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LA LIBÉRATION DE LA PRODUCTION

et au nom desquels il a le droit d'intervenir pour interdire les abus des individus et des collectivités. L'Etat responsable de la paix civile est obligé d'agir contre toute action économique qui tend à briser cette paix. Il reste à voir comment son action peut s'exercer sans devenir une cause de trouble pour la vie économique.

Et d'abord, comment et par qui, dans les faits économiques, la paix civile peut-elle être troublée ? Les vues de nos contemporains ne sont pas très claires sur ce point. Prenons un exemple sous trois aspects :

i° Le marcliand d'œufs arrive sur le marcbé, ayant fait ses calculs et prévu un prix honnête ; il installe ses paniers d'œufs et constate qu'il est seul vendeur, ses concurrents ayant été arrêtés en cours de route par un accident ; il spécule sur le besoin d'œufs et double ou triple ses prix ;

2° Le marchand d'œufs a raflé les œufs de sa région et arrive sur le marché seul vendeur ; il double ou triple ses prix;

3° Les marchands d'œufs concluent une entente secrète pour doubler ou tripler leurs prix.

Dans les trois cas, devant les prix, les ménagères se fâchent, renversent les paniers d'œufs et tentent d'assommer le marchand.

Qui rompt la paix? Si l'on en juge selon les procédés de l'économie libérale, on accuse les ménagères qui n'ont pas le respect de la loi de l'offre et de la demande. Si l'on en juge en réaliste, on voit aisément que, dans les trois cas, c'est le marchand d'œufs qui, comptant sur la protection du gendarme, tente d'abuser du besoin où il sait son prochain. En bonne justice, l'Etat devrait retirer sa protection au marchand d'œuls qui en abuse et laisser toute liberté de protestation active aux ménagères. Mais l'État doit faire mieux ; il doit prévenir ces conflits.

Par quels moyens? Dans l'état d'individualisme où nous étions et sommes encore à demi, il n'y en a aucun qui soit efficace. La taxation .^qu'il est impossible de faire respecter,

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développe la vente clandestine, et les produits vont aux riches ou aux gens aisés, la réquisition met lès produits entre les mains des fonctionnaires qui, n'étant pas pécuniairement intéressés à la vente, ne savent pas organiser la répartition et gaspillent les marchandises, quand ils ne se font pas à leur tour marchands déloyaux; le syndicat obligatoire, le consortium organisé, contrôlé par l'État, amène l'État lui-même à faire hausser les prix, quand il ne livre pas le contrôle de la production à ceux-là mêmes qui devraient être contrôlés. Notre système économique ne permet aucune action efficace de l'État pour le maintien de la paix publique par le contrôle de la vie économique.

Mais l'État n'est pas sans moyens s'il veut se servir des organes que constituent les producteurs dans la vie économique. Il v a des syndicats librement constitués. Que l'État, dans les moments de crise, comme celle où nous sommes, s'adresse à eux et leur demande, en échange de la protection qu'il leur donne, la réglementation des prix par leurs propres moyens. Qu'il oblige les syndicats à se contrôler les uns les autres; qu'il les rende responsables de leurs prix, en même temps qu'il les invitera à faire leur police eux-mêmes. Que toute hausse artificielle des prix, dénoncée par le syndicat qui en souffre, soit punie par de grosses amendes syndicales imposées au syndicat qui la provoque. Que l'on aille jusqu'à la prison, surtout lorsqu'il s'agit de l'alimentation. Organisez ce système, le moins coûteux qui puisse être, car tous les frais en seront faits par les intéressés; — le plus efficace, car il sera fait par les mêmes intéressés, et il est probable que vous donnerez à l'État le moyen d'agir sur l'économie sans apporter d'entraves à la production. Encore une fois l'heureuse solution est fournie par le syndicalisme.

Conclusion : qu'il s'agisse de défendre les producteurs contre l'État ou qu'il s'agisse de collaborer à la tâche de police nationale que l'État doit exercer sur la production, nous avons à réclamer, non la liberté du commerce, non la liberté du travail, mais la liberté syndicale. L'État limitera

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notre liberté où il le doit pour le bien social et national : il contrôlera les résultats de notre action publique ; mais il ne pénétrera pas dans le domaine du travail même où il est incompétent. Il fera son métier ; nous ferons le nôtre. Revendiquons pour nos syndicats le droit et le devoir d'organiser et de réglementer la production. C'est la loi de la nouvelle économie.

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