe qui transforme une nation prospère en une nation misérable. Je me garderai d'opposer à l'idée de la lutte de classes les arguments sentimentaux qui lui sont communément opposés. Que l'on dise de la lutte de classes qu'elle est odieuse, fratricide, monstrueuse, cela ne fait

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guère qu'une accumulation d'épithèles. Que l'on condamne la lutte de classes au nom des (( crimes abominables » de la Révolution russe, je demande ce qu'y gagnerait la vérité historique et la science politique, surtout lorsque cette condamnation est faite par les héritiers des Grands Ancêtres. Ce romantisme anti-socialiste est sans efficacité. Il est prélérable, il est plus juste de condamner la révolution russe parce que faite au nom d'une idée fausse, celle de la lutte de classes, elle se retourne contre le prolétariat qu'elle a cru servir.

Marx s'est trompé, et sa pensée a été génératrice de massacres aussi odieux qu'inutiles. C'est un des plus singuliers spectacles que de voir un mouvement historique engendré par la pensée d'un homme qui a fondé la doctrine du matérialisme historique : ce n'est pas la lutte de classes qui a fait agir le prolétariat russe : c'est le dogme, l'idée de la lutte de classes, l'idée de la révolution sociale (ce que Sorel nomme le mythe social), c'est ce dogme, cette idée, ce mytlîe, qui, maniés par des intellectuels et des aventuriers, ont soulevé les classes ouvrières et les ont soumises à la dictature du mihtarisme bolcheviste. Des événements d'une portée considérable ont été ordonnés par la doctrine d'un homme qui ne

voyait dans les doctrines que des expressions de mouvements. La doctrine reposant sur une erreur, la nation qui l'a subie est ruinée.

La première conclusion à tirer de l'expérience russe est que, si l'on veut lutter contre les mouvements dits de lutte de classes menés au nom du prolétariat, il faut diriger l'action non contre le prolétariat, mais contre ceux qui agissent sur son esprit pour se subordonner la force qu'il représente. Ce prétendu mouvement économique, c'est un mouvement idéologique. Ses chefs prétendent exprimer la volonté du prolétariat. Ils ne font qu'exploiter ses besoins et ses passions. La prétendue lutte des classes est menée, non point selon les intérêts des classes ouvrières, mais selon les directions de la doctrine des intellectuels marxistes. Les hommes qui voudront la combattre ne devront donc pas s'organiser en groupe de classe pour se dresser contre les classes ouvrières : leur mode de formation devra être intellectuel et politique; leur action devra viser le groupe intellectuel et politique qui fabrique et répand l'idéologie marxiste. Encore une fois : esprit contre esprit, et non classe contre classe.

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