‹ L'écrinChapitre 38 sur 71 · BOIZARD, COURSOL · texte numérisé non relu

BOIZARD, COURSOL

BOIZARD , à part , suivant Armand des yeux. Perdre cette occasion!.,, n'importe!... il reste... il sera ici... et chez moi...

coousoL , à part. l\ n'y a plus à dire... il faut que j'aie l'écrin ce soir même... je cherchais un moyen ingénieux. .. c'est drôle, je n'ai rien trouvé. (Ilnut.) Mon cher monsieur Boizard, j'ai besoin que vous me rendiez un service.

BOIZARD. Moi, monsieur.. . alors parlez... car il faut que j'achève une tournée nécessaire à la sûreté de votre héritage.

COURSOL. Justement , c'est en ma qualité d'héritier que j'ai recours à vous... et du reste, soyez sûr que ma reconnaissance...

BOIZARD. C'est inutile, monsieur ; jamais le prix que je pouvais attendre d'un service n'est entré dans les rais!)us qui me déterminèrent h le rendre; pourvu que celui-là soit dans la limite de mes devoirs...

COURSOL. Dans la limite de vos devoirs. . . certainement... dans la limi'.e... un peu large... et comme je n'ai pas aifaire ici... à un esprit... borné.. . car enfin, raisonnons... votre devoir, c'est de m'assurer la fortune de ma tante, sa fortune tjut enlièrc...

BOIZARD. D'accord.

COURSOL. Je n'en veuv pas davantage.

BOIZARD. Et si c'est la vigilance d'un fidèle gardien que vous avez à me recommander , vous pouvez être tranquille.

COURSOL. Vous savez bien cet écrin de ma tante , des améthystes qu'elle venait de faire remonter chez votre sœur? naturellement c'est devenu ma propriété.

BOIZARD. Comme tout le reste.

COURSOL. Eh bien , pour des raisons majeures. . . des raisons que je ne peux pas vous dire... Ainsi, prenez queje vous les ai dites; cet écrin , il me le faut aujourd'hui même.

BOIZARD. Vous ignorez qu'il est sous les scellés.

COURSOL. Du tout... mais les scellés...

comme vous en êtes le gardien...

BOIZARD. Monsieur...

COURSOL. Et que vous avez la clef de cette porte. . .

BOIZARD. Assez, de grâce...

COURSOL. Mais réfléchissez donc : si c'était tout autre que moi qui vous demandât mon écrin , croyez-vous que je vous engagerais à le lui donner? Du tout... ça ne serait pas proposable; je vous considère trop pour ça... mais moi, l'héritier unique... car je le suis décidément, définitivement... regardez plutôt... ces litres, ces actes, qui prouvent qu'aucun autre parent n'existe...

BOIZARD , repoussant de ta main les papiers. Je vous en félicite, monsieur.

COURSOL. Je reçois vos félicitations, mais je voudrais en outre. . .

BOIZARD , avec fermeté. Rien de plus.

COURSOL. Comment ! à l'héritier unique , universel !

BOIZARD. Demain soit; je n'en connais pas aujourd'hui.

COURSOL. A votre ami , à votre élève ! (A part.) C'est ça, prenons-le par les sentiments... (Itanl) qui veut vous faire douze cents francs de rente...

BOIZARD. Monsieur , j'ai des cheveux blancs... n'insultez pas un vieillard.

COURSOL. Mais de quoi s'agit-il ? d'une simple anticipation de quelques heures , ce qu'on appelle un avancement d'hoirie , dont seul au monde j'aurais le droit de me plaindre... et encore... rien n'a été inventorie; ça restera un secret entre nous deuxj ça ne peut faire de tort à personne.

BOIZARD. Qu'a ma conscience.

COURSOL. Pour une chose si simple !

BOIZARD. Bien simple en effet : des rubans appliqués avec un peu de cire à une porte dont j'ai la clef sur moi; vous l'ouvriries;^ vous replaceriez les scellés avec un peu d'adresse, et il n'y paraîtrait pas.

COURSOL. Justement... nul autre n'ayant intérêt à vérifier...

MAGASIN THÉÂTRAL

noiZARD. Riais quand vous m'aurez enlevé par là cette satisfaction de pouvoir nie dire que jamais je n'ai manqué à mes devoirs , car c'est la seule fortune que j'aie, et je n'ai plus besoin que de celle-là; quand vous m'aurez fait perdre ce témoignage intime , acquis par trente ans de probité et de souffrance, pourrez-vous me rendre tout cela , me le rendre aussi aisément que vous rattacheriez ces liens fragiles, confiés aujourd'imi à la sauve-garde de mon honneur?

(;oi;RSOL,ri7)a)/. Toujoursson honneur!...

ça va èire d'une cherté... n'importe... l'éloquence du portefeuille... [Haut.) Tenez, il n'y a qu'un mot qui serve... je suis à votre merci... fixez les conditions vous-même... el...{Boiznrd lire laclef d'une poche de derrière.) La clef!... ah I il se décide... j'étais bien sûr. . .

liOiZARD. Cette clef n'était pas assez en si"ireté dans cette poche : je veux la mettre là, sur ma poitrine. Pardon, monsieur, j'ai l'honneur de vous saluer ; je vais continuer ma tournée...

II sort par le fond. La nuit est venue par degrés.

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