‹ L'écumoireChapitre 3 sur 47 · ET DERNIER · texte numérisé non relu

ET DERNIER

Inconveniens auxquels il a fallu remédier Eloge du dernier Traducteur.

ON peut aisément inférer des différentes mains par lesquelles ce Livre a passé, qu'il doit lui rester peu de ses grâces nationales, et je ne sçais, à tout prendre, s'il en sera moins bon. Les Livres Orientaux sont toujours remplis de fatras, et de fables absurdes. Les Religions des Peuples de l'Orient, ne sont fondées que sur des contes qu'ils mettent par-tout, et qui seroient aussi ridicules

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pour nous, qu'ils sont vénérables pour eux. Ces Religieuses folies donnent à leurs écrits, un air bizarre qui a pu plaire dans sa nouveauté, mais qui est trop rebattu aujourd'hui, pour que le Lecteur lui trouvât des grâces. Outre leurs Dieux à qui ils font jouer toutes sortes de Personnages, ils mettent en œuvre les Génies, et les Diws ; on les trouve dans leurs plus sérieuses Histoires; et si quelqu'un de leurs Héros est dans quelque grand danger, c'est une Dive qui l'y a plongé, c'est une Ginne qui l'en retire. Ces êtres imaginaires fondent, et dénouent les trois quarts de leurs Contes. Et quoiqu'ils donnent souvent lieu à des évenemens singuliers, on s'ennuie de ne voir jamais sur la Scène que les mêmes Acteurs, et cela marque une stérilité d'imagination, qui impatiente. D'ailleurs, leur façon de narrer, est remplie de Métaphores, et de certains tours, que la simplicité de notre langue ne permet de rendre ni avec exactitude, ni avec agrément. La traduction d'un Livre Oriental en François, est donc un Ouvrage plus difficile qu'on ne pense : Quoique celuici ait été traduit du Vénitien, on ne doit pas croire qu'il en ait donné moins de peine.

Le Seigneur Annibal a tout confondu, et il n'a pas fallu un travail médiocre pour arranger

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les faits, comme on peut croire que Kiloho-éé l'avoit fait. Au nom de Ginne peu connu parmi nous, j'ai substitué celui de Fée dont nous faisons communément usage. Où j'ai pu retrancher les noms barbares, je l'ai fait : La Ginne Hic-nec-sic-la-ki-ha-tipophetaf, formoit un nom insupportable à prononcer, je l'ai changé; en un mot, je n'ai rien oublié de tout ce qui pouvoit rendre cet Ouvrage parfait, et je ne doute point qu'il ne le soit. Je l'ai embelli, en quantité d'endroits, de réflexions également neuves, et judicieuses. Il est écrit avec un soin, une netteté, et une précision merveilleuse, et je suis persuadé que Kiloho-éé est infiniment inférieur à cette traduction, quoique faite d'après une langue que je n'entends presque pas. Pour le fond, il peut être extravagant ; mais c'est vraisemblablement la faute de l'original. On auroit tort d'exiger de l'imagination d'un Chinois, la régularité et le goût qui brillent dans nos Auteurs François, qui toujours compassés, sont presque toujours fort raisonnables, et froids encore plus souvent. Fondés en cela sur je ne sçai quel précepte d'Horace, que de bon cœur, je mettrois ici, si je m'en souvenois parfaitement; mais cet Horace prétend que la raison soit égayée, et n'ordonne pas qu'on ennuie ses Lecteurs, à force de sagesse. Je suis,

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au fond, très-persuadé que ceux de nos Auteurs que nous trouvons si arrangés, voudroient pouvoir l'être moins, et pécher un peu plus contre les régies. Leurs Ouvrages en seroient moins décents, mais plus agréables, et mieux lus.

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