SUBITS IT
LES PRKcÉDENs: CHUISTOPHE FABRICE, LE BOUR- REAU, INQUISITEURS, SOLDATS, ETC.
VOIX DAIVS LA FOULE
C'est donc là ce Fabrice? — Oh ! mon Dieu , qu'il est pâle !
— Bourgeois, voyez passer la clémence papale!
— 11 a tout l'air d'un mort. — îl l'est presque en effet: Le bon liomme avant-hier goûta du chevalet.
— D'où savez-vous cela? — Je suis frère, messire, Du guichetier du Sleen^ emploi, je puis le dire.
Qui n'est pas sans honneurs, et sans profits non [)lus.
— Peste! -Quels sont donc laces deux gaillards goutllus?
— Ce sont de braves gens qu'engraissent les tortures.
— ^ ois-tu sa robe jaune avec ces pourtraitures
De grautls démons tout noirs qui dansent dans ces feux ? C'est plein de souffie, afin que cela brûle mieux.
— i*rècher contre Rome, ah ! faute irrémédiable !
— ^ Oh! ces inquisiteurs! — Avancez donc, que diable! Serrez-moi ces manans. — Sont-ils fiers ces archers!
— Beaux archers, par ma foi! des gardiens de bûchers!
— \ it-on jamais ainsi foider le populaire l
— Quelle lionlc ! — Cela commence à me déplaire.
— Bon ! le peuple se fâche ! — Allons ! à nous les Gueux !
— A bas les Espagnols ! — Sauvez le malheureux !
— Suppôts de Lucifer et de l'idolâtrie !
— Vautours! lou|^ dévorans '. — Vaches de Samarie!
— Mort aux Assyriens ! — Arrachons les jiavés!
— ' Rendez-nous notre frère ! — Au secours! — Arrive/. !
L'escorte a presque atteint l'éehafaud . lorsque les religionnaires et les (Mieux se précipitent sur elle. Le peuple excité par eux, et surtout par Guarez, les seconde. Les soldats pressés de tous cotés ne peuvent faire usage de leurs armes, et sont au moment de se voir arracher leur prisonnier, lorsque celui-ci, qui jusqu'alors a tenu constamment les yeux levés vers le ciel , semble s'apercevoir, pour la première t'ois, des efforts que l'on fait pour sa délivrance. 11 promène un regard étonné sur la foule, reconnaît ses adhérens , puis secoue la tête , et lève péniblement le bras comme pour demander à parler. Les I eligionnaires qui se trouvent le plus près de lui , comprennent ce signe et s'arrêtent. Le bruit et le tumulte s'apaisent peu à peu autour de lui.
VOIX DANS LA FOLLE
Arrêtez'. — Qu'est-ce donc? — Est-ce que l'on balance ?
— Non, non : il va parler. — Ah ! — Silence ! silence !
FABRICE, d'une voix d'abord faible et entrecoupée, mais qui s'anime par
degrés.
Frères en Christ ..vous tous.. .peuple.. au nom duSauveur, Ixoutez-nioi... Mon Dieu! permets que la douleur Me laisse assez de force.... et que ma voix mourante l^ule à leui- ameî.... Enfansdela tribu souflranlc, Laissez votre pastein... devoir à son trépas Sa place dans le ciel !... Amis, ne m'ùtcz pas, l>aissez-moi sur le front ma couronne d'épines.... i>c la vie éternelle, oh ! les splendeurs divines
SCEiNE IV. 89
Eclaireront mon ame au delà du lonibeau !... Et puis... que voulez-vous disputer au bourreau? Mon corps?.. Frères, il est brisé parla torture... Il n'a point de place où ne saigne une blessure; Point de place où, mon Dieu! la douleur n'ait passé !
La mort sur lui déjà, pose son doigt glacé
Vous voulez arracher un cadavre à la tombe ! Frères, avec le corps que la souffrance y tombe, Et sur elle croîtra la palme d'un martyr!.... Oui... Dieu vers lui., m'appelle.. OU ! laissez-moi partir !
La foule reste intertiile. Les archers et le bourreau profitent de cet instant de stupeur, pour entraîner Fabrice et le monter sur le bûcher. Au moment où rexécuteur l'atlache au poteau qui s'élève au centre, un cri déchirant [>arl de Tune des extrémilés de la place. A ce cri succède une rumeur qui se {)ropaye bientôt dans toute la foule. Plusieurs hommes s'avancent vers l'échafaud, soulevant sur leurs bras une feunnc échcvelée, le \isage pâle, les yeux. fermés. Fabrice qui a liessailli en entendant celte voix , fixe sur le corps un rejjard qu'il relève ensuite vers le ciel , pendant qii« deux larmes coulent lentement le long de ses joues.
voix DANS LA FOULE.
C'est sa femme , Seigneur ! — Faites place au cadavre !... — Morte! Morte ! Vengeance ! - Au secours ! -Cela navre !
— Vengeance! - Allons! - Vengeance ! - Au bùclier ! Au
( bùclier î
— Sus aux inquisiteurs ! — Renversez cet archer !
— Frappez! -A nous, bourgeois! -Ex terminez! Vengeance!
— En avant! En axant!
La lutte recommence avec arliarneinrn(. T)e<> coups de feu sont lires par les arquebusiers sur le peuple. Le saii;; roule. — Guarez s'est approche du bourreau et lui parti-.
GLAREZ , à voix basse.
Si celle sotie engeance T'empêchait par liasard d'allumer.... alors , prends Ton couteau par le manche, et puis... Tu me comprends?
LE BOl'RRE.YU.
Oui, seigneur.
Guarcz se mêle de nouveau à la foule. Le eonibal eoiilinue avec fureur. Plusieurs hoinmes lombcnl de pail el d'aulie.
VOIX 1).\NS LA FOULE
Ferme, archers! — Frappez : c'est méritoire
— Avançons! — Bien^ les Gueux ! — Poussez ! Poussez
( — Victoire
— Tuez ces Philistins! — Tiens, soldat: meius damne
— Sauvez Fabrice !
Les soldats ont le dessous el se retii enl en désordre avec le bourreau , se,s vajcls , etc. Le peuple, a|)rés les avoii' poursuivis pendant quelcpies instans .
1 evient au bûelier. Un relijjionnaiie nionle |très de Fabriee pour le dêlaelier. 1! s'aperçoit alors rpie la tèle du condamné penelij^ sur sa poitrine. 11 éearle son vêlement, soulève sa léle ; — il a layorjje coupée.
LE RELIGIOIN'NAini" , iminiianl le cadavre sanglant à la foule stupéfaite.
Horreur! ils l'ont assassiné!
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ITOTSS^.