BOIZARD, ARMAND, FRUCHET , NI- NETTE
BOIZARD. Venez, mes amis; maintenant que j'ai fini ma tournée, je tiens avant d'envoyer Ninette auprès de M""= Eveline, à causer librement avec vous d'affaires de famille. .. (Apercevant Armand.) Ah! monsieur le duc ici!
ARMAND. J'attendais qne le pavillon... mais je vous gêne peut-être.
BOIZARD. Vous, monsieur! oh ! loin de là, car cette circonstance excusera une prière qu'autrement je n'aurais osé vous adres.ser.
ARMAND. Laquelle?
LOIZARD. De signer au contrat de mariage de ma nièce.
NINETTE ei ERUCHET , à part . Ah! mon Dieu!
AR.MAND. Bien volontiers.
FRUCHET. Son mariage...
NINETTE. Avec qui donc?
BOIZARD, à Ninette. Écoute-moi ; car il est une explication que je suis fier de pouvoir donner devant monsieur le duc, afin de jusfier un peu cette estime... dont il m'a fait crédit.
ARMAND. Que dites-vous?
r.oiZARD. La vérité... si j'acceptai la gestion cette immense fortune , ce ne fut pas par cupidité : toute ma conduite en a été la preuve; j'obéissais à d'autres sentiments que, plus que personne, vous approuveriez, monsieur, vous dont le noble cœur doit comprendre tous les sacrifices.
ARMAND. Des sacrifices... oui, il en est parfois de cruels !
r.oiZARD. Et qu'il faut accomplir sans faiblesse quand c'est un devoir qui les impose.
ARAiAKD, à part. Ah ! il semble me dicter lui-même ma conduite.
BOIZARD. Un mot de M"" de Coursol... a changé toute ma destinée. «Boizard, me ditelle avec un air d'affection , presque de repentir que je ne lui avais jamais vu, je vous ai fait longtems souffrir. »
TOUS TROIS. Vous?...
BOIZARD, /(■(«« ^ nn regard mi ciel avec un sourire mélanconique. Oh! rien... rien... elle ajouta : «J'ai tout réparé. » Elle allait poursuivre , une faililesse l'en empêcha. .. mais je ne puis me méprendre sur le sens de ses paroles... un legs sans doute, quelques mille livres de rente, que mon premier mouvement était de refuser... et puis, j'ai pensé à toi, ma Ninette, à des sentiments que j'avais devinés, surpris... Eii bien... je me résignerai , j'accepterai le bienfait. .. non pour moi, ni pour toi non plus, tu>es riche, à toi je ne donne rien , mais tout à celui que je veux rendre aussi riche que toi , à Fruchet.
FRUCHET, stupéfié. Ah bah !
NINETTE. Ah! mon bon oncle!... que je vous remercie.
FRUCHET. Monsieur Boizard !
ARMAND. Ce désintéressement...
BOIZARD. N'a aucun mérite , monsieur.