‹ L'écumoireChapitre 1 sur 47 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De l'Origine de ce Livre.

CET Ouvrage est, sans contredit, un des plus précieux monumensde l'antiquité, et les Chinois en font un si grand cas, qu'ils n'ont pas dédaigné de l'attribuer au célèbre Confucius. En effet, pour la sagesse des préceptes, la bonté de la morale, la beauté de l'invention, la singularité des évenemens, et

PREFACE

l'ordre qui est répandu, ils n'ont pu se dispenser de l'en croire l'Auteur, ou du moins, de souhaiter qu'il le fût. Ce Livre, cependant est de Kiloho-éé, Personnage Illustre, antérieur à Confucius de plus de dix siècles, premier Mandarin de la Loi, revêtu des Emplois les plus grands, et connu à la Chine, par un grand nombre d'Ouvrages Historiques, Politiques et Moraux. Un sçavant Chinois (1), qui a fait il y a quatre cens ans, l'Histoire Littéraire de sa Patrie avec une exactitude admirable, a prouvé par des raisons invincibles, que Kiloho-éé étoit seul l'Auteur de ce Livre. Ce qu'il en a donné n'est qu'un fragment d'une Histoire plus longue, un essai, pour ainsi dire, de celle de tout un Peuple. Les raisons pour lesquelles il a abandonné son projet, ne nous sont pas connues. Quelque honneur que Kiloho-éé ait attendu de ce commencement, qui ne forme que l'Histoire particulière d'un Prince, il n'a pu s'empêcher d'avouer qu'il l'a traduit de l'ancienne langue Japonoise, sur un manuscrit trèsvieux, et l'Auteur Japonois l'avoit lui-même traduit de la langue des Chéchianiens, peuple qui dès ce tems-là ne subsistoit plus.

(1) Cham-hi-hon-chu-ka-hul-chi. Hist. Litt. de la Chine. Pékin. i3o6, p i55. /. Vol.

PREFACE

Le Japonois, dans un endroit, assure que sa Nation tenoit à honneur, de descendre des Chéchianiens, mais il dit en même tems qu'il ne restoit aucune preuve de cette descendance, et il croit, en Auteur judicieux, qu'une chose aussi importante, ne peut, pour être crue, être trop bien constatée. Il entre même sur cet article dans une dissertation que Kiloho-éé n'a point traduite, parce que elle n'éclaircissoit rien. Il seroit plus difficile aujourd'hui de sçavoir ce qui en est. Sous le bon plaisir du Lecteur, on passera donc à des faits d'une discussion plus aisée.

Page 1